mardi 29 juillet 2014
Lafarge...une firme aiu dessous de tous soupçons...
par SUB-TP-BAM RP
Dans
le supplément « éco & entreprise » du Monde le 25 février 2013, les
journalistes du « quotidien de référence » présentèrent un jour
l’entreprise ainsi : « Lafarge est une maison de chrétiens
et d’ingénieurs. L’homme et le progrès sont deux valeurs revendiquées
depuis des décennies par ses dirigeants. »
Comme le prétend le service de communication du groupe, Lafarge serait très attachés à défendre le devoir de mémoire. La réhabilitation « des Milles », camp Vichyssois de transit avant déportation pour plus de 10 000 personnes, réalisée dans le cadre d’un mécénat d’entreprise, en serait une preuve.
ET POURTANT …DE 1944 A 1947,
L’ENTREPRISE FUT BIEN MISE SOUS SEQUESTRE
Alors que le département de l’Ardèche se libère, les salariés de la Société des chaux et ciments Lafarge, réunis le 19 septembre 1944 en assemblée générale à l’initiative de l’UL CGT jusqu’alors clandestine, adoptent une résolution dans laquelle ils “approuvent à l’unanimité les propositions faites concernant la mise sous séquestre des usines Lafarge dont l’activité antipatriotique des administrateurs s’est pleinement manifestée au cours des 4 années d’occupation” et “réclament l’épuration du personnel des traîtres collaborateurs qui se sont mis au service de l’ennemi ; S’engagent à travailler avec une ardeur accrue à la reconstruction de la France et à fournir au maximum des possibilités le ciment et la chaux nécessaires pour que soient rétablies les maisons, réparés les ponts, les voies et toutes constructions indispensables à la reprise économique. […].” et c’est sur : « Vive la gestion ouvrière, Vive le travail libéré, Vive la CGT. », que se conclue cette noble assemblée.
Dans ce qu’ils pensent être l’application du programme du CNR, adopté le 15 avril 1944, et préconisant une “véritable démocratie économique et sociale” par l’éviction des “grandes féodalités” de l’argent et le “retour à la nation des grands moyens de production”, les forces ouvrières issues de la Résistance veulent ici et maintenant renverser le mode de production. A ce moment et en région Rhône-Alpes, le séquestre Lafarge ne sera pas isolé. Celui de l’entreprise Berliet à Vénissieux sera le plus connu, si ce n’est le plus emblématique.
LAFARGE, UNE DEJA VIEILLE HISTOIRE
En effet les Pavin de Lafarge, sont propriétaires de fours à chaux en Vivarais depuis 1749. A la veille de la Deuxième Guerre mondiale, leur société, qui s’est hissée au premier rang des cimentiers français, est encore une “affaire de famille”. Son président, Jean de Waubert, surnommé le “roi soleil”, est le gendre de Joseph Pavin de Lafarge, le plus gros portefeuille en actions du groupe.
Société anonyme depuis 1919, elle dispose de plusieurs usines, dont certaines en Algérie et au Maroc. En Angleterre, une filiale étend ses affaires dans l’empire britannique.
L’usine-mère, située entre Le Teil et Viviers, au lieu-dit La Farge, fait travailler, en 1939, 433 ouvriers. L’employeur loge sur place ses ouvriers, au pied des carrières. Le lieu sera nommé la cité blanche. L’église, la boucherie, le coiffeur, la boulangerie, le bistrot, tout est Lafarge. L’électricité, l’eau, les jardins ouvriers, les écoles le sont aussi. La discipline est aussi Lafarge, gare à l’ouvrier qui travaillait au jardin à l’heure de la messe. Amendes ou mises à pieds aux ouvriers qui se feraient prendre. Un ouvrier raconte : « En ce temps-là, il était interdit de travailler son jardin le dimanche aux heures des offices et il était très mal vu de ne pas assister à la messe dominicale.
Aussi quelquefois des gardes passaient dans l’île et rappelaient que
l’heure de l’office approchait et qu’il fallait cesser toute occupation. Le père de ce “Lafargeois”, casseur de pierres, quoique italien catholique, tenait à travailler afin d’obtenir une belle récolte. Aussi, lorsqu’il voyait le garde venir faire sa tournée, il allait vite se cacher dans la cabane de jardin et attendait qu’il ait tourné le dos pour reprendre
tranquillement son jardinage » . Jusque dans les années 50, un divorce signifiait l’exclusion de la société Lafarge.
Camille Etorre, en est le directeur de combat, mais les grèves de 1936 lui font concéder des augmentations de salaires et accepter l’implantation d’un puissant syndicat CGT. En 1937, Henry de Lafarge est quant-à-lui battu à l’élection du Conseil Général par un député socialiste.
Grèvistes Lafarge 1936 (Source : mémoires d’Ardèche)
Mais en 1938, Lafarge brise une nouvelle grève. Les délégués syndicaux et douze “meneurs” sont licenciés sur le champ, suivis bientôt de deux cents salariés. Les quelques réembauchés seront mutés d’office dans les carrières à casser des pierres, et l’arbre de Noël supprimé pour les enfants d’ouvriers.
Seule la CFTC, fortement inféodée subsiste, et le PPF de Doriot prend pied dans l’usine. Le « Grand Jacques » lui-même est invité au Teil.
PPF de Doriot à Paris (Source : Paris en Images)
Après la défaite de juin 1940, les patrons de Lafarge y replient le siège social, et acquis au pétainisme, entrent dans la voie de la collaboration économique.
En juin 1941, le conseil d’administration déclare : “Après les jours tragiques de 1940 qui virent la France terrassée et vaincue (...), la vie continue et notre devoir à tous est de travailler (...). Si nous savons nous grouper autour de notre chef (le maréchal Pétain) et nous consacrer à notre tâche, l’avenir nous appartient” .
Le ciment, produit stratégique pour la construction du mur de l’Atlantique, représente de très grosses commandes, mais l’évolution de la situation après le débarquement allié en Afrique du Nord (nov. 42), et surtout après Stalingrad (fév. 43), commande la prudence à la direction générale. L’intérêt du groupe invite à se ménager des relations dans les différents camps. Alors que les usines de la filiale anglaise sont placées sous séquestre par les autorités britanniques, et que celles situées en Afrique du Nord tombent sous la tutelle alliée, les usines françaises sont confiées à leurs directions locales. Il s’agit de continuer à faire des affaires en adoptant des stratégies diversifiées.
Tandis que la direction de l’unité de Couronne, près d’Angoulême, généralise la fraude sur la production destinée aux Allemands en complicité avec le syndicat CGT clandestin, au Teil, la direction locale souscrit aux Comités sociaux de Vichy, et encourage la propagande pro-allemande du PPF. Le commissaire de police du Teil signalera, en mai 1943, une réunion de recrutement de la LVF où “une dizaine de travailleurs nord-africains” de Lafarge, viennent de s’engager pour partir sur le front de l’Est.
LE SEQUESTRE ET LA “GESTION PATRIOTIQUE” DE LAFARGE
septembre 1944 - avril 1947
Le 27 septembre, le préfet suspend par arrêté les onze principaux actionnaires de la société Lafarge et place sous séquestre leurs entreprises. Raphaël Evaldre, sur proposition de la CGT, est officiellement désigné comme administrateur-séquestre. Pendant trente mois, il en assumera la direction, s’appuyant sur plusieurs commissions élues par les salariés. L’école confessionnelle est remplacée par une école publique. Une colonie de vacances, une maison de jeunes sont créées. La cantine, le groupement d’achat, ainsi que celle de l’ensemble des œuvres sociales, échappant à la direction sont confiée aux commissions de salariés. Une convention collective, revalorisant de 20% les salaires, est signée.
La bataille pour la production est impulsée dès octobre 1944. 5 à 6 000 tonnes par mois sortent du site. En 1945, la production annuelle double et dépasse celle de 1938. Pour cela les effectifs de l’usine passeront de 453 ouvriers en 1944 à 680 en 1947. Le 15 septembre 1945, pour le premier anniversaire de la “gestion patriotique” de l’usine, une manifestation marquante et symbolique est organisée sur place. 84 000 tonnes de roches sont abattues par une mise à feu spectaculaire dans la carrière. Louis Saillant, président du CNR, Julien Racamond, secrétaire confédéral de la CGT, Lucien Labrousse, secrétaire de la fédération du bâtiment, Yves Farge, commissaire de la République, et le préfet Robert Pissère sont présents parmi les salariés.
QUAND L’AVENIR S’ESTOMPE
Des dix usines de la société Lafarge, l’usine du Teil est, à l’automne 1944, parmi les trois sites en état de fonctionner, l’une des plus productives. Cependant, elle est la seule à se retrouver sous séquestre, quand la direction générale, depuis Paris, tente de rassembler son patrimoine.
En effet, La "mise sous séquestre" n’est qu’une mesure conservatoire à caractère provisoire jusqu’à ce que soit rendue une décision de justice, jugeant (ou non) les faits de collaboration de la direction de l’entreprise. Arguant de ses usines en Afrique du Nord, placées dans le camp allié, et des conditions de la France occupée durant 4 ans, l’ancien directeur de l’usine du Teil, Camille Etorre, écrit au général De Gaulle : “... Faites, mon Général, lever ces séquestres iniques et paralysants” .
Pour Raphaël Evaldre, cette usine, pièce à charge dans le dossier de la nationalisation selon les critères du programme du CNR, est la plus symbolique du groupe. Dans ce but, il multiplie les démarches, mais sa rencontre, au ministère de la Production industrielle, avec le socialiste Robert Lacoste demeure sans effet. Si ce n’est d’inquiéter le ministre des remous sociaux susceptibles d’éclater dans l’entreprise. Il interrogera le préfet de l’Ardèche qui lui répond : “... Il est très probable que les 680 ouvriers travaillant pour cette firme se mettront en grève (...). Il faut donc s’attendre à des incidents certains si la levée du séquestre a lieu ; et les difficultés qui en résulteront seront d’autant plus difficiles à régler que la levée du séquestre ramènera à la tête des usines, et l’ancien personnel de direction (...)et les anciens membres du conseil d’administration qui représentent, aux yeux des ouvriers, une époque qu’ils estiment révolue” .
En novembre 1945, Raphaël Evaldre obtient un ordre de mission de Raymond Aubrac, commissaire de la République à Marseille, lui permettant d’effectuer une tournée auprès des trois usines Lafarge du sud de la France (Fos, Valdonne, Contes). Il rencontre les directions locales, les responsables syndicaux, les salariés, sans réussir à faire évoluer la situation.
Le 28 mars 1947, l’arrêt du Conseil d’Etat est rendu : les mesures administratives prises en 1944 sont annulées, le séquestre levé. Les dissensions qui éclatent alors parmi les salariés de Lafarge rendent difficile la mobilisation syndicale. Si lors de sa première visite à l’entreprise, le 4 avril, le représentant de la direction centrale est accueilli au son de la corne et par un débrayage de trois quarts d’heure, l’usine ne retourne pas moins dans le giron des actionnaires.
EN GUISE DE CONCLUSION
Dans les mines, la métallurgie ou le bâtiment, plusieurs dizaines de milliers de salariés, au moment de la Libération furent tentées par l’expérience révolutionnaire et quelques formes de gestion ouvrière. Ces expériences se déroulèrent principalement dans les centres industriels de l’ex-zone sud, et, au travers l’espoir qu’ils faisaient naître, participèrent beaucoup à la reprise industrielle du pays.
Si ces comités de gestion spontanément créées étaient le plus fréquemment impulsés par des syndicalistes de la CGT, le Bureau Confédéral et les fédérations d’industries ne firent rien pour étendre et généraliser le mouvement. Certes, on accompagna dans les ministères les délégations de comités en difficulté, mais on s’intéressa de manière très secondaire à leur sort, et aucun effort central ne fut tenté pour créer des liaisons entre les comités existants, aucune enquête confédérale n’eut lieu à leur propos. L’attitude pour le moins prudente de la CGT à leur égard se retrouve chez les dirigeants communistes. Plutôt qu’une conquête sociale qui résulterait de l’action directe, ces organisations cherchent à obtenir, en contrepartie de « la bataille de la production » un « droit de regard sur la gestion ». D’ailleurs dès novembre 1944, les ministres du travail et de la production industrielle présentaient un avant-projet d’ordonnance instituant des « comités d’entreprises » dans toutes celles de plus de 100 salariés. Si ce projet faisait partie d’un plan élaboré dès 1943 à Alger, il s’agissait pour le gouvernement provisoire de canaliser l’inévitable mouvement de formation spontanée de comités de gestion, en imposant à ceux-ci un cadre uniforme et légal pour leur ôter toute possibilité de généralisation.
En janvier 1945, il ne restait plus qu’une centaine de Comités de gestion. Encore trop, semble-t-il, et que certains mènent contre eux d’ultimes combats. En effet, la nationalisation, contenu dans le programme du CNR, mobilise encore quelques espoirs chez ceux qui perdurent. Jean Chaintron, tout à la fois préfet de limoge et membre du comité central déclare alors : « il ne s’agit nullement de généraliser et de se laisser aller, comme certains irresponsables le désireraient, vers des nationalisations inconsidérées qui aboutiraient souvent à la socialisation des déficits et aux désordres » .
L’organe patronal « les Echos » s’en réjouit et imprime alors : « remettre à plus tard l’application du socialisme, développer le secteur libre dans la liberté des prix, travailler dans l’union à outrance pour la guerre … nous n’avons jamais demandé autre chose, ni davantage … voici les communistes avec nous pour un plan unique de reconstruction que résument les 2 mots d’ordre : travailler et produire » .
Cette position du PCF déstabilisa une partie de sa base. Les divergences furent telles que le commissaire de la République à Rouen parla des « anarchistes du PC » et que celui de Rennes cru pouvoir annoncer un « mouvement de scission ». Ces clivages débutèrent le mouvement retrait de nombreux résistants qui prirent alors leurs distances.
Pour ce qui concerne la portée « autogestionnaire » de l’expérience menée à cette époque chez Lafarge, et sans réduire ou dénigrer les hommes qui y crurent et la portèrent, il s’agit toutefois de rester prudent. Le séquestre, conformément à la législation traditionnelle, définie par le code civil, n’avait dans le principe que peu de chose à voir avec l’autogestion. L’administrateur-séquestre, en effet, conservait tous les pouvoirs attachés à la personne du propriétaire, le Comité de Gestion n’ayant qu’un rôle consultatif.
L’expérience Berliet de Venissieux, dont il reste de nombreux documents, en a relaté toutes les limites. C’est aussi sans doute ce qui peut expliquer l’attitude contradictoire de nombreux ouvriers de Lafarge quand l’expérience pris fin.
Redécouvrir notre histoire sociale et syndicale, ne doit pas nous éviter d’analyser les conditions de ses réussites et les conséquences de ses échecs.
Ce texte est une lecture et une compilation commentée et critique de différentes sources listées ci-dessous. lundi 19 mai 2014
Références
Comme le prétend le service de communication du groupe, Lafarge serait très attachés à défendre le devoir de mémoire. La réhabilitation « des Milles », camp Vichyssois de transit avant déportation pour plus de 10 000 personnes, réalisée dans le cadre d’un mécénat d’entreprise, en serait une preuve.
ET POURTANT …DE 1944 A 1947,
L’ENTREPRISE FUT BIEN MISE SOUS SEQUESTRE
Alors que le département de l’Ardèche se libère, les salariés de la Société des chaux et ciments Lafarge, réunis le 19 septembre 1944 en assemblée générale à l’initiative de l’UL CGT jusqu’alors clandestine, adoptent une résolution dans laquelle ils “approuvent à l’unanimité les propositions faites concernant la mise sous séquestre des usines Lafarge dont l’activité antipatriotique des administrateurs s’est pleinement manifestée au cours des 4 années d’occupation” et “réclament l’épuration du personnel des traîtres collaborateurs qui se sont mis au service de l’ennemi ; S’engagent à travailler avec une ardeur accrue à la reconstruction de la France et à fournir au maximum des possibilités le ciment et la chaux nécessaires pour que soient rétablies les maisons, réparés les ponts, les voies et toutes constructions indispensables à la reprise économique. […].” et c’est sur : « Vive la gestion ouvrière, Vive le travail libéré, Vive la CGT. », que se conclue cette noble assemblée.
Dans ce qu’ils pensent être l’application du programme du CNR, adopté le 15 avril 1944, et préconisant une “véritable démocratie économique et sociale” par l’éviction des “grandes féodalités” de l’argent et le “retour à la nation des grands moyens de production”, les forces ouvrières issues de la Résistance veulent ici et maintenant renverser le mode de production. A ce moment et en région Rhône-Alpes, le séquestre Lafarge ne sera pas isolé. Celui de l’entreprise Berliet à Vénissieux sera le plus connu, si ce n’est le plus emblématique.
LAFARGE, UNE DEJA VIEILLE HISTOIRE
En effet les Pavin de Lafarge, sont propriétaires de fours à chaux en Vivarais depuis 1749. A la veille de la Deuxième Guerre mondiale, leur société, qui s’est hissée au premier rang des cimentiers français, est encore une “affaire de famille”. Son président, Jean de Waubert, surnommé le “roi soleil”, est le gendre de Joseph Pavin de Lafarge, le plus gros portefeuille en actions du groupe.
Société anonyme depuis 1919, elle dispose de plusieurs usines, dont certaines en Algérie et au Maroc. En Angleterre, une filiale étend ses affaires dans l’empire britannique.
L’usine-mère, située entre Le Teil et Viviers, au lieu-dit La Farge, fait travailler, en 1939, 433 ouvriers. L’employeur loge sur place ses ouvriers, au pied des carrières. Le lieu sera nommé la cité blanche. L’église, la boucherie, le coiffeur, la boulangerie, le bistrot, tout est Lafarge. L’électricité, l’eau, les jardins ouvriers, les écoles le sont aussi. La discipline est aussi Lafarge, gare à l’ouvrier qui travaillait au jardin à l’heure de la messe. Amendes ou mises à pieds aux ouvriers qui se feraient prendre. Un ouvrier raconte : « En ce temps-là, il était interdit de travailler son jardin le dimanche aux heures des offices et il était très mal vu de ne pas assister à la messe dominicale.
Aussi quelquefois des gardes passaient dans l’île et rappelaient que
l’heure de l’office approchait et qu’il fallait cesser toute occupation. Le père de ce “Lafargeois”, casseur de pierres, quoique italien catholique, tenait à travailler afin d’obtenir une belle récolte. Aussi, lorsqu’il voyait le garde venir faire sa tournée, il allait vite se cacher dans la cabane de jardin et attendait qu’il ait tourné le dos pour reprendre
tranquillement son jardinage » . Jusque dans les années 50, un divorce signifiait l’exclusion de la société Lafarge.
Camille Etorre, en est le directeur de combat, mais les grèves de 1936 lui font concéder des augmentations de salaires et accepter l’implantation d’un puissant syndicat CGT. En 1937, Henry de Lafarge est quant-à-lui battu à l’élection du Conseil Général par un député socialiste.
Grèvistes Lafarge 1936 (Source : mémoires d’Ardèche)
Mais en 1938, Lafarge brise une nouvelle grève. Les délégués syndicaux et douze “meneurs” sont licenciés sur le champ, suivis bientôt de deux cents salariés. Les quelques réembauchés seront mutés d’office dans les carrières à casser des pierres, et l’arbre de Noël supprimé pour les enfants d’ouvriers.
Seule la CFTC, fortement inféodée subsiste, et le PPF de Doriot prend pied dans l’usine. Le « Grand Jacques » lui-même est invité au Teil.
PPF de Doriot à Paris (Source : Paris en Images)
Après la défaite de juin 1940, les patrons de Lafarge y replient le siège social, et acquis au pétainisme, entrent dans la voie de la collaboration économique.
En juin 1941, le conseil d’administration déclare : “Après les jours tragiques de 1940 qui virent la France terrassée et vaincue (...), la vie continue et notre devoir à tous est de travailler (...). Si nous savons nous grouper autour de notre chef (le maréchal Pétain) et nous consacrer à notre tâche, l’avenir nous appartient” .
Le ciment, produit stratégique pour la construction du mur de l’Atlantique, représente de très grosses commandes, mais l’évolution de la situation après le débarquement allié en Afrique du Nord (nov. 42), et surtout après Stalingrad (fév. 43), commande la prudence à la direction générale. L’intérêt du groupe invite à se ménager des relations dans les différents camps. Alors que les usines de la filiale anglaise sont placées sous séquestre par les autorités britanniques, et que celles situées en Afrique du Nord tombent sous la tutelle alliée, les usines françaises sont confiées à leurs directions locales. Il s’agit de continuer à faire des affaires en adoptant des stratégies diversifiées.
Tandis que la direction de l’unité de Couronne, près d’Angoulême, généralise la fraude sur la production destinée aux Allemands en complicité avec le syndicat CGT clandestin, au Teil, la direction locale souscrit aux Comités sociaux de Vichy, et encourage la propagande pro-allemande du PPF. Le commissaire de police du Teil signalera, en mai 1943, une réunion de recrutement de la LVF où “une dizaine de travailleurs nord-africains” de Lafarge, viennent de s’engager pour partir sur le front de l’Est.
LE SEQUESTRE ET LA “GESTION PATRIOTIQUE” DE LAFARGE
septembre 1944 - avril 1947
Au début du mois de septembre 1944, une enquête, soutenue par l’inspection du Travail et les autres courants de la Résistance ardéchois, est diligentée par la commission économique du Front National de Libération (proche du PCF). L’affaire est menée par Raphaël Evaldre, ingénieur des mines, ancien administrateur d’une société belge ayant refusé la collaboration, réfugié en Ardèche, résistant, membre du comité directeur du FN, de la direction fédérale du PCF. Accompagné de l’inspecteur du Travail, il se rend auprès de la direction de l’usine du Teil, qui l’éconduit. Mais, le 19 septembre, accompagné de Gaston Chizat représentant la CGT Drôme-Ardèche, il propose à l’assemblée des travailleurs présents la mise sous séquestre de l’usine. Dans la résolution adoptée à l’unanimité, les personnels font “le serment solennel de rester unis pour faire de l’usine une entreprise modèle où le travail sera à l’honneur, où chacun étant payé selon ses mérites, travaillera au maximum de ses moyens” . La direction de l’usine est alors chassée de l’entreprise.
Le mot "sequestre" désigne à la fois une personne et une institution juridique. Le "sequestre" est la personne auquel un Tribunal confie le soin d’assurer la garde et l’administration d’un bien.
Le 27 septembre, le préfet suspend par arrêté les onze principaux actionnaires de la société Lafarge et place sous séquestre leurs entreprises. Raphaël Evaldre, sur proposition de la CGT, est officiellement désigné comme administrateur-séquestre. Pendant trente mois, il en assumera la direction, s’appuyant sur plusieurs commissions élues par les salariés. L’école confessionnelle est remplacée par une école publique. Une colonie de vacances, une maison de jeunes sont créées. La cantine, le groupement d’achat, ainsi que celle de l’ensemble des œuvres sociales, échappant à la direction sont confiée aux commissions de salariés. Une convention collective, revalorisant de 20% les salaires, est signée.
La bataille pour la production est impulsée dès octobre 1944. 5 à 6 000 tonnes par mois sortent du site. En 1945, la production annuelle double et dépasse celle de 1938. Pour cela les effectifs de l’usine passeront de 453 ouvriers en 1944 à 680 en 1947. Le 15 septembre 1945, pour le premier anniversaire de la “gestion patriotique” de l’usine, une manifestation marquante et symbolique est organisée sur place. 84 000 tonnes de roches sont abattues par une mise à feu spectaculaire dans la carrière. Louis Saillant, président du CNR, Julien Racamond, secrétaire confédéral de la CGT, Lucien Labrousse, secrétaire de la fédération du bâtiment, Yves Farge, commissaire de la République, et le préfet Robert Pissère sont présents parmi les salariés.
QUAND L’AVENIR S’ESTOMPE
Des dix usines de la société Lafarge, l’usine du Teil est, à l’automne 1944, parmi les trois sites en état de fonctionner, l’une des plus productives. Cependant, elle est la seule à se retrouver sous séquestre, quand la direction générale, depuis Paris, tente de rassembler son patrimoine.
En effet, La "mise sous séquestre" n’est qu’une mesure conservatoire à caractère provisoire jusqu’à ce que soit rendue une décision de justice, jugeant (ou non) les faits de collaboration de la direction de l’entreprise. Arguant de ses usines en Afrique du Nord, placées dans le camp allié, et des conditions de la France occupée durant 4 ans, l’ancien directeur de l’usine du Teil, Camille Etorre, écrit au général De Gaulle : “... Faites, mon Général, lever ces séquestres iniques et paralysants” .
Pour Raphaël Evaldre, cette usine, pièce à charge dans le dossier de la nationalisation selon les critères du programme du CNR, est la plus symbolique du groupe. Dans ce but, il multiplie les démarches, mais sa rencontre, au ministère de la Production industrielle, avec le socialiste Robert Lacoste demeure sans effet. Si ce n’est d’inquiéter le ministre des remous sociaux susceptibles d’éclater dans l’entreprise. Il interrogera le préfet de l’Ardèche qui lui répond : “... Il est très probable que les 680 ouvriers travaillant pour cette firme se mettront en grève (...). Il faut donc s’attendre à des incidents certains si la levée du séquestre a lieu ; et les difficultés qui en résulteront seront d’autant plus difficiles à régler que la levée du séquestre ramènera à la tête des usines, et l’ancien personnel de direction (...)et les anciens membres du conseil d’administration qui représentent, aux yeux des ouvriers, une époque qu’ils estiment révolue” .
En novembre 1945, Raphaël Evaldre obtient un ordre de mission de Raymond Aubrac, commissaire de la République à Marseille, lui permettant d’effectuer une tournée auprès des trois usines Lafarge du sud de la France (Fos, Valdonne, Contes). Il rencontre les directions locales, les responsables syndicaux, les salariés, sans réussir à faire évoluer la situation.
Le 28 mars 1947, l’arrêt du Conseil d’Etat est rendu : les mesures administratives prises en 1944 sont annulées, le séquestre levé. Les dissensions qui éclatent alors parmi les salariés de Lafarge rendent difficile la mobilisation syndicale. Si lors de sa première visite à l’entreprise, le 4 avril, le représentant de la direction centrale est accueilli au son de la corne et par un débrayage de trois quarts d’heure, l’usine ne retourne pas moins dans le giron des actionnaires.
EN GUISE DE CONCLUSION
Dans les mines, la métallurgie ou le bâtiment, plusieurs dizaines de milliers de salariés, au moment de la Libération furent tentées par l’expérience révolutionnaire et quelques formes de gestion ouvrière. Ces expériences se déroulèrent principalement dans les centres industriels de l’ex-zone sud, et, au travers l’espoir qu’ils faisaient naître, participèrent beaucoup à la reprise industrielle du pays.
Si ces comités de gestion spontanément créées étaient le plus fréquemment impulsés par des syndicalistes de la CGT, le Bureau Confédéral et les fédérations d’industries ne firent rien pour étendre et généraliser le mouvement. Certes, on accompagna dans les ministères les délégations de comités en difficulté, mais on s’intéressa de manière très secondaire à leur sort, et aucun effort central ne fut tenté pour créer des liaisons entre les comités existants, aucune enquête confédérale n’eut lieu à leur propos. L’attitude pour le moins prudente de la CGT à leur égard se retrouve chez les dirigeants communistes. Plutôt qu’une conquête sociale qui résulterait de l’action directe, ces organisations cherchent à obtenir, en contrepartie de « la bataille de la production » un « droit de regard sur la gestion ». D’ailleurs dès novembre 1944, les ministres du travail et de la production industrielle présentaient un avant-projet d’ordonnance instituant des « comités d’entreprises » dans toutes celles de plus de 100 salariés. Si ce projet faisait partie d’un plan élaboré dès 1943 à Alger, il s’agissait pour le gouvernement provisoire de canaliser l’inévitable mouvement de formation spontanée de comités de gestion, en imposant à ceux-ci un cadre uniforme et légal pour leur ôter toute possibilité de généralisation.
En janvier 1945, il ne restait plus qu’une centaine de Comités de gestion. Encore trop, semble-t-il, et que certains mènent contre eux d’ultimes combats. En effet, la nationalisation, contenu dans le programme du CNR, mobilise encore quelques espoirs chez ceux qui perdurent. Jean Chaintron, tout à la fois préfet de limoge et membre du comité central déclare alors : « il ne s’agit nullement de généraliser et de se laisser aller, comme certains irresponsables le désireraient, vers des nationalisations inconsidérées qui aboutiraient souvent à la socialisation des déficits et aux désordres » .
L’organe patronal « les Echos » s’en réjouit et imprime alors : « remettre à plus tard l’application du socialisme, développer le secteur libre dans la liberté des prix, travailler dans l’union à outrance pour la guerre … nous n’avons jamais demandé autre chose, ni davantage … voici les communistes avec nous pour un plan unique de reconstruction que résument les 2 mots d’ordre : travailler et produire » .
Cette position du PCF déstabilisa une partie de sa base. Les divergences furent telles que le commissaire de la République à Rouen parla des « anarchistes du PC » et que celui de Rennes cru pouvoir annoncer un « mouvement de scission ». Ces clivages débutèrent le mouvement retrait de nombreux résistants qui prirent alors leurs distances.
Pour ce qui concerne la portée « autogestionnaire » de l’expérience menée à cette époque chez Lafarge, et sans réduire ou dénigrer les hommes qui y crurent et la portèrent, il s’agit toutefois de rester prudent. Le séquestre, conformément à la législation traditionnelle, définie par le code civil, n’avait dans le principe que peu de chose à voir avec l’autogestion. L’administrateur-séquestre, en effet, conservait tous les pouvoirs attachés à la personne du propriétaire, le Comité de Gestion n’ayant qu’un rôle consultatif.
L’expérience Berliet de Venissieux, dont il reste de nombreux documents, en a relaté toutes les limites. C’est aussi sans doute ce qui peut expliquer l’attitude contradictoire de nombreux ouvriers de Lafarge quand l’expérience pris fin.
Redécouvrir notre histoire sociale et syndicale, ne doit pas nous éviter d’analyser les conditions de ses réussites et les conséquences de ses échecs.
Ce texte est une lecture et une compilation commentée et critique de différentes sources listées ci-dessous. lundi 19 mai 2014
Références
- Lacroix-Riz, Industriels et banquiers sous l’occupation, Ed. Armand Colin, 1999.
- La Résistance en Ardèche, CD-rom AERI, 2004 (coord. R. Galataud)
- P. Bonnaud,“Collaboration économique, Résistance, programme du CNR, le cas Lafarge en Ardèche”, Cahier d’Histoire sociale69 (IHS CGT Rhône-Alpes) septembre 2004.
- Gilbert Serret, Chaux et ciments de Lafarge, monographie sociale”, L’Emancipation, février 1938
- Les grèves de 1936 et 1938 chez Pavin de Lafarge, monographie de Gilbert Serret présentée par Michel Appourchaux, Cahier de Mémoire d’Ardèche et Temps Présentn ̊63, août 1999
- R. Pierre, La Drôme et l’Ardèche entre deux guerres 1920-1939, Valence, Ed. Notre Temps, 1973 –
- Roger Pierre, René Montérémal, Alain Hullot, Autour de 36, Cruas, Le Teil dans les luttes, Ed. CAC Cruas, 1986
- Front populaire et grèves de 1936, Actes du colloque de Cruas, Institut d’Histoire CGT de l’Ardèche, Privas, 2007
- L. Dubois, Lafarge Coppée, 150 ans d’industrie, Ed. Belfond, 1988
- L. Dubois, “Les Lafarge” inJ.-D. Durand (dir.), Cent ans de catholicisme social à Lyon et en Rhône-Alpes, Actes du colloque de Lyon des 18-19 janvier 1991, Ed. Ouvrières
- Les Enfants de la cité Blanche, France Bonnet et Kamel Chérif, France, 2009, Métis Productions.
- Crédits photographiques : Le Teil en images
lundi 7 juillet 2014
Revenue de l'Enfer communiste...
Le dernier roman de
Ludmila Oulitskaïa revient sur l’histoire des dissidents en URSS.
L’histoire commence dans les années 50 et suit la vie de 3 garçons qui
deviennent dissidents chacun pour ses propres raisons.
Comment devient-on
dissident en Union Soviétique? Qu’est-ce qui distingue le héros du traître? Ce
livre très dense, issu de longues réflexions de l’auteur, retrace la vie des
gens dans l’Union soviétique à partir des années 50 et raconte aussi les
relations complexes, parfois ambigües, des gens ordinaires avec les
représentants du KGB, incarnant le mal mais parfois séducteurs et talentueux.
Une condamnation sans appel du totalitarisme.
L’intrigue est captivante,
la langue fascinante (en russe du moins, nous n’avons pas lu la traduction
française que nous espérons à la hauteur). Olga vous recommande vivement cet
ouvrage à la fois historique et psychologique.
Le Chapiteau Vert
Ludmila Oulitskaïa
Gallimard
512 pages, 24,90€
Retour à la case enfer pour la littérature russe
Tiraillée entre une
tradition légendaire et un présent sans perspectives, la littérature russe
implose. Pour mieux renaître ?
La littérature russe est
en pleine crise. Hier, elle chatoyait comme un gigantesque samovar où des
géants attisaient les charbons ardents d'une prose chevillée à l'absolu.
Aujourd'hui, elle doit affronter les démons d'une société phagocytée par un
pouvoir cynique, et le désarroi est tout simplement vertigineux car les
écrivains ont le sentiment d'être les otages du pathétique sabordage spirituel
dont leur patrie est le théâtre.
Pour eux, tout a changé
depuis que le golem soviétique s'est effondré. Les institutions culturelles du
passé ont disparu. La littérature n'a plus de comptes à rendre à l'Histoire.
L'époque de la clandestinité et de la dissidence - qui stimula tant de voix
magistrales - est révolue. Les figures radieuses qui servaient de sémaphores
dans la tempête - celles d'Axionov, de Zinoviev ou de Soljenitsyne - ont tiré leur
révérence. La Toile a remplacé le samizdat. Les éditeurs privés essaiment de
toutes parts, dans une pagaille incroyable. Les grandes revues qui fédéraient
les énergies créatrices - la prestigieuse Novy Mir, par exemple - ont perdu
leur aura. Les vents de l'occident ont balayé les vieilles habitudes, en
déposant sur la terre russe les germes d'inspirations nouvelles. Face à tous
ces chamboulements, les écrivains sont désormais obligés d'improviser, de
louvoyer à l'aveuglette et de réinventer les règles du jeu littéraire. Si leur
liberté est maintenant totale, ils ne peuvent pas vivre de leur plume, pour la
plupart : chez eux, l'aide à la création n'existe pas et les livres, trop
chers, se vendent mal - les plus gros tirages atteignent péniblement les 50 000
exemplaires dans un pays qui compte 140 millions d'habitants.
Les écrivains cherchent
l'inspiration dans les rebuts de la société
Résultat, la littérature
russe est la proie d'une réalité économique chaotique et, en même temps, elle
semble condamnée à régresser vers une sorte de degré zéro, afin de se
reconstruire. Une reconstruction d'autant plus douloureuse qu'elle se fait sur
les ruines d'une nation tour à tour vampirisée par l'hydre bolchevique et par
les nouveaux satrapes du Kremlin. Tous les écrivains contemporains, en un
choeur tragique, témoignent de ce malaise en stigmatisant "une Russie
dégringolée dans la misère et le brigandage", comme disait Soljenitsyne
dans ses Esquisses d'exil. Oui, un choeur tragique : longtemps contrainte à voir
rouge, la littérature doit maintenant broyer du noir. Sinistrose à tous les
étages, comme l'annonce un jeune auteur à la plume incendiaire - Alexandre
Ikonnikov - dans un recueil au titre emblématique, Dernières nouvelles du
bourbier, où il dissèque les maux d'un pays sans projets, sans lendemains, qui
fut le dépotoir de la terreur avant de devenir une nécropole remplie d'âmes
mortes.
Telle est la nouvelle donne : un retour à la case
enfer... Jadis jetés dans les
poubelles de l'Histoire s'ils n'obtempéraient pas, les écrivains cherchent
aujourd'hui leur inspiration dans les rebuts de la société. Vladimir Makanine
recrute ses gueules cassées et ses coeurs fêlés dans les asiles psychiatriques
- "nous avons des neuroleptiques mais plus de prophètes", ironise-t-il.
Arkadi Babtchenko et Andreï Guelassimov donnent la parole aux éclopés céliniens
qui furent sacrifiés dans la boucherie tchétchène. Iouri Bouïda met en scène la
pègre des bas-fonds. Natalia Klioutchareva rameute la foule des marginaux
errant entre Saint-Pétersbourg et Moscou. Anatoli Koroliov se glisse dans les
toiles de Jérôme Bosch pour dresser "un panorama du malheur humain".
Zakhar Prilepine se tourne vers les gamins déshérités des banlieues. Irina
Denejkina peint une jeunesse défoncée à la drogue et à la pornographie la plus
trash. Leur point commun ? Entonner le requiem d'une génération perdue en
s'agrippant rageusement à la même écriture hyperréaliste, froide et crue, sans
trouver le moindre fétu d'utopie dans la débâcle.
Mafieux et dealers,
soudards et soûlards, enfants du chaos, tels sont les personnages favoris de la
littérature russe, sorte de bateau ivre dérivant sur un océan de vodka
frelatée. Elle coule à flots - de La Soif, d'Andreï Guelassimov au Troisième
souffle de Valéri Popov - en emportant dans son déluge les idéaux d'une
humanité humiliée qui sera brutalement passée de "l'archipel du
goulag" à "l'archipel du goulot", avant de se réveiller avec une
terrible gueule de bois.
Face à ce fiasco, certains
se réfugient douillettement dans la nostalgie tsariste - c'est le cas de Boris
Akounine, grand maître du polar - et d'autres choisissent le camp du sarcasme,
de la dérision, du grotesque à la Gogol. Parmi eux, les deux auteurs les plus
sulfureux et les plus commentés de la scène littéraire, Vladimir Sorokine et
Viktor Pelevine. Le premier a déchaîné les milices poutiniennes, en 2002, après
avoir publié Le Lard bleu, un roman-dynamite où l'on voit Staline forniquer
avec Khrouchtchev et où l'obscénité la plus déjantée sert de miroir à
l'anarchie ambiante. "L'ours russe se prépare à un hiver
métaphysique", prophétise Sorokine. Et il ajoute : "Si la Russie
était coupée du monde, ce dont on rêve au Kremlin, elle plongerait
immédiatement dans le XVIe siècle d'Ivan le Terrible."
Une odyssée collective vers les ténèbres
Son complice Pelevine
navigue sur les mêmes eaux boueuses depuis qu'il a dégainé, il y a une dizaine
d'années, sa Mitrailleuse d'argile, une fable ubuesque qui mêle surréalisme et
parodie, satire politique et delirium psychédélique. Il a signé avec ce roman
culte un magistral éloge de la folie, seule chance de survie dans une nation
qui a troqué la barbarie stalinienne contre le capitalisme le plus sauvagement
immoral. Un monde que le trublion des lettres russes définit avec un mot-valise
: "bandier", contraction de "bandit" et de
"banquier".
Honnis par le pouvoir,
Sorokine et Pelevine reprennent donc les chemins de la dissidence dans une
jungle où on les accueille à coups d'autodafés. Leurs pairs livrent le même
combat - perdu d'avance ? - en souscrivant à ces mots d'Edouard Limonov,
l'enfant terrible de l'ère Eltsine : "Notre société ne peut rien proposer
à notre jeunesse, excepté les sinistres professions de flic et de soldat,
l'ivrognerie débridée ou la vie lugubre des prisons." Et Zakhar Prilepine
lui répond : "En Russie, il reste peu de choses en lesquelles nous pouvons
croire. Ce pays se nourrit des âmes de ses fils, et c'est cela qui le fait
vivre. Ce ne sont pas les saints, ce sont les maudits qui le font
vivre."
Triste bilan. Sombre perspective.
Dans cette odyssée collective vers les ténèbres, on aurait bien de la peine à
trouver des plumes qui s'aventurent encore sur la voie du rêve et du
merveilleux - à part celle de la lumineuse Ludmila Oulitskaïa - afin d'aller
réchauffer la vieille âme russe dans la datcha où elle s'est exilée, oubliée de
tous. Cette âme-là, depuis Dostoïevski, a toujours aimé la souffrance et c'est
pour cela qu'elle est attachante : mais le froid, aujourd'hui, est si glacial,
si redoutable qu'il risque bien de la fendre à tout jamais.
André Clavel
Le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des
femmes 2011 a été décerné à la grande romancière russe Ludmila Oulitskaïa, dont
l'oeuvre témoigne "d'un sens aigu de la justice et de la démocratie",
ont annoncé jeudi les organisateurs.
Prix Médicis étranger en 1996 pour Sonietchka, elle est notamment l'auteur de
Sincèrement vôtre et de Joyeuses funérailles.
Née en 1943 en Azerbaïdjan
où ses parents avaient été évacués pendant la guerre, Ludmila Oulitskaïa a
grandi à Moscou et fait des études de biologie et de génétique à l'université.
Elle perdra sa chaire de génétique en raison de sa proximité avec les
dissidents.
En récompensant cette
année une femme de lettres, après avoir couronné des militantes, par exemple
chinoises, le jury, composé de personnalités comme Elisabeth Badinter, Chahla
Chafiq, Annie Ernaux ou Sihem Habchi, a voulu "mettre l'accent sur la
créativité des femmes, dans laquelle se manifeste et s'affirme leur
émancipation", a souligné la présidente du jury, Julia Kristeva, lors d'un
point presse.
Doté de 30.000 euros, le
prix, créé en 2008 à l'occasion du 100e anniversaire de la naissance de Simone
de Beauvoir, sera remis le 10 janvier au Café Les Deux-Magots à Paris, en
présence de la lauréate de 67 ans.
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mardi 1 juillet 2014
Seule la lutte...
France - La lutte des intermittents est une lutte d’intérêt général
Démontons pour commencer quelques mensonges récurrents. Les intermittents ne « coûtent » pas cher à la Sécurité sociale : ils représentent 3,5% des allocataires, mais 3,4% des bénéficiaires de prestation ! Le reste n’est que tambouille comptable. Le rapport d’information des députés Jean-Patrick Gille (PS) et Christian Kert (UMP) établit à 320 millions d’euros les dépenses annuelles (contre 800 millions d’euros en cas de basculement dans le régime général…) du régime des intermittents.
Or l’argument du coût n’a de sens que comparé aux bénéfices. D’une part, la culture génère en France plus de 58 milliards d’euros directs de valeur ajoutée chaque année : 180 fois le « coût » présumé du régime. D’autre part, ce régime sécurise le travail de 100 000 personnes, pour 3 200 euros par salarié en moyenne. Comparé au CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) qui subventionnera les grandes entreprises pour un coût estimé entre 65 000 et 133 000 euros par emploi créé, le régime d’intermittence est davantage créateur d’emploi. Le principal syndicat patronal du secteur, le Syndeac, ne soutient d’ailleurs pas la réforme. Il s’agit bien d’une absurdité pilotée par des grands employeurs ignorants des réalités du secteur, lesquels se désintéressent de l’avenir économique du pays.
Les intermittents du spectacle font pourtant face à de réels problèmes. Ainsi, l’absence quasi systématique de paiements facturés lors des répétitions ou des préparations des spectacles implique l’absence de cotisations sociales salariale et patronale. Or la transformation d’un régime encore basé sur les fonctions vers un régime de plus en plus basé sur les salaires implique un accroissement de la pression exercée sur leur revenu, sans forcément permettre une prise en compte du temps non payé par les employeurs. Comment faire un spectacle sans répétition ? C’est cette question essentielle qui n’est pas abordée par ce projet régressif socialement. Cet aspect du problème explique en grande partie les déficits structurels du régime des intermittents puisque les employeurs, qui gèrent le système rappelons le, utilisent l’indemnisation comme un mode permanent de rémunération au travers des « permittents », ce qui explique les 15% de fraude évoqués par la cour des comptes. Ce ne sont donc pas les indemnités des intermittents qui expliquent le déficit mais son utilisation par les employeurs qui baissent les salaires en s’appuyant sur les allocations.
Leur régime d’assurance retraite et maladie entre pourtant dans le régime général. Cette absence de paiement grève donc particulièrement le salaire socialisé des intermittents, interdisant par là même une construction de droits à la maladie et à la retraite pour ces personnels. Rappelons que le déficit de la Sécurité sociale (13 milliards) provient d’abord des exonérations patronales non compensées, du chômage et du travail au noir ! Bref, de l’action diverse et variée du gouvernement et du Medef !
Enfin cette augmentation des cotisations viendra grever le salaire net des intermittents sans accroître pour autant leurs heures officiellement payées. Ces millions sont autant de pouvoir d’achat en moins pour les professionnels impactés par les politiques d’austérité et les restrictions successives des budgets attribués à la culture. Rappelons que sans intermittents, il n’existe pas de spectacle ni de festival alors qu’il s’agit d’un élément essentiel du tourisme et de l’attractivité de notre économie.
Plus grave, les liquidateurs successifs ont presque réussi à faire du système mutualisé de l’intermittence un système capitalisé, où les salariés sont indemnisés non plus selon leur statut, mais selon leur revenu, avec de fortes inégalités. La réforme frappe les intermittents les plus précaires, afin d’assurer les revenus exorbitants d’une frange rapace. Réduire les disparités de revenus au sein du secteur est pourtant possible. L’essentiel consisterait à réduire l’écart entre le plancher et le plafond par un nouveau calcul de l’allocation, comme le proposent les acteurs du mouvement. Le gouvernement actuel entend bien établir un plafond au cumul entre salaire et allocations… mais à 4 380 euros brut par mois, ce qui ne touchera presque personne !
Mais si le problème pour les « réformateurs » néolibéraux est le retour régulier des intermittents vers l’Unedic, une solution simple existe : mettre fin à l’instabilité de l’emploi en proposant davantage de contrats longs et typiques dans des institutions culturelles publiques ! En réalité, cette protection exceptionnelle d’un statut de travailleur intermittent, loin d’être une charge sociale, dessine au contraire un avenir collectif dans lequel l’irrégularité du travail, si elle est choisie dans le cadre de certaines professions, pourrait être accompagnée, et prise en charge par une Sécurité sociale professionnelle universelle. Et ce, afin d’octroyer le droit à des individus de travailler tout en demeurant assurés, de manière mutualiste, de la continuité de leurs revenus. Cette lutte devrait donc plutôt nous inciter à rêver et à innover. C’est une lutte d’intérêt général.
Sandro Poli, doctorant en économie,
Hadrien Toucel, doctorant en sociologie,
et Michel Lamboley, syndicaliste, tous membres de la commission économie du Parti de Gauche (PG)
vendredi 27 juin 2014
Le communisme, dictature de voyous menteurs et méchants...
« Une nuit, une femme est arrêtée dans un
appartement communautaire (cinq familles, vingt-sept personnes). A une voisine,
qui est une amie, célibataire sans enfant, elle a le temps de crier qu'elle lui
confie sa fille, et que, si elle ne revient pas, surtout on ne la mette pas
dans un orphelinat. La voisine tient parole. Elle se voit attribuer une
deuxième pièce, élève la petite qui l'appelle maman Ania. La mère est libérée
dix-sept ans plus tard, et n'en peut plus de reconnaissance. Grâce à Gorbatchev
qui ouvre les archives, elle peut consulter son dossier. Elle découvre qu'elle
doit ses années de camp à une dénonciation. Qui l'a dénoncée ? Maman Ania.
«Vous comprenez quelque chose ? Moi, non, dit Elena Iourevna, ex-troisième
secrétaire du comité régional du Parti, à Svetlana Alexievitch venue
l'interviewer. Et cette femme non plus, elle n'a pas compris. Elle est rentrée
chez elle et elle s'est pendue.» Dans la Fin de l'homme rouge ou le temps du
désenchantement,qui est le dernier volet de la fresque «les Voix de l'utopie»,
il y a d'autres récits où la vie continue, où ceux qui reviennent du goulag
côtoient ceux qui les ont dénoncés...«Ce n'est pas sur la liberté qu'on s'est précipités, mais sur les jeans», dit Elena Iourevna, qui aurait voulu que le putsch contre Gorbatchev réussisse. Elle pense que Svetlana Alexievitch va effacer ses propos. Mais l'auteur s'autorise un de ses rares apartés, dans l'océan de paroles qu'elle a écopé, avec son magnétophone, pendant quarante ans, depuis que le journalisme l'a menée à la littérature : «Je lui promets qu'il y aura les deux histoires. Je tiens à être une historienne au sang froid, et non une historienne brandissant un flambeau allumé. C'est l'avenir qui jugera.».
Lu un livre, publié chez Acte Sud, mon
éditeur préféré : « La fin de l’homme rouge », de Svetlana
Alexevitch. L’histoire d’une grande utopie. “Le communisme avait un projet
insensé : transformer l’homme «ancien», le vieil Adam. Et cela a marché… En
soixante-dix ans et quelques, on a créé dans le laboratoire du
marxisme-léninisme un type d’homme particulier, l’Homo sovieticus.” C’est déjà
lui qu’elle avait étudié depuis son premier livre, publié en 1985, cet homme
rouge condamné à disparaître avec l’implosion de l’Union soviétique qui ne fut
suivie d’aucun procès de Nuremberg malgré les millions de morts du régime.
L’auteur fait résonner les voix de centaines de témoins brisés. Des humiliés et
des offensés, des gens bien, d’autres moins bien, des mères déportées avec
leurs enfants, des staliniens impénitents malgré le Goulag, des enthousiastes
de la perestroïka ahuris devant le capitalisme triomphant… Eva
La Fin de l'homme rouge ou le temps du
désenchantement
Poursuivant son patient recueil de témoignages,
Svetlana Alexievitch ausculte le coeur et l'âme de l'Homo sovieticus, passé
brutalement du totalitarisme au nihilisme.
Voici plus de trente ans
que Svetlana Alexievitch — journaliste et écrivain, naguère soviétique,
aujourd'hui biélorusse — s'est mise à l'écoute. Sollicitant et consignant les
mots, les récits des autres, tous témoins ordinaires de leur temps, pour
composer ce qu'elle appelle des « romans de voix ». Singuliers et poignants
tissus sonores donc, le travail de confection consiste à coudre entre elles les
paroles recueillies, en préservant, outre les faits égrenés, le timbre, la
respiration, les hésitations, les omissions, l'émotion contenue ou éclatante,
la vitalité de chaque voix. Il y eut des voix de femmes soldats et d'enfants,
se souvenant de la guerre entre l'URSS et l'Allemagne nazie (La guerre n'a pas
un visage de femme, Derniers Témoins). Des voix de jeunes recrues soviétiques
fracassées en Afghanistan, mêlées à celles de leur mère, de leur veuve (Les
Cercueils de zinc). Les voix des témoins et victimes de la catastrophe
nucléaire de Tchernobyl (La Supplication). Tout ce vécu, toutes ces expériences
individuelles constituant les archives confidentielles, menacées tant par
l'oubli que par la négation, d'un xxe siècle dont l'historiographie officielle
soviétique s'est employée à brosser un tout autre récit. Une Histoire écrite
par Svetlana Alexievitch à hauteur d'homme — centrée sur le vécu, le
ressenti.
Dans la préface de La
guerre n'a pas un visage de femme, Svetlana Alexievitch expliquait : « Je
n'écris pas sur la guerre, mais sur l'homme dans la guerre. J'écris non pas une
histoire de la guerre, mais une histoire des sentiments. » De la même façon, au
seuil de La Fin de l'homme rouge pourrait-il être précisé qu'il ne s'agit pas
d'une histoire de l'effondrement de l'URSS et du basculement de l'ancien empire
communiste dans l'âge capitaliste, mais plutôt de l'auscultation du coeur et de
l'âme de ce « type d'homme particulier, l'Homo sovieticus ». Un individu passé
sans transition du totalitarisme à une nouvelle forme de nihilisme. Né et élevé
dans l'utopie socialiste — du moins, son avatar fatigué de l'ère
Brejnev-Andropov-Tchernenko —, brutalement sommé de renoncer à ses routines,
ses savoirs, son histoire et ses mythes, et enjoint à jouir de sa liberté toute
neuve, essentiellement synonyme de consommation effrénée, d'inégalités sociales
criantes, de conflits d'une violence effarante entre les peuples anciennement
rassemblés derrière le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau.
Les hommes et les femmes
dont Svetlana Alexievitch a recueilli les confessions racontent ici à mots
concrets leur quotidien, leurs souvenirs d'enfance ; ils confient leurs
aspirations passées ou présentes, leur conception de la liberté ; ils disent
leurs histoires d'amour, leurs deuils, les profonds malheurs et menus bonheurs
dont sont faites leurs vies. En fait, deux générations se côtoient dans ces
pages. D'abord, celle dite « des cuisines » — « C'est à son époque [les années
1960-1970, NDLR] que les gens ont quitté les appartements communautaires et ont
commencé à avoir des cuisines privées dans lesquelles on pouvait critiquer le
pouvoir, et surtout ne plus avoir peur, parce qu'on était entre soi... »
Aujourd'hui sexagénaires,
ils (et elles) furent élevés dans le culte de Lénine, Staline et de l'héroïque
Armée rouge, ils connurent l'enrôlement obligatoire dans les Jeunesses
communistes, la crainte permanente du NKVD (police politique de l'URSS),
l'ombre encore menaçante du goulag. Et en août 1991, ils étaient dans la rue
pour s'opposer au putsch contre Gorbatchev et défendre une certaine idée —
théorique, sublimée — de la liberté. Les voici aujourd'hui las, sidérés,
anéantis, entre découragement et colère. L'un dit : « Nous avons connu les
camps, nous avons couvert la terre de nos cadavres pendant la guerre, nous
avons ramassé du combustible atomique à mains nues à Tchernobyl. Et maintenant
nous nous retrouvons sur les décombres du socialisme. Comme après la guerre...
»
La seconde génération, ce
sont leurs enfants, âgés aujourd'hui de 20, 30 ans, grandis à l'époque
post-totalitaire, mais plongés dans un chaos économique, et surtout spirituel
et moral sans fond ni fin, comme sans issue. Plus souffrants encore, peut-être,
que ceux qui les ont précédés, car comme privés de la faculté d'espérer ou de
rêver — si ce n'est de l'exil. Face à eux, comme face à leurs aînés, Svetlana
Alexievitch se tient avec attention, empathie. Cherchant, explique-t-elle, à «
discerner en chacun d'eux l'être humain de toute éternité », l'élan vital et le
tragique. Si leurs histoires se ressemblent et se recoupent, l'écrivain se
garde de tenter d'en dresser une synthèse — c'est dans leur diversité, autant
que dans leurs similitudes, que réside toute la richesse de ce grand livre
d'histoire humaniste, tout ensemble infiniment douloureux et formidablement
vivant. Qui souvent fait revenir à l'esprit cette réflexion notée par Nadejda
Mandelstam, la femme du poète, dans ses Mémoires : « Ce n'est pas l'héroïsme
mais l'endurance qui était notre unique qualité. »
Nathalie Crom
La Fin de l'homme rouge | Vremia second hand
(konets krasnovo tcheloveka), traduit du russe par Sophie Benech | Ed. Actes
Sud | 542 p., 24,80 €. (En librairie le 4 septembre.)
BIO EXPRESS de Svetlana Alexievitch
1948 Naissance à
Ivano-Frankovsk (Ukraine).
1967 Entrée à la faculté
de journalisme de Minsk (Biélorussie).
1985 Parution de La guerre
n'a pas un visage de femme et de Derniers Témoins.
1989 Parution des
Cercueils de zinc.
1997 Parution de La
Supplication.
Nathalie Crom - Telerama n° 3320
En savoir plus sur http://www.telerama.fr/livres/la-fin-de-l-homme-rouge-ou-le-temps-du-desenchantement,101351.php#Fce4h0Imp5xbcfKB.99
La biélorusse Svetlana Alexievitch a reçu, mardi 26
novembre, le prix du meilleur livre de l'année 2013, décerné par la rédaction
de Lire pour La Fin de l'homme rouge.
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-meilleur-livre-de-l-annee-pour-la-fin-de-l-homme-rouge-de-svetlanas-alexievitch_1303002.html#dIwCS2qcbg4YHbDo.99
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-meilleur-livre-de-l-annee-pour-la-fin-de-l-homme-rouge-de-svetlanas-alexievitch_1303002.html#dIwCS2qcbg4YHbDo.99
jeudi 19 juin 2014
Notre Dame des Landes : nous allons gagner...
Toutes les infos sur les convergences de cet été
samedi 14 juin 2014, par zadist
Ça y est ! La dynamique des « Convergences » est lancée. Depuis de
nombreux lieux de luttes actuelles partent des caravanes pédestres,
cyclistes ou
motorisées pour converger physiquement sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.
Ces actions ont pour objectifs de sensibiliser aux désastres annoncés par les Grands Projets Inutiles Imposés, les dénoncer, mais surtout soutenir et amplifier les résistances.
Ces convergences créent du commun entre celles et ceux qui luttent, par conviction comme par nécessité, contre l’accaparement des terres, le pillage des ressources, l’arrogante mégalomanie des infrastructures techno-industrielles...
Ces projets qui tuent la paysannerie, détruisent la biodiversité et exploitent la vie au nom de la croissance économique.
Elles dénoncent ainsi UN modèle économique et social dominant, mortifère et obsolète.
Ces convergences seront accueillies sur les terres de la ferme de Bellevue du 4 au 6 juillet 2014.
Tous ensemble montrons notre détermination en faisant résonner les bâtons de Fay, Héric, Vigneux au centre de la ZAD !
Rejoignez auparavant les rassemblements régionaux de convergences NDL et les différentes caravanes et mobilisez vos réseaux en faisant circuler les informations.
Toute ces informations sont disponibles sur
notre blog
Facebook : Convergences NDL
Vous pouvez également écrire à convergencesnddl2014@gmail.com pour avoir les coordonnées des organisateurs de ces actions
26/06 juin Bayonne vers Léon 55 km , 27/06 juin Léon vers Gastes 67 km, 28/06 Gastes vers Arcachon 56 km, 29/06 Arcachon vers Lacanau 53 km, 30/06 Lacanau vers Royan 82 km, 1/07 Royan vers Tonnay 44 km, 2/07 Journée festive et militante à Tonnay, 3/07 Tonnay vers Vieillevigne 150 km, (transport motorisé des vélo et cyclistes sur 50 km env, 4/07 Vieillevigne → Le Pellerin 41 km Kontaktua : Christophe 06 31 89 60 64
2) La Caravélo départ de Toulouse
le 28 juin dans la matinée arrivée Cahors (115km) le 29 juin Cahors vers Périgueux (120 km), le 30 juin Périgueux vers Saint Amant de Bonnieure (au dessus d’Angoulême) 100 km, puis Tonnay-Charente le 1 er juillet, puis Vieillevigne le 03 juillet, et enfin Le pellerin avant NDL le 04 juillet
3) A pied de Flamanville départ le 20 juin place des irradiés
Départ le 20 juin de Flamanville pour Bricquebec (débat riverain)20 km, 21/06 Bricquebec vers Mont Doville 20 km (débat asso lutte gagnée centrale à goudron), 22/06 Mont Doville vers Périers 22 km (asso anti tht), 23/06 Périers vers Carantilly 20km (soirée violences policières), 24/06 Carantilly vers Montabot 20km (échanges sur Bures), 25/06 Montabot vers Boisivon st pois, 26/06 st Pois vers Chevreville 18 km (riverains THT), 27/06 Chevreville vers Heussé le Teilleul 21 km (débat OGM), 28/06 Heussé vers Ernée 30km (THT), 29/06 Ernée vers Vitré 30 km (jonction de convergences,), 30/06 Theil de Bretagne, 01/07 Saint Aubin les Châ- teau, 02/07 Abbareth, 03/07 Héric
4) Départ le 22 juin de Bure
arrivée le soir Montier en Der le 23 : _ Montier en Der Troyes, le 24 : Troyes _ Sens, le 25 : Sens _ Montargis, le 26 : Montargis _ Orléans, le 27 : Orléans _ Blois, le 28 : Repos, le 29 : Blois _ Tours, le 30 : Tours _ Saumur, le 1er juillet : Saumur _ Angers, le 2 : Angers Chalonnes sur Loire, le 03 : Chalonnes sur Loire _ NDL
5) A vélo de la Bretagne départ le 29 juin à Châteaulin Bretagne : canal de Nantes à Brest
départ : le 29 juin 11h de Chateaulin arrivée à Saint Thois, 30/06 St Thois vers Port Carhaix (pique-nique) puis Crehaer, 01/07 Crehaer vers Saint Aignan (pique- nique) puis Pontivy (soirée animée), 02/07 Pontivy vers Rohan (pique-nique) puis Josselin (soirée ?), 03/07 Josselin vers Malestroit ( distribution info), puis Peillac (pique-nique) puis Redon, (soirée festive), 04/07 Redon vers Fay de Bretagne (accueil des caravanes par Convergences et pique-nique du midi)
6) A pied de Dinan (avec assistance d’une ânesse) le 23 juin
Marc part le 23 juin de la Vicomté/rance vers NDL avec Adèle son ânesse. Son parcours : la vicomté/rance vers Evran par le canal d’Ille et rance, puis le GR 37 vers Plouasne jusqu’à Plelan le Grand en passant par Montauban de Bretagne et Iffendic (forêt de Brocéliandre), Petits chemins de Plélan vers la Gacilly puis il rattrape le canal de Nantes à Brest jusqu’à Blain. En empruntant les petits chemins ensuite, il sera au rendez vous à Fay de Bretagne le 04 avec les autres convergences. Vous souhaitez l’accompagner sur un bout de chemin ? ou lui offrir le gîte et couvert ? Contactez le au 02 96 27 12 54
7) Départ de Lille le 28 juin à 9 h à la porte de Paris
Arrivée à Divion (lutte contre l’exploitation des gaz de couche), place des frères viseurs. Etape : 50 km. (via La Bassée), Buvette, restauration, jeux, information sur les luttes, Des hébergements sont possibles (tentes...), Départ le dimanche 29 juin à 9 h, à la Croix de Grés à Divion, Arrivée à Drucat (via Anvin, Hesdin) 71 km, Marche vers la ferme des mille vaches, accueil des cyclistes à la salle polyvalente l’après midi. Restauration, hébergement, informations sur les luttes, divertisse- ments, Départ le lundi 30 juin à 9h de la salle polyvalente de Drucat, Arrivée à la ferme des bouillons à Mont St Aignan, avec une pause à Londinière : deux étapes de 50 km en alternance pour les cyclistes, Petite soirée avec les militants de cette lutte ; hébergement, Départ le mardi 1erjuin au matin, Transport des vélos et des cyclistes en voitures et camion jusqu’à Alençon puis Châteaubriant, Trajet en vélo : Châteaubriant jusqu’à Abbaretz où la caravane de Lille rejoint les marcheurs de Flamanville, Le jeudi 3 juillet, départ vers Héric-Le Lintin
8) Caravane motorisée au départ de Bayonne le 30 juin
Pour rejoindre cette caravane, contactez : pb.nddl@gmail.com et convergencesnddl2014@gmail.com, Présence des organisateurs le 29 juin de 10h à 17h à Mendionde : Stand au festival EHZ , - Lundi 30 juin au matin : départ de Mendionde (passage par Bayonne 30min après) en direction de la Gironde arrivée le soir.à Bordeaux, - Mardi 1 er juillet départ direction Tonnay- Charente pour hébergement le soir site de Au Cirque du Gamin, 7 rue du Marais, Champservé le haut, I743O TONNAY-CHARENTE repas le soir et hébergement- Mercredi 02 juillet : participations aux animations prévues à Rochefort (site incinérateur entre autre), soirée festive. -Jeudi 03 juillet départ vers Vieillevigne (hébergement) en passant par La Rochelle, - Vendredi 04 juillet départ de Vieillevigne direction Le Pellerin
9) Caravane méridionale en vélo le15 juin au matin :
départ de Montbrun-les-Bains dans la Drôme lundi 16 juin au soir : arrivée à Avignon. Intervention au festival conspiration positive, sur le campus universitaire, de 17 à 18h et de 20 à 22h. mardi 17 juin au soir : arrivée à Nîmes. Projection & échanges à 20h au "Spot", 8 rue Enclos Rey, contact local : collectifnddl.nimes@free.fr, mercredi 18 juin au soir : arri- vée à Montpellier (en cours de préparation, contact local : ndll34-group@alternative34.listes.vox.coop ), PAUSE aux alentours d’Aniane vers le 20 juin, di- manche 22 juin au soir : arrivée à Bédarieux. Projection & échanges, mardi 24 juin au soir : arrivée à Mazamet. Projection & échanges au "pot étique", 34 rue St Jacques. passage à Villefranche-de-Lauragais le jeudi 26 juin au soir, arrivée à Toulouse le vendredi 27 juin au soir, départ avec la caravane de Tou- louse le samedi 28 juin vers NDdL
10) Départ Bure le 30 juin vers Sardy les Epiry caravane motorisée
1/07 Sardy les Epiry (départ avec les membres de Adret Morvan), 2/07 Bourges, 3/03 Villevigne après passage à Chinon
11) Départ Cadarache le 28 juin direction Avignon puis Lyon, caravane motorisée
12) Départ le 30 de Dijon direction Sardy les Epiry caravane motorisée
1/07 Sardy les Epiry (départ avec les membres de Adret Morvan), 2/07 Bourges, 3/03 Villevigne après passage à Chinon
13) Relais depuis le plateau des Glières 31 mai
7 juin Annecy, 9 juin Chambéry, 29 juin Mornant près de Lyon, 30 juin Clermont Ferrand, 1 juillet et 2 juillet Bourges
14) à confirmer départ de Dole et de Dijon le 30 juin
1/07 Sardy les Epiry (départ avec les membres de Adret Morvan), 2/07 Bourges, 3/03 Villevigne après passage à Chinon
15) le 28 juin à vélo puis motorisée départ de Perrefite sur le tracé « Traversée Centrale des Pyrénées ». ( Tunnel sous le Vignemale)
Perrefitte , 29/06 Lourdes, 30/06 Bernos Beaulac, 01/07 Tonnay en charente
16) Depuis Bourges caravane motorisée le 3 juillet vers Loches Chinon Thouars Saint Pierre des Echanbronesprès de Cholet, Villevigne
17) Depuis le Larzac le 27 juin vers Aurillac 28/06 Aurillac, 29/06 Plateau des 1000 vaches, 30/06 Limoges puis Saint Armant de Bonnieure, 1 et 2 juillet Champservé le haut près de Rochefort
18) Depuis Rochefort le 3 juillet en direction de Villevigne Via le pont du Brault (marais poitevin) et Thorigny en Vendée près de la Roche sur Yon
19) Depuis Villevigne le 4 juillet vers Notre Dame des Landes Par le bac du Pellerin puis Couëron Vigneux pour pique-nique à 12h30 à la Joue, 15h30 départ vers les Ardillières puis 17h00 vers les terres de Bellevue
20) Depuis Redon le 4 juillet vers Notre Dame des Landes Arrivée à Fay pour pique-nique à 12h30 parking des étangs rue de la Madeleine, 15h30 départ vers les Ardillières puis 17h00 vers les terres de Bellevue
21) Depuis le Lintin à Héric le 4 juillet après pique-nique 12h30 15h30 départ vers les Ardillières puis 17h00 vers les terres de Bellevue
Ces actions ont pour objectifs de sensibiliser aux désastres annoncés par les Grands Projets Inutiles Imposés, les dénoncer, mais surtout soutenir et amplifier les résistances.
Ces convergences créent du commun entre celles et ceux qui luttent, par conviction comme par nécessité, contre l’accaparement des terres, le pillage des ressources, l’arrogante mégalomanie des infrastructures techno-industrielles...
Ces projets qui tuent la paysannerie, détruisent la biodiversité et exploitent la vie au nom de la croissance économique.
Elles dénoncent ainsi UN modèle économique et social dominant, mortifère et obsolète.
Ces convergences seront accueillies sur les terres de la ferme de Bellevue du 4 au 6 juillet 2014.
Tous ensemble montrons notre détermination en faisant résonner les bâtons de Fay, Héric, Vigneux au centre de la ZAD !
Rejoignez auparavant les rassemblements régionaux de convergences NDL et les différentes caravanes et mobilisez vos réseaux en faisant circuler les informations.
Toute ces informations sont disponibles sur
Vous pouvez également écrire à convergencesnddl2014@gmail.com pour avoir les coordonnées des organisateurs de ces actions
Pour les caravanes :
1) La Caravélo par la VélOdyssée départ de Bayonne le 26 juin26/06 juin Bayonne vers Léon 55 km , 27/06 juin Léon vers Gastes 67 km, 28/06 Gastes vers Arcachon 56 km, 29/06 Arcachon vers Lacanau 53 km, 30/06 Lacanau vers Royan 82 km, 1/07 Royan vers Tonnay 44 km, 2/07 Journée festive et militante à Tonnay, 3/07 Tonnay vers Vieillevigne 150 km, (transport motorisé des vélo et cyclistes sur 50 km env, 4/07 Vieillevigne → Le Pellerin 41 km Kontaktua : Christophe 06 31 89 60 64
2) La Caravélo départ de Toulouse
le 28 juin dans la matinée arrivée Cahors (115km) le 29 juin Cahors vers Périgueux (120 km), le 30 juin Périgueux vers Saint Amant de Bonnieure (au dessus d’Angoulême) 100 km, puis Tonnay-Charente le 1 er juillet, puis Vieillevigne le 03 juillet, et enfin Le pellerin avant NDL le 04 juillet
3) A pied de Flamanville départ le 20 juin place des irradiés
Départ le 20 juin de Flamanville pour Bricquebec (débat riverain)20 km, 21/06 Bricquebec vers Mont Doville 20 km (débat asso lutte gagnée centrale à goudron), 22/06 Mont Doville vers Périers 22 km (asso anti tht), 23/06 Périers vers Carantilly 20km (soirée violences policières), 24/06 Carantilly vers Montabot 20km (échanges sur Bures), 25/06 Montabot vers Boisivon st pois, 26/06 st Pois vers Chevreville 18 km (riverains THT), 27/06 Chevreville vers Heussé le Teilleul 21 km (débat OGM), 28/06 Heussé vers Ernée 30km (THT), 29/06 Ernée vers Vitré 30 km (jonction de convergences,), 30/06 Theil de Bretagne, 01/07 Saint Aubin les Châ- teau, 02/07 Abbareth, 03/07 Héric
4) Départ le 22 juin de Bure
arrivée le soir Montier en Der le 23 : _ Montier en Der Troyes, le 24 : Troyes _ Sens, le 25 : Sens _ Montargis, le 26 : Montargis _ Orléans, le 27 : Orléans _ Blois, le 28 : Repos, le 29 : Blois _ Tours, le 30 : Tours _ Saumur, le 1er juillet : Saumur _ Angers, le 2 : Angers Chalonnes sur Loire, le 03 : Chalonnes sur Loire _ NDL
5) A vélo de la Bretagne départ le 29 juin à Châteaulin Bretagne : canal de Nantes à Brest
départ : le 29 juin 11h de Chateaulin arrivée à Saint Thois, 30/06 St Thois vers Port Carhaix (pique-nique) puis Crehaer, 01/07 Crehaer vers Saint Aignan (pique- nique) puis Pontivy (soirée animée), 02/07 Pontivy vers Rohan (pique-nique) puis Josselin (soirée ?), 03/07 Josselin vers Malestroit ( distribution info), puis Peillac (pique-nique) puis Redon, (soirée festive), 04/07 Redon vers Fay de Bretagne (accueil des caravanes par Convergences et pique-nique du midi)
6) A pied de Dinan (avec assistance d’une ânesse) le 23 juin
Marc part le 23 juin de la Vicomté/rance vers NDL avec Adèle son ânesse. Son parcours : la vicomté/rance vers Evran par le canal d’Ille et rance, puis le GR 37 vers Plouasne jusqu’à Plelan le Grand en passant par Montauban de Bretagne et Iffendic (forêt de Brocéliandre), Petits chemins de Plélan vers la Gacilly puis il rattrape le canal de Nantes à Brest jusqu’à Blain. En empruntant les petits chemins ensuite, il sera au rendez vous à Fay de Bretagne le 04 avec les autres convergences. Vous souhaitez l’accompagner sur un bout de chemin ? ou lui offrir le gîte et couvert ? Contactez le au 02 96 27 12 54
7) Départ de Lille le 28 juin à 9 h à la porte de Paris
Arrivée à Divion (lutte contre l’exploitation des gaz de couche), place des frères viseurs. Etape : 50 km. (via La Bassée), Buvette, restauration, jeux, information sur les luttes, Des hébergements sont possibles (tentes...), Départ le dimanche 29 juin à 9 h, à la Croix de Grés à Divion, Arrivée à Drucat (via Anvin, Hesdin) 71 km, Marche vers la ferme des mille vaches, accueil des cyclistes à la salle polyvalente l’après midi. Restauration, hébergement, informations sur les luttes, divertisse- ments, Départ le lundi 30 juin à 9h de la salle polyvalente de Drucat, Arrivée à la ferme des bouillons à Mont St Aignan, avec une pause à Londinière : deux étapes de 50 km en alternance pour les cyclistes, Petite soirée avec les militants de cette lutte ; hébergement, Départ le mardi 1erjuin au matin, Transport des vélos et des cyclistes en voitures et camion jusqu’à Alençon puis Châteaubriant, Trajet en vélo : Châteaubriant jusqu’à Abbaretz où la caravane de Lille rejoint les marcheurs de Flamanville, Le jeudi 3 juillet, départ vers Héric-Le Lintin
8) Caravane motorisée au départ de Bayonne le 30 juin
Pour rejoindre cette caravane, contactez : pb.nddl@gmail.com et convergencesnddl2014@gmail.com, Présence des organisateurs le 29 juin de 10h à 17h à Mendionde : Stand au festival EHZ , - Lundi 30 juin au matin : départ de Mendionde (passage par Bayonne 30min après) en direction de la Gironde arrivée le soir.à Bordeaux, - Mardi 1 er juillet départ direction Tonnay- Charente pour hébergement le soir site de Au Cirque du Gamin, 7 rue du Marais, Champservé le haut, I743O TONNAY-CHARENTE repas le soir et hébergement- Mercredi 02 juillet : participations aux animations prévues à Rochefort (site incinérateur entre autre), soirée festive. -Jeudi 03 juillet départ vers Vieillevigne (hébergement) en passant par La Rochelle, - Vendredi 04 juillet départ de Vieillevigne direction Le Pellerin
9) Caravane méridionale en vélo le15 juin au matin :
départ de Montbrun-les-Bains dans la Drôme lundi 16 juin au soir : arrivée à Avignon. Intervention au festival conspiration positive, sur le campus universitaire, de 17 à 18h et de 20 à 22h. mardi 17 juin au soir : arrivée à Nîmes. Projection & échanges à 20h au "Spot", 8 rue Enclos Rey, contact local : collectifnddl.nimes@free.fr, mercredi 18 juin au soir : arri- vée à Montpellier (en cours de préparation, contact local : ndll34-group@alternative34.listes.vox.coop ), PAUSE aux alentours d’Aniane vers le 20 juin, di- manche 22 juin au soir : arrivée à Bédarieux. Projection & échanges, mardi 24 juin au soir : arrivée à Mazamet. Projection & échanges au "pot étique", 34 rue St Jacques. passage à Villefranche-de-Lauragais le jeudi 26 juin au soir, arrivée à Toulouse le vendredi 27 juin au soir, départ avec la caravane de Tou- louse le samedi 28 juin vers NDdL
10) Départ Bure le 30 juin vers Sardy les Epiry caravane motorisée
1/07 Sardy les Epiry (départ avec les membres de Adret Morvan), 2/07 Bourges, 3/03 Villevigne après passage à Chinon
11) Départ Cadarache le 28 juin direction Avignon puis Lyon, caravane motorisée
12) Départ le 30 de Dijon direction Sardy les Epiry caravane motorisée
1/07 Sardy les Epiry (départ avec les membres de Adret Morvan), 2/07 Bourges, 3/03 Villevigne après passage à Chinon
13) Relais depuis le plateau des Glières 31 mai
7 juin Annecy, 9 juin Chambéry, 29 juin Mornant près de Lyon, 30 juin Clermont Ferrand, 1 juillet et 2 juillet Bourges
14) à confirmer départ de Dole et de Dijon le 30 juin
1/07 Sardy les Epiry (départ avec les membres de Adret Morvan), 2/07 Bourges, 3/03 Villevigne après passage à Chinon
15) le 28 juin à vélo puis motorisée départ de Perrefite sur le tracé « Traversée Centrale des Pyrénées ». ( Tunnel sous le Vignemale)
Perrefitte , 29/06 Lourdes, 30/06 Bernos Beaulac, 01/07 Tonnay en charente
16) Depuis Bourges caravane motorisée le 3 juillet vers Loches Chinon Thouars Saint Pierre des Echanbronesprès de Cholet, Villevigne
17) Depuis le Larzac le 27 juin vers Aurillac 28/06 Aurillac, 29/06 Plateau des 1000 vaches, 30/06 Limoges puis Saint Armant de Bonnieure, 1 et 2 juillet Champservé le haut près de Rochefort
18) Depuis Rochefort le 3 juillet en direction de Villevigne Via le pont du Brault (marais poitevin) et Thorigny en Vendée près de la Roche sur Yon
19) Depuis Villevigne le 4 juillet vers Notre Dame des Landes Par le bac du Pellerin puis Couëron Vigneux pour pique-nique à 12h30 à la Joue, 15h30 départ vers les Ardillières puis 17h00 vers les terres de Bellevue
20) Depuis Redon le 4 juillet vers Notre Dame des Landes Arrivée à Fay pour pique-nique à 12h30 parking des étangs rue de la Madeleine, 15h30 départ vers les Ardillières puis 17h00 vers les terres de Bellevue
21) Depuis le Lintin à Héric le 4 juillet après pique-nique 12h30 15h30 départ vers les Ardillières puis 17h00 vers les terres de Bellevue
mardi 17 juin 2014
Addio Berlinguer...
Addio Berlinguer
Les dernières paroles
La salle est dans l’obscurité. On devine qu’il y règne une chaleur suffocante. Soudain, le débit de la parole ralentit, la voix devient sourde, l’orateur trébuche sur les mots, penche la tête. La foule s’affole. Un homme crie des mots d’encouragement. Les officiels qui entourent l’intervenant sur scène s’approchent de lui dans un geste de défense instinctif.
L’homme, la soixante, porte de larges lunettes. Il reprend son discours, l’air sonné. Le public s’agite et intervient : « Basta, Enrico ! » ; « C’est tout, arrête ! ». Puis tous en cœur, ils scandent : « En-ri-co ! En-ri-co ! En-ri-co ! » Le groupe vient au secours de son leader, lui donne quelques minutes de répit pour qu’il reprenne des forces et ses esprits.
Le leader du PCI esquisse un rictus, boit une gorgée d’eau et achève son discours : « Travaillez tous, de maison en maison, d’usine en usine, de rue en rue en dialoguant avec les citoyens, avec la confiance que vous procure les batailles que nous avons menées, pour les propositions que nous présentons, pour ce que nous avons été et ce que nous sommes, il est possible de conquérir de nouveaux et plus vastes soutiens pour nos listes, pour notre cause, qui est la cause de la paix, de la liberté, du travail, du progrès de notre civilisation ».
Ce sont les dernières paroles publiques prononcées par Enrico Berlinguer, leader du PCI entre 1972 et 1984. Reconduit à son hôtel, il confie se sentir las. Il sombre peu après dans le coma dont il ne sortira plus et décède le 11 juin. Berlinguer a été terrassé par une hémorragie cérébrale qui l’a frappé pendant qu’il prononçait son discours.
Un compromis historique gramscien
Il y a trente ans disparaissait le plus estimé des leaders communistes italiens. Palmiro Togliatti, fondateur du PCI et leader du parti dans l’après-guerre, était surnommé par ses camarades « il migliore » ; Berlinguer était « il più amato ». Il nait le 25 mai 1922 à Sassari en Sardaigne, dans une famille bourgeoise et antifasciste. Il rejoint le PCI en 1943, s’occupe de la Jeunesse communiste sarde, puis son père le présente à Togliatti. Il gravit les échelons du parti : membre du comité central en 1946, député en 1968, il succède à Luigi Longo à la tête du parti en 1972.
Enrico Berlinguer, tout comme Togliatti, était gramscien : il insiste sur la nature originale du communisme occidental, différente du modèle oriental léniniste, puis stalinien. Berlinguer est l’initiateur du mouvement « eurocommuniste » avec les PC français et espagnol à partir de 1975, qui propose un pôle européen sur la base d’un communisme démocratique. Il estime qu’à l’ouest l’État n’est pas tout ; il existe également une société civile dynamique avec laquelle l’État doit composer. Comme Antonio Gramsci, Berlinguer opère une distinction entre la lutte pour le pouvoir politique (la « guerre de mouvement »), longue et parsemée de compromis, et les victoires idéologiques et culturelles au sein de la société capitaliste qui vont permettre la prise du pouvoir (la « guerre de position »). Berlinguer pense que le PCI ne peut prendre le pouvoir avant d’avoir au préalable affirmé son hégémonie idéologique et culturelle dans la société.
En septembre 1978, Berlinguer publie dans Rinascita, l’hebdomadaire théorique du PCI, le premier des trois articles qui vont constituer l’ossature du « compromis historique » qu’il propose aux partis politiques italiens. [1] Marqué par l’échec de la présidence Allende au Chili, Berlinguer estime que le PCI ne pourrait pas gouverner l’Italie avec le soutien de 51% des électeurs. Il ébauche une « alternative démocratique », qui forge une entente entre les forces populaires de tradition communiste, socialiste et catholique. Cette analyse, qui fait débat au sein du PCI, est abandonnée quand Aldo Moro, son interlocuteur et allié démocrate chrétien, est enlevé et assassiné par les Brigades rouges en 1978.
Accusé par certains de vouloir transformer le PCI en parti social-démocrate, Enrico Berlinguer rétorque que son objectif est le dépassement du capitalisme. Il prône une troisième voie entre le socialisme « réel » et la social-démocratie, et réaffirme sa stratégie de « réformes de structures » (anticapitalistes) pour introduire des « éléments de socialisme ».
Ce communisme transalpin, pragmatique et réformiste dans l’action, plaît. Aux élections régionales de 1975, le PCI enregistre 33,40% des voix et aux élections législatives de 1976, il obtient 34,4%, battu de peu par la DCI. Aux élections européennes de 1984 qui ont lieu quelques jours après sa mort, le PCI effectue pour la première et unique fois de son histoire le sorpasso (dépassement) avec 33,33% des voix contre 32,96 à la DCI. Le PCI dirige des régions (Émilie Romagne, Toscane, Ombrie) et au début des années 80, il compte 1,6 millions d’adhérents. Le PCI de Berlinguer est le plus grand parti communiste du monde occidental.
L’adieu à Enrico Berlinguer
La mort de Berlinguer et les adieux au leader communiste constituent l’événement politique-clé dans la gauche italienne de l’après-guerre. On doit au cinéaste Bernardo Bertolucci, proche du PCI, d’avoir filmé l’hommage public et les funérailles de Berlinguer à Rome les 12 et 13 juin 1984. Le documentaire s’intitule L’addio a Enrico Berlinguer. La caméra filme le peuple communiste d’en bas, les petites gens accourus de toutes les régions du pays pour rendre hommage à leur leader. [voir à la fin du billet, l’intégralité de ce documentaire qui débute avec des extraits du dernier discours d’Enrico Berlinguer]
Le réalisateur pose des questions simples et pudiques. Il fait parler les communistes en deuil : enfants, jeunes, vieux, hommes, femmes. Ce sont des visages perdus, sous le choc, écrasés par la tristesse qui se confient. La foule s’amasse devant le siège du parti, via delle Botteghe Oscure. Un Sarde qui a connu le jeune Berlinguer dans la résistance antifasciste confie : « J’ai pleuré deux fois dans ma vie : quand j’ai perdu mon fils et quand j’ai perdu Enrico ». Des hommes tentent de prononcer quelques paroles. L’émotion les étouffe, ils pleurent et se cachent le visage dans un grand mouchoir blanc. Des dizaines de communistes anonymes racontent leur leader, qu’ils ont souvent connu et côtoyé : « Il représentait les ouvriers » ; « un grand homme » ; « j’ai perdu un père » ; « un ami » ; « un homme bon » ; « il partageait les repas avec nous et venait en réunion de section ». Un garagiste membre du parti se souvient : « Il est venu chercher sa voiture au garage. Je lui ai dit, pour toi, c’est gratis, tu es là pour les travailleurs, alors je suis là pour toi ». Une romaine qui vend des légumes sur les marchés : « Il parlait calmement et nous expliquait bien les choses ; ce n’était pas un m’as-tu-vu ». Une femme : « C’est le seul homme politique italien qui se soit intéressé à la cause des femmes ». Un garçon de 7-8 ans lève le poing et dit : « Je serai toujours un communiste ». Un prêtre : « C’était un homme intelligent, de cœur, un altruiste ».
Puis, la foule immense pénètre dans l’immeuble du parti pour saluer le défunt. Le cercueil est gardé par deux rangées de dignitaires du parti. Cette foule, dense, défile toute la journée de manière ininterrompue. Les visages expriment la stupeur. Les personnes font leur adieu à Berlinguer le poing levé, quelques personnes se signent. Yasser Arafat arrive, suivi de Mikhaïl Gorbatchev. Une personne apporte une gerbe de fleurs au nom de Solidarność.
Des dizaines de trains spéciaux sont affrétés de toutes les régions du pays. Rome est communiste ce 13 juin 1984. Les drapeaux rouges tranchent dans le ciel azur. Il fait une chaleur accablante. Le corbillard quitte le siège du parti pour rejoindre Piazza San Giovanni. Trois cortèges différents convergent vers la place. Deux millions de personnes sont dans la rue. Des fanfares jouent des airs funéraires et Bandiera Rossa sur un tempo lent. La foule applaudit à tout rompre, crie « Enrico ! Enrico ! Nous sommes là ! »
La marée humaine Piazza San Giovanni donne le vertige. Nilde Iotti, présidente de la chambre des députés (1979-92) et veuve de Togliatti, fait l’oraison funèbre devant le cercueil. La clameur de la foule ne s’estompe pas, les poings restent levés. Sandro Pertini, le président de la république, est ovationné. C’est un ex-résistant et socialiste héroïque. Il s’approche du cercueil, se recueille, souffle un baiser à Berlinguer, puis à la foule communiste. Enrico Berlinguer est mort, le communisme italien est en sursis.
Les événements vont s’accélérer : sept ans après la mort de Berlinguer, le PCI cesse d’exister, auto-sabordé par Achille Occhetto, son piètre dirigeant. Malgré la chute du Mur de Berlin, l’attachement de millions de femmes et d’hommes à l’identité et au combat communistes était inaltéré. Dans les sections, le projet de changement de nom et de dilution des idéaux communistes était largement mis en minorité. [2] Des dirigeants carriéristes (Occhetto, Napolitano, D’Alema, Veltroni) imposent une social-démocratie tiède, puis blairiste, devenue aujourd’hui, avec le Parti démocrate de Matteo Renzi, une version transalpine du MoDem. Et pourtant, ce peuple communiste existait fièrement ; c’était une communauté organique avec une culture et une identité propres à travers les coopératives, les case del popolo ou encore la festa dell’unità.
Les nouveaux dirigeants du PCI ont abandonné le peuple communiste que Berlinguer comprenait et représentait. [3] Qu’est devenu ce jeune garçon au poing levé qui disait ce 13 juin 1984 : « Je serai toujours un communiste » ?
Philippe Marlière
vendredi 13 juin 2014 - 12h53
[1] Enrico Berlinguer, « Alleanze sociali e schieramenti politici », Rinascita, 12 octobre 1973.
[2] L’historien Fabrice Montebello me signale le documentaire de Nanni Moretti tourné en 1990 : La Cosa (« La chose », nom donné au processus qui devait accoucher d’un nouveau parti, dont on ne connaissait à l’origine ni le nom, ni les caractéristiques). Moretti filme les débats au sein des sections communistes dans les années 1989-91, qui portent sur le changement de nom du parti et la réorientation sociale-démocrate du PCI. On assiste à des discussions politiques sophistiquées. La culture et la réflexion politique de ces militants communistes est impressionnante. L’hostilité générale au projet Occhetto est évidente. http://www.youtube.com/watch?v=eTpQ...
[3] Voir à ce propos le superbe documentaire Il fare politica du journaliste belge Hugues Le Paige qui a interviewé entre 1982 et 2004 plusieurs générations de militants communistes dans la « Toscane rouge ». http://www.youtube.com/watch?v=qru7...
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