mercredi 10 septembre 2014

Antisionistes toujours ...mais jamais antisémites.

Les pièges antisémites

1748AntifaBasterdzDepuis les « affaires » Dieudonné, les Jours de colère et les dernières frasques de Jean-Marie Le Pen, l’antisémitisme semble de retour. En réalité, il n’a jamais disparu, mais il était peut-être moins visible et peut-être qu’à force de crier au loup les médias avaient saoulé les gens.
Avant toute chose, une question de terme. Nous pensons qu’il faut utiliser le terme « antisémitisme », même si étymologiquement il n’est pas exact (tous les juifs ne sont pas sémites et tous les sémites ne sont pas juifs) étant donné que c’est le terme qu’utilisent la plupart des Juifs pour parler de cette oppression.
Le constat qu’on peut faire, c’est en tout cas une restructuration de l’antisémitisme.
Tout d’abord, c’est la fin de l’antisémitisme traditionnel du FN. Sans entrer dans les détails, force est de constater que leur image s’est lissée, au moins sur cette question, et les dernières sorties de Jean-Marie Le Pen servent aussi cette image, finalement. En effet, elles donnent l’impression que l’antisémitisme, c’était avant, mais que dans le nouveau FN de Marine Le Pen les choses sont claires là-dessus.
On peut aussi constater que tous les politiciens de toutes les chapelles, ainsi que tous les journalistes, sont unanimes sur cette question. De même qu’au FN ils ne voient aucun problème à l’islamophobie ou au racisme anti-Rrom, ils ne laisseront jamais passer la moindre remarque antisémite. Et ils passent des heures à se demander si telle attaque contre telle personnalité juive est antisémite ou non. Il est évident que cette clarté est de façade et leurs luttes médiatiques, parce que axées sur un antiracisme moralisateur et clairement à double vitesse, sont inefficaces, voire contre-productives.
De fait, la lutte contre l’antisémitisme semble être devenue, pour les esprits faibles, le centre du « système », vu que c’est la seule chose (si on ne creuse pas trop) qui semble relier tous les partis et tous les médias. Cela permet donc à un couple Soral-Dieudonné de prospérer sur la théorie du complot juif. Classique, certes, mais toujours efficace.
Du côté antifasciste radical, on constate un total abandon de cette lutte. On peut donner comme exemples les mois où Dieudonné a été sur le devant de la scène médiatique et où, un peu partout, être antisémite était quelque chose d’acceptable. Pendant ce temps, les organisations antifascistes n’ont fait que sortir des textes. De bons textes, sans doute, mais rien de concret.
Ou encore, on peut constater que les meurtres antisémites sont systématiquement oubliés dans la liste des crimes racistes cités régulièrement. Ou bien, le 7 juin dernier, lors de la manifestation en hommage à Clément Méric, le mot « antisémitisme » n’a pas été prononcé dans la moindre prise de parole finale, alors même que quatre personnes avaient été assassinées une semaine auparavant devant le Musée juif de Bruxelles. La liste est longue, mais c’est à se demander si, pour les antifascistes, l’antisémitisme n’existe pas, ou si le fait qu’il semble combattu médiatiquement nous pousse à ne pas en parler.
La seule réaction contre Dieudonné et Soral a été que, dernièrement, nombre d’antifas ont décidé de leur couper l’herbe sous le pied en se mettant à soutenir tous azimuts les luttes palestiniennes, à se déclarer antisionistes toutes les cinq minutes, même à créer un collectif Antifa pro-Palestine. Et à défiler derrière des banderoles « Contre le sionisme et le fascisme » aux cris de « Paris-Gaza, antifa », comme s’il y avait le moindre rapport entre le calvaire que vivent les Gazaouis sous l’occupation israélienne et sous l’oppression du Hamas et la situation du fascisme à Paris. Nous reviendrons plus bas sur le caractère suicidaire de cette stratégie.
Les effets de l’abandon total de la lutte contre l’antisémitisme sont clairs. Les juifs qui veulent se défendre se tournent vers les seules organisations qui leur proposent quelque chose : l’extrême droite juive. La renaissance récente du Bétar, après de longues années de sommeil, n’est pas un hasard. La Ligue de défense juive (LDJ), qui était plus ou moins en conflit larvé avec le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), peut aujourd’hui prendre la tête d’une manifestation contre l’antisémitisme sans que les autres participants soient plus choqués que ça.
Qui plus est, la volonté de couper l’herbe sous le pied de Dieudonné-Soral en occupant le terrain propalestinien peut sembler une bonne idée mais, en réalité, c’est une stratégie suicidaire à long terme. En effet, en centrant nos luttes autour des questions palestiniennes, nous accréditons la thèse des néonazis comme quoi cette question est centrale. Si nous ne pouvons nous déclarer antifascistes ou anticapitalistes sans ajouter immédiatement que l’on est aussi antisionistes, alors nous accréditons la thèse comme quoi le sionisme est un problème essentiel dans nos vies, au même niveau que le capitalisme. De même, utiliser le symbole des doubles drapeaux rouge et noir en y ajoutant le drapeau palestinien veut dire que nous sommes pour l’anarchie, pour le communisme certes, mais surtout pour la Palestine.
Cela contribue à l’hégémonie culturelle des fascistes. Au final, il est anecdotique de savoir si l’on se dissocie publiquement d’un Dieudonné ou qu’on est clair sur l’antisémitisme, puisqu’au final on dit la même chose que lui : nos combats principaux, et donc nos problèmes principaux, sont liés au sionisme. Nous n’avons pas la même acception du mot sioniste que lui, sans doute, mais au final, qui s’en soucie ? De plus, l’utilisation systématique du terme « antisioniste » est une erreur sémantique qui induit des erreurs politiques. Le sionisme est la volonté de constituer un foyer national juif, c’est une lutte de libération nationale. Aujourd’hui, ce foyer national existe, donc le sionisme n’existe plus. Comme le dit un ami à moi : « Le sionisme est mort en 1948, assassiné par David Ben Gourion. »
Si l’on continue à se dire « antisionistes », et non pas contre la politique ou l’existence de l’État d’Israël, on va dans le sens de Dieudonné. Le sionisme devient un concept a-historique et l’on cherche des spécificités à l’État d’Israël, qui au final n’en a pas tant que ça : l’apartheid n’est pas une invention israélienne, tout comme le colonialisme.
Pour revenir à notre propos, centrer les luttes anticoloniales sur la question palestinienne a pour effet direct d’invisibiliser la plupart des autres luttes de libération nationale. En somme, il y a du monde pour la Palestine, moins pour le Sahara occidental, et le Tibet, tout le monde s’en tape.
Pour conclure, on peut dire que les fascistes de différentes obédiences sont en train de gagner clairement l’hégémonie culturelle. Pour la LDJ comme pour Dieudonné, le sionisme est la question centrale. Et nombre de camarades tombent dans le panneau et en font le centre de leurs luttes.
Il nous faut réinvestir la lutte contre l’antisémitisme. Avoir une attitude décomplexée à l’égard de l’État d’Israël : nous sommes contre tous les États, contre tous les colonialismes, contre toutes les oppressions.

Bali
Groupe Regard noir de la Fédération anarchiste

Commentaires  

 
#8 ffir 31-08-2014 15:59
Très bon article, mais juste un détail qui me piqueun peu les yeux dans ce passage : "Nous pensons qu’il faut utiliser le terme « antisémitisme », même si étymologiquement il n’est pas exact (tous les juifs ne sont pas sémites et tous les sémites ne sont pas juifs) étant donné que c’est le terme qu’utilisent la plupart des Juifs pour parler de cette oppression."

Oui, au sens strictement étymologique, la désignation "sémite" désigne un groupe de langue dont font partie l'arabe et l'hébreu. Par contre, le terme "anti-sémite" à dès ses origines visé exclusivement les juifs, et ce n'est pas seulement le terme utilisé par les juifs pour désigner cette oppression, : ce terme à d'abord été adopté et revendiqué par les militants anti-sémites de la fin du 19ème, comme Wilhem Marr et Drumont, tout deux fondateur d'une "ligue antisémite" dans leur pays respectifs.

Il faut être attentif à ce genre de détail, car cet argument sur la contradiction entre l'étymologie de "sémite" et l'usage d'"anti-sémite" est justement largement utilisée par Soral and Co pour retourner le qualificatif sur les juifs...
 
 
#7 Surjo 27-08-2014 14:59
Remarquable article,je vous suggère instamment de le poster sur bellaciao dont les intervenants utilisent à tort et à travers et surtout à profusion le terme "antisionisme".Merci
 
 
#6 Leo P. 05-08-2014 16:57
Merci pour cet article, utile quand il argumente qu'il faut renouer avec les fondamentaux contre l'antisémitisme. Je ne suis cependant pas convaincu par l'idée que la solidarité avec la Palestine serait une cause anticoloniale ou anti-impérialiste exactement comme les autres. Je viens de mettre en ligne un billet sur la question, qui est une réponse à ton article: leo-picard.tumblr.com/.../...
Salutations antifascistes et internationalistes
Léo P.
 
 
#5 Nico37 05-08-2014 15:30
Si ça peut rassurer Luke, Henri et Spartacus 36, en province l'air n'est pas nauséabond...

mardi 2 septembre 2014

La traîtrise comme valeur au Parti Socialiste...

Drôle de PS à Montélimar

Un article est paru dernièrement dans le Dauphiné Libéré. Il semblerait qu'un ancien élu PS ait décidé de travailler assez étroitement avec un élu UMP. Non nous ne sommes pas en 2007 et l'élu en question n'est pas E. Besson, nous sommes bien en 2014 et celui par qui le scandale arrive s'appelle Alain Silve.
Chacun appréciera et jugera l'acte de l'ex élu PS, par contre que penser du PS local qui maintient le nouvel ami politique de Reynier dans ses rangs.
Y aurait-il une tradition à Montélimar à voir les actes de trahisons politiques être associés au PS à moins que ce parti n'ait ni foi ni loi ?
En ce qui me concerne avant de voter PS ici (oui je suis montilien depuis janvier) j'y réfléchirai à deux fois.
A suivre.


Les commentaires

02/08/2014 15:13:48
Pourquoi pas? Quelqu'un a dit : "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis".
21/06/2014 12:34:43
Pour certains, la recherche de notabilité est un sport qui autorise toutes les contorsions, toutes les compromissions et toutes les lâchetés.Toutes ces manigances et veuleries pour quelques médailles en chocolat que personne ne lui disputera tant il est vain de régner sur un océan de médiocrité.
13/06/2014 07:27:13
L'avantage de cette situation est qu'elle est "autoreverse": Reynier comme Silve peuvent tour à tour jouer avec le même talent le carotte ou l'âne...

Le passage d'un camp à l'autre est toujours lié à des prises d'intérêts personnelles. Avec un Maire infecté par le BTP, on reste dans la norme des élus pourris, qu'ils soient de droite ou de gauche.
09/06/2014 21:05:19
Que les hommes et femmes de bonne volonté s'unissent pour des projets ou le sectarisme des partis politiques en déroutes n'a pas sa place.
Parler de traitres ?? quelle vue basse !
Tout n'est pas mauvais d'un coté ou de l'autre, on peut se réunir ensemble autour de quelques idées et encore plus localement !!!. Seuls les gens intelligents peuvent comprendre ça ...
08/06/2014 00:34:46
Pourquoi chercher à en faire des victimes de ces personnes qui sont plutôt des traitres et qui tournent leurs vestes au gré du vent!
En ce qui concerne les élus locaux du PS, il serait judicieux de leurs parts de nous éclairer sur ce qui a fait que ces hommes se sont mis à la solde de la droite!
07/06/2014 13:23:31
Les hommes sont corruptibles et chacun voit midi à sa porte.

Mais si cette trahison est un nom événement, notons quand même que le laisser-faire de ce parti et de ceux qui en font partis est un vrai problème.
Comment leur faire confiance à l'avenir ?
07/06/2014 12:14:22
C’est tout simplement des carriéristes sans foi, alors oui c’est un non évènement !
06/06/2014 11:26:56
Je ne partage pas tout à fait votre analyse.
Certes les associations sont de formidables relais où se développe l'humain et le collectif. Elles ont leur place dans notre société.
Mais elles restent des structures complémentaires et ne pourront jamais changer aussi lourdement la vie des gens que les Politiques.
Nous sommes tous citoyens là où tout les citoyens ne sont pas des associatifs. Libertés publiques, droit du travail, politique environnementale, fiscalité, santé, justice, éducation, rien de cela n'émane des associations d'un point de vue structurel.
C'est bien aux élus de droite comme de gauche de donner le LA et de conduire le destin d'une nation.
Je crois qu'il y a un peu d'angélisme dans ce discours. Aussi belle et humaniste soit-elle la LDH (pour n'en citer qu'une), ne pourra jamais contrer une circulaire ministérielle.
Et c'est bien là le problème de la gauche ; elle compte sur un "peuple" qu'elle n'a plus et sur un esprit (appelons le Résistance par exemple) qui semble avoir disparu de ce pays. A contrario, la droite et son électorat eux ne comptent que sur l'État de droit et l'Autorité dont il dispose. Alors que les électeurs de gauche pensent pouvoir renverser la table avec l'association de défense de la Moutarde forte de Dijon (oui je caricature un peu) les électeurs de droite eux parlent Patrie, Nation, Droit, Valeurs, Républiques, etc.

Il faudrait peut-être arrêter de se voiler la face et reconnaître nos échecs politiques pour ce qu'ils sont : notre modèle républicain a changé depuis 30 ans. La jeune génération n'a plus les mêmes attentes que celle de 1968 ou 1981, le FN l'a malheureusement compris.
05/06/2014 07:01:56
Dites, à propos d'assoces en attente de bénévoles cherchant à s'éclater en retournant les manches… Montélimar News est toujours demandeur. Tiens: 20 ans maintenant qu'on cherche quelqu'un pour, au moins, nous télexer les résultats du foot, le dimanche soir. Hé bin raté, que maintenant la saison elle est finie.
Et tiens, le culturel et le loisir et tout ça genre, exemple au hasard. Quelqu'un de bonnard se le sent, de gratter des news avec nous? 8 heures de rang tous l. j. mais à la pause on a thé ou café et chacun son petit brun. Et l'exaltation de vivre le basculement numérique dans l'histoire de l'info et de la conscientisation des masses.
Sinon marre, on arrête tout (mais faut pas le dire, purge, que le rédac-chef il est dépresso comment c'est trop).
04/06/2014 20:29:23
Arrêtons de critiquer les uns et les autres, la gauche perd aux élections, la Droite ne fait pas mieux, ne cherchons pas la faute aux autres. La politique actuelle est fautive et les gens n'y croient plus, les français sont râleurs mais ils espèrent toujours mais ils ne savent pas comment faire! Comme dit André Brun, nos associations sont là, présentes et apportent ce que nous la base nous avons besoin. Les politiciens sont loin des problèmes et les associations peuvent leur apporter l'aide qu'ils demandent. Nous avons 6 ans pour que les montiliens intègrent ces associations et permettent aux plus démunis de vivre décemment. Ces plus démunis sont ou seront nos proches (parents, enfants ou nous mêmes) et cela je le souhaite à personne. Les associations ont besoin de bénévoles, cela nous manque beaucoup, sur Montélimar, je suis sûr que vous trouverez une association qui correspond à vos attentes.
04/06/2014 19:17:28
Cette situation est navrante mais ne jetons pas le bébé avec l'eau d'Alain Silve. Il y a plein de gens sincères - et désolés - dans la section PS de Montélimar. Mais section qui, à son corps défendant, n'en finit plus d'avoir une histoire malheureuse depuis les années Pic (Pic: il faudrait expliquer cet aspect à Baptiste, la sociologie méridionale des hommes forts, tout ça. Quelqu'un s'y colle?).
On a espéré que c'était conjoncturel, ces aléas. Mais maintenant, non, il y a quelque chose de plus profond, plus large, plus structurel, dépassant la seule section locale. Et rien, de le dire...
Mais je m'en tiens à Montélimar. Si on veut que ça bouge ici ça passera par d'autres biais, à inventer ou existants mais alors à approfondir, étoffer.
Moins s'enferrer dans les logiques d'alliance entre organisations, plus s'ouvrir à tout ce qui se fait dans l'associatif, dans les solidarités qui se créent, dans les envies d'ouverture, dans les fonctionnements s'étalant en rhizomes informels. Et surtout, laisser toute sa place à une génération militante comptant quand même moins de retraités (comme moi).
04/06/2014 11:25:47
Merci Rob pour ces précisions.
Venu du nord (Roubaix), la vie politique locale m'échappe un peu. Peut-être parce qu'il n'y en a pas vraiment si je la compare à mon nord natal.
Je ne connais pas cet Alain Silve et ce n'est pas le genre de personne que j'ai envie de côtoyer, mais c'est bien comme vous le dites les faibles réactions du PS local qui sont à signaler.
Le PS est entrain de mourir, oui vous avez raison (l'UMP n'est pas dans un meilleur état à bien y regarder), mais le PS ce n'est pas qu'un appareil, c'est aussi des sections et des militants. Comment expliquer qu'aucun d'eux ne bouge mis à part la personne qui parle dans le Dauphiné ?
Là j'avoue ne pas trop comprendre.
J'ai adhéré à EELV durant 3 ans et là croyez moi ça ru dans les brancards à la moindre incartade. Un peu trop même ^^

Mais parler de non-événement est une grave erreur, car pour le PS s'en est surement un (il ne dira pas le contraire), mais pour les électeurs de gauche ça n'en est pas un, et je suis de cela. Il n'y a rien de pire en politique que le laisser faire et le laisser aller. Après ça nous donne un FN à 25 et un PS à 14.

Bravo.
04/06/2014 10:47:30
« Y aurait-il une tradition à Montélimar à voir les actes de trahisons politiques être associés au PS à moins que ce parti n'ait ni foi ni loi ? »

Jugez plutôt : avant Eric Besson il y a eu des précédents. Alors que Michel Sauvinet fréquentait la droite Montilienne, jusqu'à être élu de la municipalité de droite durant plusieurs années, son père, ex-premier adjoint du maire socialiste Maurice Pic venait faire de l'espionnite à la section PS, dont il était encore membre.
Autre socialiste passé dans le camp adverse progressivement : Bernard-André Orset-Buisson, déjà adjoint à la culture de Maurice Pic, est devenu adjoint à la culture de Franck Reynier.
Dans tous les cas, les faibles réactions du PS local sont à signaler. Après on s'étonne du succès du thème de l'UMPS cher au front National !
Localement, comme nationalement, le Parti Socialiste est dans un état de déliquescence avancé. Ceci dit il faut relativiser la valeur de la prise. Bernard André-Orset ce n'était déjà pas grand chose. Alain Silve, c'est rien du tout. D'ailleurs je crois savoir que la rédaction de Montélimar News a décidé purement et simplement de ne pas traiter ce non-événement.

vendredi 8 août 2014

L' OCL défend la paix et le droit à l' autodétermination des peuples

Position de l’OCL À propos des massacres de Gaza de la question palestinienne 
Position de l’OCL À propos des massacres de Gaza, de la question palestinienne et de ses répercussions en France
L’offensive contre Gaza est la dernière en date des tentatives de l’État d’Israël de briser l’unité de la lutte de libération palestinienne qui menace sa domination coloniale.
Arrêter les massacres de l’offensive en cours est urgent et impératif mais cela ne suffira pas. Sans résolution du conflit qui mette un terme à ses racines et à ses fondements, une nouvelle agression israélienne suivra celle-ci, l’occupation et le blocus de Gaza se poursuivront indéfiniment.
Se battre pour la paix en Palestine, c’est se battre contre la complicité de l’État français et contre l’état de guerre permanent qu’impose la politique coloniale du projet sioniste.
Le PS, encore et toujours, du côté des exploiteurs et des colonisateurs
Pointons d’abord l’hypocrisie d’un gouvernement qui prétend ne pas vouloir « importer le conflit en France » mais une fois que lui a pris clairement position dès le départ, en soutenant ouvertement et bruyamment l’Etat d’Israël (« le droit d’Israël de se défendre »), en cautionnant les bombardements frappant principalement des maisons, des commerces, des écoles et multipliant par dizaines, puis par centaines, les massacres de civils palestiniens pris au piège dans une enclave minuscule, densément peuplée et totalement bouclée.
Mais le gouvernement français ne s’en est pas tenu là : il a franchi une nouvelle étape dans sa politique infâme : l’interdiction de la manifestation de solidarité avec les Palestiniens des samedis 19 et 26 juillet.
Quand Hollande soutient Netanyahu
On apprend selon un communiqué publié par l’Élysée, qu’Hollande a eu un entretien téléphonique avec Benyamin Netanyahou le 9 juillet, afin de lui exprimer « la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza » en rappelant que « la France condamne fermement ces agressions », tout en « précisant qu’il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces et de prévenir l’escalade des violences », ce qui constitue de fait un véritable permis de tuer alors même que le chef de l’État d’Israël faisait, depuis deux jours, bombarder massivement la bande de Gaza en lançant l’opération « Bordure protectrice » : mobilisation de 40 000 réservistes, déploiement de blindés à la frontière de Gaza, ouvrant la voie à une offensive terrestre.
Le 13 juillet, première grande manifestation contre l’attaque israélienne : près de 30 000 personnes en colère déferlent dans les rues de Paris, où aux militant-e-s anticolonialistes de toujours s’est agrégée une composition majoritairement jeune, prolétaire, des quartiers populaires de la périphérie et notablement avec une très importante présence féminine.
A la fin de la manifestation du 13 juillet à Paris, les militants de l’extrême droite sioniste (LDJ) provoquent des incidents dans le quartier de la Bastille, notamment aux alentours de la synagogue de la rue de la Roquette où ils avaient appelé leurs sympathisants à se rassembler. Des manifestants pro-palestiniens se rendent dans cette rue proche de La Bastille pour protester contre la présence de cette bande de fascistes dans le quartier et si possible les virer de là. Ils se font charger par les membres de la LDJ qui leur balancent les tables et les chaises d’une terrasse de bistrot et quelques autres objets. Quelques secondes plus tard, une contre-charge des pro-palestiniens fait courir les sbires sionistes dans l’autre sens et les contraint à se réfugier derrière un cordon de CRS…
Le soir même de la manifestation parisienne de soutien aux Palestiniens du 13 juillet, le CRIF (officine qui s’autoproclame la représentante des Juifs de France et véritable ambassade-bis de l’État d’Israël à Paris) publie un communiqué où il « demande l’interdiction des manifestations en faveur du Hamas (…), l’interdiction des manifestations, de rassemblements ostensiblement violents et radicaux qui représentent un trouble à l’ordre public, dont notamment celui qui doit avoir lieu samedi prochain à Paris » (communiqué publié sur son site). Parallèlement, une ‟information” se répandra comme une traînée de poudre dans tous les médias et au plus haut sommet de l’État : des juifs et une synagogue ont été attaqués par des manifestants antisémites pro-palestiniens.
Le témoignage du responsable de la synagogue de la rue de la Roquette remet, un peu, des choses en place : « Pas un seul projectile lancé sur la synagogue [...] À aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger »[1], alors que dans sa communication, le CRIF n’a pas hésité à parler de « pogrom », de synagogue « assiégée », de « Nuit de cristal » et qu’une très grande partie des médias ont abondamment relayé cette manipulation. Cette politique du pire menée depuis des années par les mouvements sionistes consiste non seulement à gonfler et instrumentaliser les actes antisémites avérés, mais à en inventer d’autres purement et simplement, c’est-à-dire à en faire exister là où il n’y en a pas et à participer ainsi à créer volontairement un certain climat – nauséabond, pestilentiel – dans lequel l’antisémitisme peut se banaliser.
Du soutien à l’offensive israélienne à l’interdiction des manifestations
Lors de son allocution du 14 juillet, Hollande répète que « le conflit israélo-palestinien ne peut pas s’importer ». Conflit « israélo-palestinien » comme s’il y avait hier un conflit « franco-algérien »..., manière de nier la nature anticoloniale de cette lutte en plaçant les protagonistes, colonialistes et colonisés, sur le même plan pour mieux renverser l’ordre des responsabilités et mieux présenter ceux qui résistent comme les responsables des troubles et de la violence. Hollande est sans doute un ‟social-libéral” mais il s’inscrit dans la vieille tradition de la gauche politique française et enfourche la même rhétorique que celle de la SFIO de naguère, la social-démocratie historique, celle qui s’est particulièrement illustrée en menant et en soutenant les guerres coloniales que l’État français a livrées jadis dans son empire et qui désignait, déjà, les résistants indochinois ou algériens comme des ‟terroristes”.
Le 15 juillet, le CRIF est reçu à l’Élysée où son président Cukierman, réitère sa demande d’interdiction des manifestations pro-palestiniennes, et notamment celle du 19 juillet à Paris. Il sera parfaitement entendu, puisque ce sera là la ligne du gouvernement (Valls, Cazeneuve, Préfecture de Police de Paris, Préfecture du Val d’Oise, des Alpes Maritimes…), relayée dans cette sale besogne par une institution ‟indépendante” du gouvernement mais pas de l’appareil d’Etat, le Tribunal administratif de Paris qui a validé cette interdiction [2].
Hollande et son gouvernement, comme l’essentiel de la classe politique et des médias, se disent favorables à la « paix » mais la seule paix qu’ils envisagent est celle qui entérine la domination coloniale d’Israël sur la Palestine, une pacification qui poursuit l’annexion de Jérusalem-Est et la colonisation de la Cisjordanie (dont, rappelons-le, 62% est directement administrée par la puissance coloniale), qui interdit le retour des réfugiés, qui contrôle et pille ses ressources naturelles, notamment hydriques, qui enferme les populations palestiniennes dans des prisons à ciel ouvert, derrières des murs, des barbelés et des miradors, qui pratique ouvertement un apartheid ethno-religieux en se définissant comme « État juif » c’est-à-dire « pour les seuls Juifs », avec la complicité des puissances occidentales, des bourgeoisies et féodalités arabes et, de fait, du ‟gouvernement” fantoche de l’Autorité palestinienne.
En interdisant les manifestations de solidarité avec les Palestiniens massacrés par les bombes de l’armée coloniale d’Israël, le gouvernement a non seulement choisi son camp, mais utilise la force de la raison d’État habillée sous le prétexte de l’« ordre public » et défendue par les instruments de répression à son service pour bâillonner la solidarité avec la Palestine et au-delà, pour faire taire la dissidence et les oppositions à sa politique et à ses projets.
De l’usage de l’antisémitisme
Mais ce faisant, il alimente le fol engrenage de la politique du pire qu’impose le rhétorique sioniste qui n’a d’autre ‟argument” que désigner toute opposition à l’État d’Israël, à sa nature coloniale et à sa politique raciste, comme ‟anti-juive” et antisémite.
Un piège mortel et un jeu dangereux avec des allumettes à côté d’un baril de poudre – y compris et en particulier pour les juifs –qui invente et fabrique de l’antisémitisme là où il n’y en a pas. En fait, le sionisme est une théorie de la séparation qui n’a jamais combattu l’antisémitisme mais le suscite et s’en nourrit. C’est un formidable cadeau fait aux vrais antisémites de toutes sortes qui se frottent les mains de tant de publicité, qui peuvent espérer accroitre leur audience dans la confusion sciemment créée et alimentée, qui en tirent déjà profit en faisant croire que leurs idées progressent et peuvent recruter en conséquence.
Soyons clairs. Il y a de l’antisémitisme partout, dans tous les recoins de la société française, les partis, les syndicats, les entreprises, chez les prolos et les bourgeois, chez les cadres supérieurs et les petits fonctionnaires… et il y en a beaucoup trop. Qu’il y ait des infiltrations de quelques antisémites convaincus et militants dans les manifestations pro-palestiniennes et qu’il y ait aussi, depuis des années, des ‟tentations antisémites” diffuses quand la colère se fait aveugle et qui, avec une bonne dose d’ignorance et de bêtise, se transforme en haine des juifs pour ce qu’ils sont ou, plus précisément, pour ce qu’ils sont supposés être, il n’y a aucun doute. Mais la seule manière de combattre efficacement l’antisémitisme, ce n’est pas se contenter de proférer des condamnations et des dénonciations de principes aussi justes et nécessaires soient-elles ; ça consiste à refuser les termes du conflit imposés à la fois par les défenseurs de l’État d’Israël et les antisémites, à montrer leur collusion objective ; ça consiste à proposer une toute autre perspective, un autre horizon, le plus clair possible : la lutte de libération nationale et sociale en Palestine et son indispensable alliance stratégique avec les mouvements d’émancipation populaires de toute la région, en priorité avec ceux qui se situent à l’intérieur de la société israélienne, alliant et rassemblant sans distinction juifs, musulmans, chrétiens, athées, arabes, non-arabes et migrants.
Manifester en solidarité avec les Palestiniens et braver les diktats et les interdictions, c’est devenu aujourd’hui plus que cela.
C’est déjà défendre pied à pied les espaces d’expression et de mobilisation contre la raison d’État qui prétend défendre l’ordre public pour mieux défendre la politique pro-israélienne du gouvernement. C’est aussi refuser et dénoncer en mots et en actes le piège tendu par les sionistes et les antisémites qui, dans une complicité et une complémentarité parfaite, veulent imposer les termes du conflit qui les arrangent, en essentialisant ses protagonistes, en dépolitisant les enjeux, en falsifiant les données historiques et en justifiant par avance et a postériori les logiques d’extermination.
Malgré l’interdiction, la manifestation du 19 juillet a tout de même été maintenue par une grande partie de ses organisateurs initiaux et plusieurs milliers de manifestants ne se sont pas laissés intimider, ont désobéi et ont imposé leur volonté d’occuper la rue quoi qu’il en coûte. La tenue de la manif malgré l’impressionnant dispositif policier a été une claque pour le gouvernement et une première victoire pour le mouvement de solidarité avec les Palestiniens.
Mais la partie adverse ne lâche rien. Dès le lendemain, dimanche 20 juillet, journée la plus sanglante à ce jour de l’offensive israélienne à Gaza (plus de 140 morts palestiniens en moins de 24h), Valls et Hollande s’empressent de réaffirmer où est leur camp. Ils relancent l’offensive en reprenant l’argumentaire pro-israélien accusant les manifestants ‟pro-palestiniens” d’être des fauteurs de troubles et des antisémites, Valls s’offrant même le luxe de designer explicitement les « quartiers populaires » comme les lieux où se cacherait « la ‘haine du juif’ derrière un antisionisme de façade et derrière la haine de l’Etat d’Israël ».
Les quartiers populaires, c’est le prolétariat multinational des périphéries urbaines contemporaines, les ouvriers, les arabes, les pauvres, les bronzés de toutes les latitudes, les classes jugées éternellement dangereuses par et pour les possédants, et aujourd’hui stigmatisées par une diagonale politique qui relie le PS au FN en passant par l’UMP.
Le samedi 26 juillet, nouvelle manifestation interdite, nouvelle insoumission à cette injonction, avec encore plus de monde, près de 10 000 personnes rassemblées place de la République. Le gouvernement, dépité de ne pas être parvenu une seconde fois à imposer le silence malgré les menaces et les déploiements policiers, se venge en poursuivant en justice notre camarade Alain Pojolat pour avoir déposé son nom dans le cadre de l’organisation formellement légale du rassemblement.
La nouvelle attaque d’Israël contre Gaza
L’enlèvement des trois adolescents israéliens le 12 juin à proximité d’une colonie de Cisjordanie a été immédiatement attribué au Hamas par Netanyahu. Les responsables du Hamas en Cisjordanie ont immédiatement démenti. Même si le chef du Hamas en exil au Qatar, Khaled Mechaal, s’est « félicité » de ce rapt, tout en déclarant qu’il ne pouvait ni confirmer ni démentir que le Hamas en soit le responsable, il semble évident la direction du mouvement n’est pas à l’origine de cette action qui serait l’œuvre de membres d’un puissant clan local de la région d’Hébron, le clan Qawasmeh, qui est ou était effectivement lié au Hamas mais en conservant depuis toujours une large autonomie [3].
Pour le Hamas en pleine tentative de recentrage avec sa « réconciliation » avec le Fatah et la création le 23 avril 2014 d’un « gouvernement d’entente », cette action ne pouvait pas tomber plus mal. Qu’importe, pour le gouvernement israélien, le responsable c’est le Hamas et uniquement lui et c’est cette position qui sera réaffirmée dès le départ.
Pendant les trois semaines qui suivent l’enlèvement, l’armée israélienne multiplie les arrestations et les mises en détention administratives en Cisjordanie (une majorité de membres du Hamas dont des députés) et la saisie de matériel (ordinateurs) dans les locaux d’associations, impose un bouclage total d’Hébron, le couvre-feu pour 300 000 Palestiniens et tue 10 Palestiniens sans que la branche militaire du Hamas de Gaza ne lance la moindre roquette sur le territoire israélien, la plupart des tirs étant revendiqués par d’autres mouvements, notamment les Brigades Al-Qods du Jihad islamique et dans une moindre mesure les Brigades Abu Ali Mustafa du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) .
L’enlèvement et le meurtre du jeune palestinien de Jérusalem-Est, brûlé vif le 2 juillet, va provoquer à la fois un cycle de mobilisation et d’émeutes dans les villes arabes de Galilée et à Jérusalem, des rassemblements en Cisjordanie et le début d’une réplique armée depuis Gaza sous formes de lancers de roquettes. Aux pilonnages de l’armée israélienne répondront une croissante riposte des différents mouvements palestiniens : l’aile militaire du Hamas, mais aussi celles du Jihad islamique, des Comités de la résistance populaire, du FPLP, de groupes de combattants liés au Fatah et peut-être du FDLP. Une donnée à ne pas perdre de vue : autant le Hamas est contesté sur le plan politique dans la bande de Gaza, autant il y a une unanimité sur le fait de résister de manière armée aux attaques israéliennes.
Plus inquiétant encore pour Israël, selon l’analyste et auteur palestinien Ramzy Baroud, « la douleur et la colère provoquée par la mort de Mohammad Abou Khdeir, 17 ans, qui a été brûlé vif par des colons israéliens dans le cadre de ce déchainement, a favorisé ce réveil de l’identité nationale palestinienne depuis longtemps fragmentée ». Et ajoute-t-il, cette identité collective « qui a souffert en raison de murs israéliens, des tactiques militaires et de la propre désunion des Palestiniens, a été recollé dans un processus qui ressemble aux événements qui ont précédé la première et la deuxième Intifada de 1987 et 2000 respectivement »[4].
La vraie menace pour Israël : l’unité palestinienne débouchant sur une nouvelle Intifada
Depuis plusieurs mois, beaucoup a été dit et écrit sur la possibilité ou impossibilité de lancer une troisième Intifada. Bien malin qui peut affirmer la probabilité de l’une ou l’autre thèse avec certitude, mais une chose est sûre, c’est l’unité des Palestiniens qui menace le plus Israël. Pas l’unité – bien problématique au demeurant – des dirigeants et d’une combinaison visant à créer un interlocuteur unique dans le cadre d’une hypothétique reprise des négociations, mais l’unité de sa population dispersée et éclatée dans des statuts et des situations juridico-politiques distinctes, celle vivant dans les 3 zones de Cisjordanie, à Jérusalem-Est, à Gaza, en Israël, en exil, dans et hors les camps de réfugiés…
Car ces derniers mois, Gaza n’était plus au centre du jeu : la question des colonies en Cisjordanie et Jérusalem était revenu au premier plan, ainsi que celles des conditions de vie des arabo-palestiniens d’Israël (et notamment les Bédouins du Néguev), le droit au retour des réfugiés, et bien sûr, la levée du blocus imposé à Gaza par Israël et l’Égypte. Et finalement, c’est l’ensemble de la question palestinienne qui ressurgissait dans un contexte marqué par la crise de leadership de la résistance qui est aussi une crise de la « gouvernance » de la simple survie quotidienne de la société palestinienne, entre une Autorité palestinienne sclérosée et disqualifiée et un Hamas étranglé financièrement et désireux d’en finir au plus vite avec l’impasse de Gaza.
En avril et mai dernier, il y a eu une grève de la faim de plusieurs centaines de palestiniens incarcérés dans les prisons israéliennes contre les détentions administratives. Le 15 mai dernier, deux jeunes Palestiniens, Nadim Abou Siam Nuwara, 17 ans, et Mohammed Mahmoud Odeh Salameh, 16 ans, ont été tués par des soldats israéliens alors qu’ils participaient à une manifestation commémorant l’anniversaire de la Nakba, ou « catastrophe » de 1948. Des images vidéo montrent que Nadim se trouvait innocemment avec un groupe d’amis, avant de s’effondrer au moment où il a été frappé par une balle de l’armée israélienne. Depuis, l’évocation de la Nakba est revenue à l’ordre du jour. Depuis quelques mois, alors que sont annoncés en permanence de nouveaux projet de construction de milliers de logements dans les colonies, de nouvelles générations palestiniennes ont commencé à trouver les voies d’expression d’une colère en mettant des mots dessus, en se politisant, en faisant le lien entre vécu, histoire et contexte, en se mobilisant à de multiples occasions et de manière croissante, et significativement dans les localités peuplées majoritairement d’arabo-palestiniens en Israël.
Cette croissante conflictualité de la mobilisation s’est traduite dans les chiffres : entre le 15 mai et le début de l’attaque sur Gaza le 7 juillet au soir, Israël a tué 27 Palestiniens, dont des enfants.
Les véritables motivations d’Israël dans cette nouvelle attaque est de maintenir un état de guerre permanent et d’empêcher toute possibilité de “négocier” avec la partie palestinienne en séparant Gaza du reste de la Palestine et en brisant tout gouvernement d’union. Pour cela, le Hamas sert de repoussoir et la focalisation sur Gaza permet de maintenir le récit d’un conflit opposant Israël au ‟terrorisme” ou à l’‟islamisme”.
Depuis des mois, la ligne du Hamas s’est singulièrement infléchie et s’est rapproché du Fatah, c’est-à-dire l’Autorité palestinienne qui, rappelons-le, ne gouverne que sur 18% de la Cisjordanie [5]. Pour de nombreuses raisons qui peuvent se résumer à ceci : l’affaiblissement et l’impasse dans laquelle se trouve le mouvement islamiste (comme le Fatah) dans un contexte de chute notable de ses ressources financières et de ses soutiens politiques. Le Hamas, sans doute divisé sur la question, semble en effet avoir décidé d’abandonner à court terme la gestion directe du pouvoir politique au profit d’un retour à ses activités sociales, caritatives, religieuses, « civiles » ; un retour en quelque sorte à ce qu’étaient les Frères musulmans dont il est issu avec le maintien d’un pouvoir sur la société dite civile ne passant pas nécessairement par l’exercice d’un pouvoir politique.
Ces dernières années, le Hamas a en effet progressivement perdu des appuis parmi la population de Gaza où des mouvements de protestation et de désaffection se sont produits et faits entendre, en particulier dans la foulée du « printemps arabe ». Simultanément, le mouvement a aussi pâti de la fin des soutiens traditionnels dont il bénéficiait de la part de régimes comme ceux de Syrie et d’Iran et de mouvements politico-militaires comme le Hezbollah depuis le soulèvement et la guerre en Syrie et le départ d’Ahmadinejad de Téhéran. À cela s’est ajouté plus récemment, depuis le putsch militaire de juillet 2013 au Caire, l’interruption brutale du soutien offert par le régime des Frères musulmans en Égypte, soutien minimal mais vital pour la population et les mouvements de résistance que permettaient l’ouverture du terminal frontalier de Rafah et le laxisme observé sur le transit des marchandises par les dizaines de tunnels creusés sous la barrière frontalière.
Depuis le printemps dernier, le Hamas est littéralement étranglé financièrement, le régime égyptien bloquant les tunnels avec le Sinaï, seule source d’activité économique, à tel point que les fonctionnaires de Gaza ne sont plus payés.
C’est dans ce contexte que le 23 avril dernier, un nouvel accord de « réconciliation » entre le Hamas et le Fatah était signé dans le camp de Chati (nord de la ville de Gaza). Le 2 juin, un cabinet « d’entente » chargé de préparer la tenue d’élections présidentielle et législatives dans les six mois prêtait serment devant le président Mahmoud Abbas.
Cependant, si le Hamas est affaibli politiquement, il s’est renforcé militairement au cours de deux dernières années, en termes d’équipements, de structures défensives, de technique de fabrication d’armes, de logistique et de capacité stratégique. L’offensive d’Israël contre Gaza qui prétend s’attaquer aux capacités militaires du Hamas n’aura en tous cas pas d’autre résultat politique que de faire remonter le prestige de l’organisation islamiste et celle de ses combattants dans une bonne partie de l’opinion palestinienne.
D’un autre côté, le projet du Hamas de former un gouvernement d’entente nationale avec l’AP se heurte à la mauvaise volonté du clan entourant Mahmoud Abbas, dirigeant vieillissant, totalement discrédité et plus occupé à réprimer les manifestations de la rue palestinienne pour satisfaire Israël qu’à envisager de mettre en pratique une nouvelle politique de résistance à la colonisation basée sur cette unité au sommet. Les épisodes du mois de juin, alors que l’armée israélienne multipliait les arrestations et les opérations punitives en Cisjordanie, ont montré à quel point l’Autorité palestinienne ne disposait d’aucune autorité indépendante, sur aucune parcelle des territoires palestiniens, pas même sur les 18% de la Cisjordanie (la zone A) qu’elle est censée administrer exclusivement, sauf en envoyant ses forces de police pour disperser les manifestations anti-israéliennes comme encore récemment à Hébron.
Mauvaise volonté qui s’exprime par la poursuite du non-paiement par l’AP de Ramallah des fonctionnaires de Gaza recrutés depuis 2007, la paralysie des étapes du processus signé récemment, notamment le déploiement de la Garde présidentielle à la frontière de Rafah afin de lever le blocus égyptien sur Gaza ou encore la mise en place de comités paritaires pour la préparation des élections... sans parler du silence assourdissant de l’AP/OLP depuis l’offensive sur Gaza.
La « guerre contre le Hamas » n’est dans ce contexte qu’une tentative du gouvernement israélien de détourner l’attention. Le ciblage du Hamas est une tentative de plus pour bloquer indéfiniment la situation dans un statu quo et d’empêcher l’émergence d’une troisième voie, celle qui prend en compte l’ensemble des parties et facettes de la Palestine, « quel que soit le côté du “mur de séparation” israélien où ils vivent. »[6]
C’est cette unité palestinienne débouchant sur une Intifada populaire de masse qui est lourde de menaces : menaçant directement l’Autorité Palestinienne et aussi indirectement le Hamas, bloquant la création de nouvelles colonies, reprenant l’initiative contre l’annexion et la ‟judéisation” de Jérusalem-Est, ne lâchant rien sur le droit au retour des réfugiés, remobilisant les arabo-palestiniens d’Israël, de la Galilée au Néguev, bref, en replaçant sur la table et à la lumière du jour l’entièreté de la dimension coloniale du conflit et de la lutte de libération palestinienne.
C’est cette unité dans la lutte que les dirigeants israéliens veulent à tout prix éviter en commettant une fois de plus un bain de sang et des crimes de guerre, comme précédemment à Gaza (2008-2009, 2012), à Jénine (2002), au Liban (1982)… certains de l’impunité dont ils peuvent jouir grâce au soutien de l’ensemble des gouvernement de la « communauté internationale » et au terrible isolement dans lequel se trouve le peuple palestinien.
C’est cet isolement qu’il faut rompre. C’est l’État d’Israël qu’il faut isoler.
Arrêter les massacres, mettre un terme au projet sioniste
Arrêter les massacres de l’offensive en cours est urgent et impératif mais cela ne suffira pas. Sans résolution du conflit qui mette un terme à ses racines et à ses fondements, une nouvelle agression israélienne suivra celle-ci, l’occupation et le blocus de Gaza se poursuivront indéfiniment.
Se battre pour la paix en Palestine, c’est se battre contre la complicité de l’État français et contre l’état de guerre permanent qu’impose la politique coloniale du projet sioniste.
C’est affirmer haut et fort la solidarité avec le peuple palestinien dans ce moment crucial et la légitimité de sa résistance par tous les moyens qu’il juge nécessaire (non violents et armés) et cela passe aujourd’hui par les revendications démocratiques minimales exigées par l’appel palestinien du 9 juillet 2005 pour la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) : 1. Mettre fin à l’occupation et à la colonisation de toutes les terres arabes et démanteler le Mur ; 2. Reconnaître les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité absolue ; 3. Respecter, protéger et favoriser les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU. 4. Mettre fin au blocus de Gaza.[7]
Cette résolution n’est pas une panacée et n’est pas exclusive d’autres actions mais elle vise ni plus ni moins qu’à porter, enfin, un coup d’arrêt définitif au projet sioniste. Ce faisant, elle peut contribuer de manière décisive à le mettre en crise, à démanteler les bases colonialistes et ethno-religieuses de l’État d’Israël, à faire voler en éclat le consensus social/national qui caractérise ce dernier et qu’il impose à l’intérieur de la société israélienne et en dehors, et à ouvrir une nouvelle situation de coexistence et de solidarité entre les peuples et de lutte communes contre leurs oppresseurs locaux et globaux, de quelque religion et/ou appartenance nationale, ethnique ou culturelle historique auxquelles ils se réfèrent.
Organisation communiste libertaire, 31 juillet 2014
___
Notes :
[1] Le témoignage peut être consulté ici :http://www.itele.fr/france/video/in.... Ce témoignage et d’autres sources n’ont pas eu le droit d’être cités dans les médias. Autre manipulation médiatique où les sous-titrages des slogans scandés par les manifestants sont grossièrement bidonnés et falsifiés :https://www.youtube.com/watch?featu... Sur la fabrication d’une certaine ambiance médiatique pro-israélienne, on se reportera utilement à l’article « Offensive israélienne contre Gaza : les partis pris du traitement médiatique », Julien Salingue, Acrimed, le 18 juillet 2014 (http://www.acrimed.org/article4407.html )
[2] Une « justice » qui n’est pas non plus en reste sur un autre plan : 4 mois de prison ferme avec mandat de dépôt (incarcération immédiate) pour « rébellion » d’un manifestant « propalestinien » à Paris après un contrôle d’identité au faciès le 13 juillet : voir ici
[3] Clan connu pour, entre autre, avoir fourni au Hamas de nombreux candidats au martyr pour des attentats-suicide, notamment dans les années 1990.
[4] Ramzy Baroud, « Ravaging Gaza : The war Netanyahu cannot possibly win », le 16 juillet, World News Trust.
[5] La Cisjordanie est divisée administrativement en 3 zones. La zone A dans laquelle l’Autorité palestinienne exerce une autorité politique (administrative) incluant des pouvoirs de police, représente 18% du territoire. La zone B qui est co-administrée par l’AP (pouvoir civil) et la force occupante (police, armée) s’étend sur environ 20% de la Cisjordanie. La zone C, le plus grande (62% de la superficie), qui inclut les colonies et toute la vallée de Jourdain, est entièrement gouvernée et occupée par Israël qui contrôle la frontière avec la Jordanie et encercle les poches palestiniennes « auto-administrées » des zones A et B.
[6] Ramzy Baroud, idem.
[7] Site Internet de la campagne BDS France : http://www.bdsfrance.org/

mardi 29 juillet 2014

Lafarge...une firme aiu dessous de tous soupçons...

Lafarge, mur de l’atlantique et sequestre


Dans le supplément « éco & entreprise » du Monde le 25 février 2013, les journalistes du « quotidien de référence » présentèrent un jour l’entreprise ainsi : « Lafarge est une maison de chrétiens et d’ingénieurs. L’homme et le progrès sont deux valeurs revendiquées depuis des décennies par ses dirigeants. »
Comme le prétend le service de communication du groupe, Lafarge serait très attachés à défendre le devoir de mémoire. La réhabilitation « des Milles », camp Vichyssois de transit avant déportation pour plus de 10 000 personnes, réalisée dans le cadre d’un mécénat d’entreprise, en serait une preuve.
ET POURTANT …DE 1944 A 1947,
L’ENTREPRISE FUT BIEN MISE SOUS SEQUESTRE

Alors que le département de l’Ardèche se libère, les salariés de la Société des chaux et ciments Lafarge, réunis le 19 septembre 1944 en assemblée générale à l’initiative de l’UL CGT jusqu’alors clandestine, adoptent une résolution dans laquelle ils “approuvent à l’unanimité les propositions faites concernant la mise sous séquestre des usines Lafarge dont l’activité antipatriotique des administrateurs s’est pleinement manifestée au cours des 4 années d’occupation” et “réclament l’épuration du personnel des traîtres collaborateurs qui se sont mis au service de l’ennemi ; S’engagent à travailler avec une ardeur accrue à la reconstruction de la France et à fournir au maximum des possibilités le ciment et la chaux nécessaires pour que soient rétablies les maisons, réparés les ponts, les voies et toutes constructions indispensables à la reprise économique. […].”  et c’est sur : « Vive la gestion ouvrière, Vive le travail libéré, Vive la CGT. », que se conclue cette noble assemblée.
Dans ce qu’ils pensent être l’application du programme du CNR, adopté le 15 avril 1944, et préconisant une “véritable démocratie économique et sociale” par l’éviction des “grandes féodalités” de l’argent et le “retour à la nation des grands moyens de production”, les forces ouvrières issues de la Résistance veulent ici et maintenant renverser le mode de production. A ce moment et en région Rhône-Alpes, le séquestre Lafarge ne sera pas isolé. Celui de l’entreprise Berliet à Vénissieux sera le plus connu, si ce n’est le plus emblématique.
LAFARGE, UNE DEJA VIEILLE HISTOIRE
En effet les Pavin de Lafarge, sont propriétaires de fours à chaux en Vivarais depuis 1749. A la veille de la Deuxième Guerre mondiale, leur société, qui s’est hissée au premier rang des cimentiers français, est encore une “affaire de famille”. Son président, Jean de Waubert, surnommé le “roi soleil”, est le gendre de Joseph Pavin de Lafarge, le plus gros portefeuille en actions du groupe.
Société anonyme depuis 1919, elle dispose de plusieurs usines, dont certaines en Algérie et au Maroc. En Angleterre, une filiale étend ses affaires dans l’empire britannique.
L’usine-mère, située entre Le Teil et Viviers, au lieu-dit La Farge, fait travailler, en 1939, 433 ouvriers. L’employeur loge sur place ses ouvriers, au pied des carrières. Le lieu sera nommé la cité blanche. L’église, la boucherie, le coiffeur, la boulangerie, le bistrot, tout est Lafarge. L’électricité, l’eau, les jardins ouvriers, les écoles le sont aussi. La discipline est aussi Lafarge, gare à l’ouvrier qui travaillait au jardin à l’heure de la messe. Amendes ou mises à pieds aux ouvriers qui se feraient prendre. Un ouvrier raconte : « En ce temps-là, il était interdit de travailler son jardin le dimanche aux heures des offices et il était très mal vu de ne pas assister à la messe dominicale.
Aussi quelquefois des gardes passaient dans l’île et rappelaient que
l’heure de l’office approchait et qu’il fallait cesser toute occupation. Le père de ce “Lafargeois”, casseur de pierres, quoique italien catholique, tenait à travailler afin d’obtenir une belle récolte. Aussi, lorsqu’il voyait le garde venir faire sa tournée, il allait vite se cacher dans la cabane de jardin et attendait qu’il ait tourné le dos pour reprendre
tranquillement son jardinage »
. Jusque dans les années 50, un divorce signifiait l’exclusion de la société Lafarge.
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Camille Etorre, en est le directeur de combat, mais les grèves de 1936 lui font concéder des augmentations de salaires et accepter l’implantation d’un puissant syndicat CGT. En 1937, Henry de Lafarge est quant-à-lui battu à l’élection du Conseil Général par un député socialiste.
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Grèvistes Lafarge 1936 (Source : mémoires d’Ardèche)
Mais en 1938, Lafarge brise une nouvelle grève. Les délégués syndicaux et douze “meneurs” sont licenciés sur le champ, suivis bientôt de deux cents salariés. Les quelques réembauchés seront mutés d’office dans les carrières à casser des pierres, et l’arbre de Noël supprimé pour les enfants d’ouvriers.
Seule la CFTC, fortement inféodée subsiste, et le PPF de Doriot prend pied dans l’usine. Le « Grand Jacques » lui-même est invité au Teil.
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PPF de Doriot à Paris (Source : Paris en Images)
Après la défaite de juin 1940, les patrons de Lafarge y replient le siège social, et acquis au pétainisme, entrent dans la voie de la collaboration économique.
En juin 1941, le conseil d’administration déclare : “Après les jours tragiques de 1940 qui virent la France terrassée et vaincue (...), la vie continue et notre devoir à tous est de travailler (...). Si nous savons nous grouper autour de notre chef (le maréchal Pétain) et nous consacrer à notre tâche, l’avenir nous appartient” .
Le ciment, produit stratégique pour la construction du mur de l’Atlantique, représente de très grosses commandes, mais l’évolution de la situation après le débarquement allié en Afrique du Nord (nov. 42), et surtout après Stalingrad (fév. 43), commande la prudence à la direction générale. L’intérêt du groupe invite à se ménager des relations dans les différents camps. Alors que les usines de la filiale anglaise sont placées sous séquestre par les autorités britanniques, et que celles situées en Afrique du Nord tombent sous la tutelle alliée, les usines françaises sont confiées à leurs directions locales. Il s’agit de continuer à faire des affaires en adoptant des stratégies diversifiées.
Tandis que la direction de l’unité de Couronne, près d’Angoulême, généralise la fraude sur la production destinée aux Allemands en complicité avec le syndicat CGT clandestin, au Teil, la direction locale souscrit aux Comités sociaux de Vichy, et encourage la propagande pro-allemande du PPF. Le commissaire de police du Teil signalera, en mai 1943, une réunion de recrutement de la LVF où “une dizaine de travailleurs nord-africains” de Lafarge, viennent de s’engager pour partir sur le front de l’Est.
LE SEQUESTRE ET LA “GESTION PATRIOTIQUE” DE LAFARGE
septembre 1944 - avril 1947

Le mot "sequestre" désigne à la fois une personne et une institution juridique. Le "sequestre" est la personne auquel un Tribunal confie le soin d’assurer la garde et l’administration d’un bien.
Au début du mois de septembre 1944, une enquête, soutenue par l’inspection du Travail et les autres courants de la Résistance ardéchois, est diligentée par la commission économique du Front National de Libération (proche du PCF). L’affaire est menée par Raphaël Evaldre, ingénieur des mines, ancien administrateur d’une société belge ayant refusé la collaboration, réfugié en Ardèche, résistant, membre du comité directeur du FN, de la direction fédérale du PCF. Accompagné de l’inspecteur du Travail, il se rend auprès de la direction de l’usine du Teil, qui l’éconduit. Mais, le 19 septembre, accompagné de Gaston Chizat représentant la CGT Drôme-Ardèche, il propose à l’assemblée des travailleurs présents la mise sous séquestre de l’usine. Dans la résolution adoptée à l’unanimité, les personnels font “le serment solennel de rester unis pour faire de l’usine une entreprise modèle où le travail sera à l’honneur, où chacun étant payé selon ses mérites, travaillera au maximum de ses moyens” . La direction de l’usine est alors chassée de l’entreprise.
Le 27 septembre, le préfet suspend par arrêté les onze principaux actionnaires de la société Lafarge et place sous séquestre leurs entreprises. Raphaël Evaldre, sur proposition de la CGT, est officiellement désigné comme administrateur-séquestre. Pendant trente mois, il en assumera la direction, s’appuyant sur plusieurs commissions élues par les salariés. L’école confessionnelle est remplacée par une école publique. Une colonie de vacances, une maison de jeunes sont créées. La cantine, le groupement d’achat, ainsi que celle de l’ensemble des œuvres sociales, échappant à la direction sont confiée aux commissions de salariés. Une convention collective, revalorisant de 20% les salaires, est signée.
La bataille pour la production est impulsée dès octobre 1944. 5 à 6 000 tonnes par mois sortent du site. En 1945, la production annuelle double et dépasse celle de 1938. Pour cela les effectifs de l’usine passeront de 453 ouvriers en 1944 à 680 en 1947. Le 15 septembre 1945, pour le premier anniversaire de la “gestion patriotique” de l’usine, une manifestation marquante et symbolique est organisée sur place. 84 000 tonnes de roches sont abattues par une mise à feu spectaculaire dans la carrière. Louis Saillant, président du CNR, Julien Racamond, secrétaire confédéral de la CGT, Lucien Labrousse, secrétaire de la fédération du bâtiment, Yves Farge, commissaire de la République, et le préfet Robert Pissère sont présents parmi les salariés.
QUAND L’AVENIR S’ESTOMPE
Des dix usines de la société Lafarge, l’usine du Teil est, à l’automne 1944, parmi les trois sites en état de fonctionner, l’une des plus productives. Cependant, elle est la seule à se retrouver sous séquestre, quand la direction générale, depuis Paris, tente de rassembler son patrimoine.
En effet, La "mise sous séquestre" n’est qu’une mesure conservatoire à caractère provisoire jusqu’à ce que soit rendue une décision de justice, jugeant (ou non) les faits de collaboration de la direction de l’entreprise. Arguant de ses usines en Afrique du Nord, placées dans le camp allié, et des conditions de la France occupée durant 4 ans, l’ancien directeur de l’usine du Teil, Camille Etorre, écrit au général De Gaulle : “... Faites, mon Général, lever ces séquestres iniques et paralysants” .
Pour Raphaël Evaldre, cette usine, pièce à charge dans le dossier de la nationalisation selon les critères du programme du CNR, est la plus symbolique du groupe. Dans ce but, il multiplie les démarches, mais sa rencontre, au ministère de la Production industrielle, avec le socialiste Robert Lacoste demeure sans effet. Si ce n’est d’inquiéter le ministre des remous sociaux susceptibles d’éclater dans l’entreprise. Il interrogera le préfet de l’Ardèche qui lui répond : “... Il est très probable que les 680 ouvriers travaillant pour cette firme se mettront en grève (...). Il faut donc s’attendre à des incidents certains si la levée du séquestre a lieu ; et les difficultés qui en résulteront seront d’autant plus difficiles à régler que la levée du séquestre ramènera à la tête des usines, et l’ancien personnel de direction (...)et les anciens membres du conseil d’administration qui représentent, aux yeux des ouvriers, une époque qu’ils estiment révolue” .
En novembre 1945, Raphaël Evaldre obtient un ordre de mission de Raymond Aubrac, commissaire de la République à Marseille, lui permettant d’effectuer une tournée auprès des trois usines Lafarge du sud de la France (Fos, Valdonne, Contes). Il rencontre les directions locales, les responsables syndicaux, les salariés, sans réussir à faire évoluer la situation.
Le 28 mars 1947, l’arrêt du Conseil d’Etat est rendu : les mesures administratives prises en 1944 sont annulées, le séquestre levé. Les dissensions qui éclatent alors parmi les salariés de Lafarge rendent difficile la mobilisation syndicale. Si lors de sa première visite à l’entreprise, le 4 avril, le représentant de la direction centrale est accueilli au son de la corne et par un débrayage de trois quarts d’heure, l’usine ne retourne pas moins dans le giron des actionnaires.
EN GUISE DE CONCLUSION
Dans les mines, la métallurgie ou le bâtiment, plusieurs dizaines de milliers de salariés, au moment de la Libération furent tentées par l’expérience révolutionnaire et quelques formes de gestion ouvrière. Ces expériences se déroulèrent principalement dans les centres industriels de l’ex-zone sud, et, au travers l’espoir qu’ils faisaient naître, participèrent beaucoup à la reprise industrielle du pays.
Si ces comités de gestion spontanément créées étaient le plus fréquemment impulsés par des syndicalistes de la CGT, le Bureau Confédéral et les fédérations d’industries ne firent rien pour étendre et généraliser le mouvement. Certes, on accompagna dans les ministères les délégations de comités en difficulté, mais on s’intéressa de manière très secondaire à leur sort, et aucun effort central ne fut tenté pour créer des liaisons entre les comités existants, aucune enquête confédérale n’eut lieu à leur propos. L’attitude pour le moins prudente de la CGT à leur égard se retrouve chez les dirigeants communistes. Plutôt qu’une conquête sociale qui résulterait de l’action directe, ces organisations cherchent à obtenir, en contrepartie de « la bataille de la production » un « droit de regard sur la gestion ». D’ailleurs dès novembre 1944, les ministres du travail et de la production industrielle présentaient un avant-projet d’ordonnance instituant des « comités d’entreprises » dans toutes celles de plus de 100 salariés. Si ce projet faisait partie d’un plan élaboré dès 1943 à Alger, il s’agissait pour le gouvernement provisoire de canaliser l’inévitable mouvement de formation spontanée de comités de gestion, en imposant à ceux-ci un cadre uniforme et légal pour leur ôter toute possibilité de généralisation.
En janvier 1945, il ne restait plus qu’une centaine de Comités de gestion. Encore trop, semble-t-il, et que certains mènent contre eux d’ultimes combats. En effet, la nationalisation, contenu dans le programme du CNR, mobilise encore quelques espoirs chez ceux qui perdurent. Jean Chaintron, tout à la fois préfet de limoge et membre du comité central déclare alors : « il ne s’agit nullement de généraliser et de se laisser aller, comme certains irresponsables le désireraient, vers des nationalisations inconsidérées qui aboutiraient souvent à la socialisation des déficits et aux désordres » .
L’organe patronal « les Echos » s’en réjouit et imprime alors : « remettre à plus tard l’application du socialisme, développer le secteur libre dans la liberté des prix, travailler dans l’union à outrance pour la guerre … nous n’avons jamais demandé autre chose, ni davantage … voici les communistes avec nous pour un plan unique de reconstruction que résument les 2 mots d’ordre : travailler et produire » .
Cette position du PCF déstabilisa une partie de sa base. Les divergences furent telles que le commissaire de la République à Rouen parla des « anarchistes du PC » et que celui de Rennes cru pouvoir annoncer un « mouvement de scission ». Ces clivages débutèrent le mouvement retrait de nombreux résistants qui prirent alors leurs distances.
Pour ce qui concerne la portée « autogestionnaire » de l’expérience menée à cette époque chez Lafarge, et sans réduire ou dénigrer les hommes qui y crurent et la portèrent, il s’agit toutefois de rester prudent. Le séquestre, conformément à la législation traditionnelle, définie par le code civil, n’avait dans le principe que peu de chose à voir avec l’autogestion. L’administrateur-séquestre, en effet, conservait tous les pouvoirs attachés à la personne du propriétaire, le Comité de Gestion n’ayant qu’un rôle consultatif.
L’expérience Berliet de Venissieux, dont il reste de nombreux documents, en a relaté toutes les limites. C’est aussi sans doute ce qui peut expliquer l’attitude contradictoire de nombreux ouvriers de Lafarge quand l’expérience pris fin.
Redécouvrir notre histoire sociale et syndicale, ne doit pas nous éviter d’analyser les conditions de ses réussites et les conséquences de ses échecs.
Ce texte est une lecture et une compilation commentée et critique de différentes sources listées ci-dessous. lundi 19 mai 2014

Références
  • Lacroix-Riz, Industriels et banquiers sous l’occupation, Ed. Armand Colin, 1999.
  • La Résistance en Ardèche, CD-rom AERI, 2004 (coord. R. Galataud)
  • P. Bonnaud,“Collaboration économique, Résistance, programme du CNR, le cas Lafarge en Ardèche”, Cahier d’Histoire sociale69 (IHS CGT Rhône-Alpes) septembre 2004.
  • Gilbert Serret, Chaux et ciments de Lafarge, monographie sociale”, L’Emancipation, février 1938
  • Les grèves de 1936 et 1938 chez Pavin de Lafarge, monographie de Gilbert Serret présentée par Michel Appourchaux, Cahier de Mémoire d’Ardèche et Temps Présentn ̊63, août 1999
  • R. Pierre, La Drôme et l’Ardèche entre deux guerres 1920-1939, Valence, Ed. Notre Temps, 1973 –
  • Roger Pierre, René Montérémal, Alain Hullot, Autour de 36, Cruas, Le Teil dans les luttes, Ed. CAC Cruas, 1986
  • Front populaire et grèves de 1936, Actes du colloque de Cruas, Institut d’Histoire CGT de l’Ardèche, Privas, 2007
  • L. Dubois, Lafarge Coppée, 150 ans d’industrie, Ed. Belfond, 1988
  • L. Dubois, “Les Lafarge” inJ.-D. Durand (dir.), Cent ans de catholicisme social à Lyon et en Rhône-Alpes, Actes du colloque de Lyon des 18-19 janvier 1991, Ed. Ouvrières
  • Les Enfants de la cité Blanche, France Bonnet et Kamel Chérif, France, 2009, Métis Productions.
  • Crédits photographiques : Le Teil en images
Pierre Bonnaud a monté une exposition au Musée de la Résistance et de la déportation du Teil :« Lafarge, une histoire ouvrière. 1830-1947 ».