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Organisation libertaire à la lyonnaise
Les
formes d’organisation du mouvement libertaire lyonnais, son mode
d’apparition et d’intervention politique peuvent surprendre beaucoup de
militants d’autres villes, habitués aux groupes classiques, fédérés ou
non, intégrés ou non dans une organisation nationale. Ces groupes ont
existé sur Lyon, avec l’ORA [1] au début des années 70, des groupes FA [2]
par la suite, sous d’autres formes aussi dont il faudrait retrouver la
trace ou la mémoire. Mais, depuis plus de dix ans, le mode
d’organisation dominant passe par l’existence d’un Collectif ou d’une
« Coordination » [3]
qui, à travers bien des vicissitudes, est toujours parvenue à
« représenter » et à « rassembler » la part la plus importante des
militants, des moyens et des pratiques libertaires de Lyon.
Comme
on s’en doute, ce fonctionnement n’est pas né d’une réflexion
préalable, d’une conception théorique ou de l’accord de quelques
militants qui seraient parvenus à l’imposer dans les faits. Il est le
produit d’une histoire, de plus de dix ans de pratiques, faites de
beaucoup de tâtonnement, de beaucoup de conflits, sur lesquels on peut
réfléchir, que l’on peut même - pourquoi pas ? - tenter de théoriser,
mais après coup seulement.
Essayer de faire apparaître les racines
locales de ces pratiques et de cette histoire n’est pas très facile. On
peut cependant faire deux remarques :
Il existe depuis longtemps à
Lyon une tradition libertaire, une « mémoire » libertaire, très
minoritaire mais tenace, accrochée à des souvenirs et des références il
est vrai superficielles et fragiles (les Canuts, la Commune de Lyon,
Sacco et Vanzetti, etc.). Mais cette tradition, en faisant partie de
l’ensemble de la mémoire collective, en étant rappelée régulièrement
sous une forme anecdotique ou folklorique et, surtout, en ayant toujours
bénéficié de la persistance de noyaux explicitement anarchistes, tend à
susciter sans cesse, de façon spontanée, non organisée, des adhésions
très diverses en degré et en forme, à l’anarchisme, aux idéaux
libertaires. Il existe à Lyon (comme dans d’autres villes sûrement,
Toulouse par exemple) un milieu relativement ouvert à la référence
libertaire, qui autorise à s’en réclamer, à faire des choses en son nom
sans exiger de structures fortes, de groupes fermés, cherchant dans leur
propre espace et, surtout, dans l’appartenance à un espace national
organisé, les moyens de survivre idéologiquement dans un milieu hostile.
À
cette donnée traditionnelle est venue s’ajouter un phénomène plus
récent, lié à mai 1968. Les événements de cette période ont contribué
très fortement, d’une part à réactiver et à réactualiser les idées
libertaires qui n’ont plus seulement bénéficié d’un passé lointain, mais
qui ont retrouvé un présent et un avenir, une sorte de modernité ;
d’autre part, à produire une nouvelle génération de militants, issus ou
héritiers des franges « révolutionnaires » du mouvement de mai, devenus
anarchistes après s’être confrontés au marxisme et aux organisations
qui s’en réclament, très méfiants vis-à-vis des organisations purement
idéologiques, marqués durablement par les possibilités d’action directe
de masse, par la réalité pratique des idées anarchistes
d’auto-organisation et de spontanéité libertaire, et qui répugnaient
fortement à identifier l’anarchisme à des structures, visant alors, le
plus souvent et uniquement, à en perpétuer le simple souvenir.
Pour
ces militants comme pour tous ceux qui, plus traditionnellement,
découvrent, sous des formes diverses, la référence anarchiste, l’unité,
la nécessité de rassembler ou de coordonner l’ensemble des forces et des
pratiques libertaires de Lyon sont apparues comme une évidence.
Évidence d’une tradition suffisamment souple (ou floue, comme on voudra)
pour ne rien comprendre aux déchirements des différentes
organisations ; évidence d’une conception du changement social qui
récusait tout avant-gardisme, toute prétention d’un groupe ou d’une
organisation à détenir la vérité, pour qui seule l’union et la
confrontation de l’ensemble des aspirations et des courants libertaires
pouvaient produire le mouvement organisé capable de transformer la
société.
Le local de la rue Pierre-Blanc, en rassemblant, au
départ, un groupe d’instituteurs de Vénissieux devenus libertaires par
affinité, le journal IRL, très marqué par mai 68, quelques anciens de
l’ORA et un courant important, diffus, proche pour certains et à
certains moments de la FA, a incarné cette évidence, lui a donné à la
fois un lieu et un symbole durable.
La persistance et le
développement, en nombre et en complexité, de cette « union »
anarchiste de fait ne sont pas seulement liés aux racines du mouvement
libertaire lyonnais, aux particularités de Lyon. Ils bénéficient aussi
de la logique propre à l’espace militant ainsi créé.

- Les deuxièmes journées libertaires, organisées par la Coordination libertaire, ont lieu en 1985.
De la tradition au quotidien
Tradition
romantique d’un anarchisme populaire proche de l’illégalisme ;
anarchisme pratique s’efforçant de mettre en place, immédiatement, des
alternatives, culturelles, économiques, quotidiennes, à l’ordre actuel ;
anarcho-syndicalisme né de la pratique syndicale et revendicative ;
anarchisme « intellectuel » plus militant (au sens classique, politique
du terme) ; apparition, à partir de la fin des années 70, d’un courant
féministe libertaire, inconnu jusqu’alors dans l’anarchisme
traditionnel, antimilitarisme, pacifisme, anarchisme punk, etc. : autant
de manières d’être anarchistes qui sont amenées à se côtoyer, autant de
courants extrêmement différents dans leurs motivations, leurs
conditions sociales d’existence qui cherchent forcément à identifier
leurs aspirations libertaires propres à ce qui apparait comme le symbole
unitaire, le représentant légitime, reconnu, de l’anarchisme sur Lyon.
Le mélange est forcément un peu « détonant » (au double sens du mot).
D’où les crises nombreuses, les découragements, les affrontements et les
conflits tous azimuts qui ont longtemps été le lot des réunions et des
activités de la rue Pierre-Blanc. D’où, pendant longtemps, une certaine
incohérence, ou tout du moins une grande confusion dans les prises de
position publiques et dans le mode d’intervention du Collectif puis de
la Coordination libertaire de Lyon ; celle-ci n’ayant jamais pu être
prise en main par un courant ou un groupe qui aurait pu lui imposer sa
cohérence propre, il lui a bien fallu apprendre, par la pratique, à
exprimer et à représenter politiquement toute la richesse d’un espace
militant beaucoup plus complexe.
L’existence d’un lieu, en grande
partie symbolique, dépositaire de la légitimité anarchiste sur Lyon,
mais sans jamais pouvoir s’identifier à un groupe particulier, à une
pratique ou un courant spécifique, a eu pour effet d’interdire
radicalement un phénomène bien connu : le développement « idéomaniaque »
de structures ou d’organisations persuadées d’incarner chacune la
vérité anarchiste et principalement occupées à défendre avec acharnement
une légitimité trop exorbitante pour ne pas être menacées en permanence
par les autres comme par tout ce qui est « extérieur » à elles.
Une vraie diversité pratique
En
effet, l’important dans l’histoire particulière du mouvement libertaire
lyonnais, c’est que cette diversité dans les courants et pratiques
pouvant prétendre au local de la rue Pierre-Blanc n’est pas d’abord une
diversité « idéologique », mais une vraie diversité, pratique, sociale.
Il ne s’agit pas de groupes adhérant à des organisations de type parti,
opposées idéologiquement mais suffisamment sœurs jumelles dans le
fondement de leur existence pour être d’accord finalement sur
l’uniformité des règles du jeu. Dans ce cas, le local et le Collectif de
la rue Pierre Blanc auraient été très vite vidés de leur contenu, le
Collectif réduit à un « cartel » provisoire, avec une plate-forme
minimale, et le local un simple espace vide qu’un concierge aurait suffi
à gérer.
Syndicalistes confrontés collectivement à la dureté et à
la richesse de la lutte salariale ; collectif de quartier s’efforçant
depuis presque dix ans de faire vivre une structure offrant des services
concrets ; librairie ayant à organiser depuis sept ans sa gestion, ses
permanences, ses choix de bouquins et de débat ; revue ayant depuis plus
de dix ans su, à travers bien des conflits, développer des structures
et un fonctionnement original : autant de composantes ayant chacune leur
propre logique, leur propre histoire qui définissent une grande
diversité. Il faudrait encore parler, sans en oublier aucun, de tous les
autres groupes tout aussi essentiels, présentant chacun une originalité
non pas d’abord idéologique, mais sociale, matérielle, faite
d’affinités et de problèmes communs irréductibles à ceux des autres, que
ce soit à travers la situation de sexe pour le groupe femmes, la
situation d’âge et d’inscription social e pour le groupe
lycéens-étudiants ou, tout aussi radicalement spécifique, le rapport aux
formes et aux types d’action, ou tout simplement au « look » qui n’a
rien, comme tout le monde devrait le savoir, de superficiel ou de
secondaire. Certes, les groupes « idéologiques n’ont jamais été absents
du mouvement libertaire lyonnais ; ils lui ont apporté leur tonalité
propre qui, sous l’appartenance organisationnelle et idéologique,
recouvrait souvent, elle aussi, des différences sociales, pratiques même
sous une forme masquée. Mais, mode de regroupement particulier, non par
leur idéologie ou leur appartenance à une organisation nationale, mais
par le fait même de se définir d’abord idéologiquement et par cette
appartenance, ils ont toujours été confrontés à une telle variété de
pratiques, sociales, fonctionnelles, tellement déconcertantes de
diversité, qu’ils n’ont jamais pu laisser libre cours à leur penchant
naturel pour le dogmatisme et le développement totalitaire.

- Le Collectif libertaire manifeste le 7 octobre 1980 suite à l’attentat de la rue Copernic
La spécificité lyonnaise
Dire
que la diversité interne du mouvement libertaire lyonnais est
spécifique ne signifie évidemment pas, et heureusement, qu’on ne la
retrouve pas ailleurs. A Paris, par exemple, avec les échanges et les
regroupements horizontaux entre syndicalistes, entre lycéens, entre
étudiants, etc. On retrouve la richesse et les possibilités d’un espace
libertaire complexe, n’obéissant pas seulement aux appartenances
idéologiques, aux fétichismes de chapelle et de drapeaux. La spécificité
de Lyon réside seulement dans le caractère hégémonique de ce mode de
structuration, dans l’autonomie totale des structures et des groupes par
rapport aux organisations idéologiques. Librairie, revue, structure de
quartier, groupe syndicaliste, groupe femmes, etc. ne sont pas
l’émanation ou le cache-sexe de « masse », d’un ou plusieurs partis
prétendant les diriger. Ils sont radicalement autonomes, existant par et
pour eux- mêmes, sans être en quoi que ce soit le prolongement, l’ombre
portée, le « front de lutte » ou le « service » d’une structure
politique qui aurait son siège rue Pierre-Blanc.
Réellement divers
(on ne le dira jamais assez), non par le nombre de ses composantes,
mais par leurs différences de nature, par leur caractère éclectique, non
ordonnable, non classable, le mouvement libertaire lyonnais a peu à peu
appris à chacun de ses militants à renoncer à projeter sur lui, sur sa
surface d’enregistrement, l’unité de ses conceptions du moment. Au prix
de nombreux conflits, non seulement il a appris à chacun de nous à
accepter que d’autres agissent et pensent autrement que soi, à ne pas
vivre comme limite, manque ou frustration les pratiques échappant à son
propre imaginaire, à sa propre insertion sociale, mais il nous a aussi
appris à tirer satisfaction et richesse de l’extrême diversité dans
laquelle nous nous insérons, à faire confiance dans l’ajustement
contradictoire d’un espace qui, pour échapper au caractère forcément
totalitaire du rêve propre à chacun de nous, fait écho, dans la réalité,
au désir libertaire que ce rêve prétend exprimer.
Mieux, en
interdisant l’affrontement meurtrier et idéomaniaque des porteurs de
rêve et d’utopie que nous sommes tous, les formes actuelles du mouvement
libertaire à Lyon tendent peu à peu à nous libérer de notre propre et
pseudo-« unité », de « femme », d’« homme », de « syndicaliste », de
« manuel », d ’« intellectuel », etc. Aux contradictions nécessaires
d’un espace militant complexe et diversifié peuvent répondre les
contradictions et les diversités qui nous constituent individuellement.
Cela non pas seulement en laissant à chacun le soin de reconnaître une
partie de lui-même dans la prise de position, la manière de voir et de
sentir de telle ou telle structure ou groupe, mais aussi en nous
autorisant à participer à la vie de plusieurs structures ou groupes de
telle façon que chacun puisse être enfin plusieurs, suivant le lieu et
le moment.

- La librairie La Gryffe, un an après son ouverture en 1979.
L’autosatisfaction ne suffit pas
La
satisfaction, voire l’autosatisfaction que l’on peut retirer du
fonctionnement libertaire à Lyon (d’autres seront sûrement d’un autre
avis) ne constitue pas, bien évidemment, un critère suffisant pour
penser qu’il s’agit là d’une voie possible pour le développement et
l’avenir du mouvement libertaire. Pour cela, une seconde remarque est
encore possible, sinon suffisante.
L’émancipation des travailleurs
sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. En adoptant cette devise de la
Première Internationale, les anarchistes affirment de façon radicale la
révolte et l’auto-organisation des opprimés comme seule voie d’une
véritable émancipation sociale. Comment préparer cette révolte et cette
auto-organisation, prélude à l’autogestion, comment contribuer à leur
développement lorsqu’on ne regroupe que quelques centaines de
militants ? Un regroupement de type idéologique, fonctionnant qu’on le
veuille ou non sur la base d’une avant-garde, consciente, éclairée,
dépositaire des idéaux et des objectifs anarchistes peut-il y
contribuer ? Les anarchistes doivent-ils d’abord militer dans les
mouvements et les organisations de contestation sociale, même si ceux-ci
sont au plus bas de leurs possibilités ?
Les deux sont sans doute
nécessaires ; mais comment alors éviter de plaquer, malgré les
attitudes individuelles qui font de nous des libertaires, des schémas
d’avant-gardisme, de manipulation et d’assujettissement sur les
mouvements sociaux dont nous proclamons la nécessaire autonomie ?
Qu’est-ce qui peut nous différencier des autres organisations prétendant
diriger les mouvements sociaux ? Sinon la différence des objectifs dont
on sait qu’ils sont toujours pavés de bonnes intentions ; sinon notre
incompétence notoire à jouer les plus malins sur le terrain de nos
adversaires.
Les formes d’organisation qui se sont développées à Lyon fournissent-elles une réponse ? Peut-être en partie.
Par
leur enracinement dans un grand nombre d’aspects de la vie sociale où
peut exister actuellement une prise de conscience libertaire, les
différentes composantes du mouvement anarchiste à Lyon peuvent permettre
a celui-ci d’être plus perméable aux possibilités et à la réalité de
l’extérieur.

- Devant le local de la rue Pierre-Blanc pour l’assemblée générale du journal IRL en 1978
Perméabilité de notre microcosme
Espace
militant ouvertement divers et contradictoire, la Coordination
libertaire cesse d’être une citadelle assiégée (ou conquérante) ne
comptant que sur la force de ses structures, sur son drapeau, sur le
nombre, la discipline et la foi des bataillons qu’elle peut aligner dans
les manifestations.
Parce qu’elles tirent leur existence de
problèmes propres, d’une inscription sociale particulière, les
composantes de la Coordination répercutent forcément ces problèmes dans
les discussions et les prises de position du mouvement, s’en font les
représentants et, un pied dedans, un pied dehors, peuvent permettre :

de tisser des liens avec l’extérieur ;

de contribuer à l’élaboration d’une analyse générale qui tienne compte de la complexité et de la totalité de la réalité ;

de former des militants habitués à confronter non plus seulement des idées, mais des manières d’être et d’agir ;

de
préfigurer en partie, bien mal mais mieux que ne le permettrait un
simple regroupement idéologique, ce que pourrait être un mouvement
libertaire de masse, unifiant toute la diversité du réel, des
différentes luttes, des différents intérêts et aspirations nécessaires à
une transformation radicale de la société.
Microcosme fortement
soudé par la référence anarchiste, mais très diversifié dans l’origine,
la nature sociale et l’autonomie de ses composantes, une telle
Coordination contribue sans doute à donner à ses militants le sens
pratique de la diversité cher à Proudhon, si essentielle à la lutte
libertaire. Elle constitue aussi une structure d’attente pour des
lendemains plus heureux que les aujourd’hui que nous connaissons : des
lendemains où, de tous les côtés de la vie sociale et économique, la
lutte et l’auto-organisation des opprimés pourront enfin surgir de
nouveau.
D.C.

- IRL n°61 Mai-Juin 1985

La Coordination libertaire lyonnaise (présentation dans IRL, 1985)
Depuis
une dizaine d’années, divers rassemblements ont successivement existé à
Lyon : l’« Association », le Collectif libertaire, la Coordination
libertaire. Ils regroupaient des individus qui ne représentaient
qu’eux-mêmes. Les organisations libertaires nationales n’étant, quant à
elles, que faiblement représentées, voire inexistantes dans le mouvement
libertaire lyonnais.
La nécessité d’assurer la liaison entre des structures (telles que La Gryffe, IRL
ou le CUL), des groupes (étudiants -lycéens, femmes, syndicalistes) et
des individus, la nécessité aussi de développer une expression, une
apparition et une activité politiques communes sur Lyon a amené, en
octobre 1984, la création d’une nouvelle Coordination libertaire.
Contrairement
aux structures précédentes, cette Coordination est surtout composée de
délégués qui représentent la plupart des regroupements existant dans le
mouvement lyonnais. Elle réunit, tous les quinze jours, sur un ordre du
jour précis, des personnes mandatées par les groupes ainsi que des
individus.
Cette « formule » laisse à chaque composante son
entière autonomie : elle préserve l’identité des groupes (tout ce qui
fait leur vie et leur histoire) et les choix spécifiques des activités
qu’ils développent. Elle a pour but de faciliter la diffusion des idées
anarchistes sur Lyon et d’impulser davantage d’actions rassemblant la
majeure partie des libertaires lyonnais. Elle permet également de faire
circuler une information entre les groupes sur des actions ponctuelles
(par exemple, sur l’activité des comités créés en soutien à Valastro,
Fedele, Jaudon ou Toumi, ou encore au peuple kanak). Enfin, elle
organise elle-même des réunions de soutien (comme celle aux mineurs
anglais)...
Fantômettes