dimanche 6 octobre 2013

L' extrême Droite avance masquée...



Les équivoques de la lutte contre l'extrémisme. Extrême droite, islamisme, islamophobie…
En 1879, considérant que les "grands événements politiques (...) sont recouverts par des épisodes insignifiants à côté desquels ils paraissent mesquins", Nietzsche disait de la presse, occupée quotidiennement "à crier, à étourdir, à exciter, à effrayer", qu'elle n'était guère que "la fausse alerte permanente qui détourne les oreilles et les sens dans la mauvaise direction (1)". Aujourd'hui l'on peut dire des médias qu'ils déversent une feinte indignation permanente à propos de la plupart des événements, petits ou grands. Cette rhétorique de l'indignation morale est indissociable d'un usage démagogique de la dénonciation diabolisante impliquant une tactique de diversion ou d'aveuglement, souvent assortie d'un appel à la mise à l'écart des individus ou des groupes jugés suspects. De nombreux citoyens restent perplexes devant ces indignations à répétition, trop virulentes et trop insistantes pour n'être pas douteuses. Ces prêches accusatoires, véritables fabriques de suspects, deviennent eux-mêmes suspects. C'est pourquoi leur multiplication s'accompagne, dans le grand public, d'une flambée d'interrogations plus ou moins naïve, que traduisent ces quelques questions : Que veulent réellement les professionnels de l'indignation et de la dénonciation hyperboliques ? Que veulent-ils nous faire croire ? Où veulent-ils nous conduire ?
Cette théâtralisation de l'indignation permanente constitue le principal rituel de la profession médiatique qui, par la pression qu'elle exerce, contraint les acteurs politiques à suivre le mouvement. D'où cette euphorie dans la mise en spectacle, reprise en boucle, de la triade indignation-dénonciation-condamnation. D'où, plus profondément, l'impression que le monde tout entier, à chaque instant, est en guerre, une guerre polymorphe à visage criminel, et que la catastrophe est l'ordinaire de l'existence. Assister au spectacle de cette guerre en images est devenu l'équivalent d'une activité festive. La tension et l'agitation frénétique qui s'ensuivent, se renouvelant chaque jour, produisent un délicieux vertige chez les amateurs d'"actualités", qui forment désormais la majorité des humains, devenus des contemplateurs-consommateurs jubilatoires d'événements inquiétants, dont l'attribut principal est une sorte de nouveauté répétitive terriblement captivante. Le feuilleton mondial, grand récit sans intrigue centrale, continue sans interruption ni fin, par définition. Les spectateurs sont ainsi toujours tenus en haleine. Esthétisé, le cauchemar les conforte dans l'idée qu'ils vivent dans un monde chaotique et terrifiant, et qu'il n'y a rien à faire, ou pas grand-chose. Ils se consolent de savoir qu'ils sont embarqués pour le pire.
L'objet principal, ou la cible privilégiée, de ce dispositif polémique est ce qu'il est convenu de nommer "l'extrémisme". Mais, parmi les extrémismes sélectionnés par la machine médiatique, il en est un qui est systématiquement mis en avant et soigneusement mis en scène, du moins dans l'espace public occidental (ou occidentalisé), un extrémisme politique censé incarner le Mal absolu : l'extrémisme dit "de droite", ou "l'extrême droite". Tel est le nom commun de l'extrémisme qui fait le plus frémir, celui qui doit faire frémir pour que l'ordre règne, celui du Bien. Un extrémisme répulsif censé pourtant attirer, séduire, suborner, pour mieux contaminer ses victimes naïves. D'où, à titre défensif, la mise en place par les Bons d'un dualisme manichéen, que traduit, dans la rhétorique politicienne, la mythologie de la "ligne jaune" ou de la "ligne rouge", dénominations concurrentes de la frontière dangereuse qui sépare le monde du Bien et celui du Mal, le peuple des Bons et celui des Méchants. Pour un habitant d'une quelconque contrée politique du continent du Bien (socialisme, libéralisme, centrisme), franchir la ligne colorée, c'est basculer dans ce qu'il est convenu d'appeler "le pire" : non pas "l'extrémisme" en général, mais "l'extrême droite" - avec ses quasi-synonymes : "fascisme", "(ultra-)nationalisme", "racisme", etc. Ces termes sont les dénominations courantes de la menace jugée principale, et, aux yeux de certains, exclusive. Un système de surveillance paranoïaque s'est mis en place, dont l'objectif est d'identifier et d'inventorier le moindre indice d'un "glissement à droite" d'un homme de gauche (tel Manuel Valls aujourd'hui), et le plus léger frémissement d'une "dérive vers l'extrême droite" (dite "droitisation") d'un homme de droite (tel Jean-François Copé il y a quelques mois). S'allument alors des "alertes rouges" (les "alertes jaunes" restent à inventer). Tel est le principe de la nouvelle chasse aux sorcières sous le règne de la suspicion hypermorale.
Un nouveau venu doit être mentionné : l'"islamophobie", terme équivoque dont l'usage s'est banalisé en même temps que s'inscrivait dans le paysage mondial le terrorisme islamiste. On peut s'en étonner, voire s'en scandaliser : s'il est une menace pesant sur la sécurité et la liberté des citoyens, c'est bien la menace islamiste. Il est donc politiquement légitime, pour tout citoyen d'une nation démocratique, de s'élever contre toutes les formes de l'islam politique qui, des Frères musulmans aux salafistes, enseignent et justifient la vision jihadiste du monde, et en font un thème central de leur propagande. Sur la question, il faut être le plus clair possible : à toute critique de l'islamisme, les islamistes répliquent par l'accusation d'"islamophobie". Ce sont d'abord les milieux islamistes qui feignent de s'indigner d'une prétendue "islamophobie" qui inspirerait le rejet du voile intégral, de la charia ou du jihad. L'accusation abusive est ensuite reprise et orchestrée par les milieux d'extrême gauche.
Étrangement, donc, le terrorisme islamiste, qui, en raison des massacres de masse qu'on peut lui attribuer depuis une trentaine d'années, devrait constituer la principale cible des anti-extrémistes déclarés, est non seulement sous-estimé, mais sa dénonciation est jugée "islamophobe", et dénoncée comme telle. Les nouvelles "belles âmes" s'émeuvent infiniment plus de la mort plus ou moins accidentelle d'un "antifasciste" militant - dès lors qu'elle semble pouvoir être attribuée à des marginaux des milieux nationalistes - que de l'assassinat de dizaines de milliers de personnes par des commandos jihadistes. Le caractère hautement sélectif de l'indignation anti-extrémiste routinisée confine au scandale. Nous sommes ici au cœur du "politiquement correct" (PC) contemporain à l'européenne, qui culmine dans le PC d'origine communiste à la française. Son effet attendu est l'extension de la peur panique de transgresser l'interdit idéologique, ou d'être dénoncé comme le transgressant. "Franchir la ligne (rouge ou jaune)", c'est là désormais la définition même du péché mortel, lorsque la politique est intégralement soumise à l'extrémisme hypermoral. Le néo-antifascisme a réinventé le diable et les tentations diaboliques. Le franchissement de la ligne, donc, reviendrait à pactiser avec le diable, voire à devenir diable soi-même. L'intimidation est forte, et fonctionne encore dans le champ politique. Car l'on sait que transgresser l'interdit, c'est se vouer ou être voué à l'exécration publique, à la mort sociale, à la haine factice devenue réflexe idéologique.
Si l'"islamophobie" est si violemment dénoncée par les milieux néo-antifascistes, c'est parce qu'elle est supposée constituer un indice majeur de la pensée "d'extrême droite", au sein de laquelle elle aurait remplacé l'antisémitisme. Dans les milieux néo-antifascistes d'extrême gauche, tous communiant dans un antisionisme radical (soit la nouvelle forme de la haine idéologisée visant les Juifs), on se félicite en effet que la lutte contre l'extrême droite aille de pair avec la "lutte contre l'islamophobie", donc, selon eux, avec la lutte contre "le sionisme". Un pseudo-antiracisme instrumental s'est ainsi constitué, donnant pour tâche principale à l'antiracisme de "lutter contre l'islamophobie", comme si "l'islamophobie" était devenu un "marqueur idéologique" (comme disent les sociologues débutants) de l'extrême droite. En raison des besoins croissants de la propagande pro-palestinienne et anti-israélienne, les usages pseudo-antiracistes du terme "islamophobie" sont voués à se banaliser. Rappelons brièvement qu'il s'agit d'un terme d'insulte au sens flou abusivement érigé en concept ou en catégorie descriptive, employé par certains milieux militants (islamistes et/ou gauchistes), depuis le début des années 1980, pour interdire toute critique de l'islam, et plus particulièrement de l'islamisme. Ce mot accusateur a été intégré dans le vocabulaire de combat du néo-antifascisme gauchiste au cours des premières années du XXIe siècle.
Reconnaître les usages douteux ou strictement tactiques du mot "islamophobie" n'implique nullement son rejet pur et simple. Il s'agit bien plutôt de le définir clairement, ce que les "anti-islamophobes" de métier ne font jamais, provoquant un malaise permanent dans le débat public. Le terme d'islamophobie devrait être utilisé, d'une façon stricte, pour désigner, sur le plan des opinions, les appels à la haine, à la discrimination et à la violence visant la religion musulmane comme telle et/ou les musulmans comme tels. Ou, pour le dire plus conceptuellement, l'essentialisation et la diabolisation de l'islam et des musulmans. Si les dénonciateurs de "l'islamophobie" s'en tenaient à cette définition, le malaise disparaîtrait avec l'équivocité du terme. Mais les "anti-islamophobes" professionnels, qu'ils soient gauchistes ou islamistes, n'ont cure des définitions claires, ils ont besoin, tout au contraire, de notions floues et de catégories attrape-tout. La confusion conceptuelle est pour eux un atout. Un fait majeur doit être souligné : la caractéristique nouvelle du néo-antifascisme est qu'il tend à faire front commun avec certains milieux islamistes, qui ont bien compris que cette nouvelle militance gauchiste "radicale" ne tenait pas l'islamisme pour un ennemi. Ses ennemis imaginaires - "capitalisme", "impérialisme", "fascisme", "sionisme" - sont les branches de l'arbre qui leur cache la forêt.
En même temps, on constate que ceux qui minimisent ou nient la menace islamiste à visage terroriste ne font nullement l'objet de campagnes de presse et ne sont en aucune manière mis à l'écart du débat public. Nulle ligne colorée n'est tracée autour des légitimateurs ou des minimisateurs de l'islamisme, ni autour des négateurs de la menace qu'il incarne. Les journalistes, les intellectuels et les éditeurs spécialisés en la matière bénéficient d'une impunité qui devrait surprendre et scandaliser tous les citoyens. Car, à quelques exceptions près, les réactions critiques sont invisibles et inaudibles dans le paysage médiatique. Comme si l'aveuglement et la surdité volontaires, dans le seul cas de l'extrémisme islamiste, étaient de rigueur. La complaisance prend ici l'allure d'une complicité de fait. Les indignés médiatiques ordinaires se taisent, ou font écho aux campagnes de dénonciation de "l'islamophobie", ce mal censé ravager la société française.
La stratégie de l'indignation-dénonciation centrée exclusivement sur "l'extrême droite" s'est réduite aujourd'hui à une démagogie ossifiée dont les effets symboliques sont à peu près nuls. Le rabâchage du discours antifasciste des années trente est inopérant. Il relève d'un terrorisme intellectuel dont les agents sont d'autant plus rageurs qu'ils se sentent impuissants. Leur fuite en avant dans les dénonciations hyperboliques, dénuées de toute crédibilité, en témoigne. Dans ce cadre, la récente dénonciation de "l'islamophobie" est celle d'un mal imaginaire, dont la construction sociale et politique attend d'être sérieusement étudiée. En attendant qu'un sociologue courageux se mette au travail, on se contentera de souligner que cette dénonciation instrumentale de "l'islamophobie" remplit certaines fonctions, que nous avons brièvement caractérisées.
Si l'indignation morale n'est pas une politique, l'indignation sélective est une impolitique. Elle masque les véritables menaces en exagérant cyniquement l'importance de phénomènes électoraux qui ne menacent guère que les situations acquises. Les postes de quelques élus de droite ou de gauche n'ont pas un caractère sacré. Dans une démocratie pluraliste qui fonctionne, aucun élu n'est un intouchable. Par ailleurs, le libre examen critique des religions ne saurait être confondu avec l'appel à la haine contre les croyants. Les campagnes islamo-gauchistes contre "l'islamophobie" jouent sur la confusion entre la critique de l'islam, le rejet de l'islamisme et le "racisme" (terme ici impropre). S'il y a une menace islamiste, illustrée chaque jour par les victimes du terrorisme jihadiste, il n'y pas de réelle menace "islamophobe". Même dans l'idéologie raciste et xénophobe d'un parti néo-nazi comme Aube dorée, en Grèce, "l'islamophobie" n'a nullement remplacé le mélange de vieil antisémitisme et d'antisionisme radical qu'on rencontre ailleurs dans les groupuscules d'extrême droite. Insister sur "l'islamophobie", c'est aussi une manière d'oublier la xénophobie anti-immigrés qui caractérise la plupart des mouvements nationalistes en Europe. Or, les immigrés sont loin d'être tous musulmans, et ils sont rejetés par les mouvements xénophobes avant tout en tant qu'immigrés, sur la base de thèmes tels que le "parasitisme social" et la "délinquance".
En France, les prétendus "islamophobes", c'est-à-dire les anti-islamistes ainsi stigmatisés par les islamistes et leurs affidés d'extrême gauche, ne tuent personne et n'appellent nullement à chasser les musulmans du territoire. C'est que les anti-islamistes à la française, dans leur grande majorité, ne sont pas "islamophobes" au sens strict du terme, ils sont "islamismophobes". Les anti-islamistes abusivement dénoncés comme "islamophobes" sont mis au pilori, injuriés, poursuivis par des officines pseudo-antiracistes. Et ce, alors même que dans les sociétés démocratiques contemporaines, tout citoyen peut être une victime d'attentats terroristes commis au nom de l'islam. Telle est la dure réalité qu'il faut reconnaître. Ce constat n'implique nullement, répétons-le, de confondre la religion musulmane avec ses usages politiques guerriers. L'islam est loin de se réduire aux islamismes de diverses obédiences. Mais ce sont ces derniers qui constituent l'extrémisme politico-religieux le plus dangereux. La dénonciation contemporaine de "l'islamophobie" illustre une tactique de diversion, destinée à occulter la menace islamiste. Il est temps de sortir de la torpeur médiatico-politicienne et de l'engluement dans les faux débats, de dissiper les illusions ou les confusions consolantes et d'ouvrir les yeux sur les menaces réelles.
Pierre-André Taguieff
(1) Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain. Un livre pour esprits libres, t. II (1879-1880 ; 1886), Opinions et sentences mêlées (1879), § 321, tr. fr. Robert Rovini, in Œuvres philosophiques complètes, Paris, Gallimard, t. III, vol. 2, 1968, pp. 130-131.
Pierre-André Taguieff : Philosophe, politologue et historien des idées, Pierre-André Taguieff, né à Paris le 4 août 1946, est directeur de recherche au CNRS, rattaché au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof, Paris). Il a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (histoire des idées politiques, pensée politique) de 1985 à 2005.

jeudi 26 septembre 2013

Capitalisme et destructions


Le coup de gueule de Naomi Klein contre l’alliance des écolos et des capitalistes

Les grandes organisations d’environnement ont une responsabilité aussi grande que les climato-sceptiques dans le présent reflux de la politique écologique : c’est la forte thèse défendue par la journaliste altermondialiste Naomi Klein. Selon elle, le choix de collaborer avec les grandes compagnies et l’idéologie néo-libérale a conduit à l’échec. Ses propos provoquent un vif débat aux Etats-Unis.

La célèbre journaliste canadienne, militante altermondialiste connue pour ses livres No Logo et La Stratégie du choc, vient de déclencher une furieuse polémique au sein du mouvement écologiste nord-américain.
Il y a deux ans, Klein avait écrit dans le journal The Nation que le militantisme climatique et le capitalisme étaient incompatibles. Elle observait que les climato-sceptiques l’étaient pour des raisons idéologiques : ils comprennent très bien que si le changement climatique se produit, la seule façon d’échapper à ses conséquences est de remettre en cause le système économique actuel, le capitalisme. Selon elle, la seule réponse adaptée à la menace climatique résidait « dans la pulvérisation de l’idéologie du marché libre, laquelle a dominé l’économie depuis plus de trois décennies ».
Elle poursuit dans cette voie en accusant cette fois les principaux groupes environnementalistes de n’avoir pas compris cette vérité élémentaire, ce qui les a conduit à nouer des alliances coupables avec les grandes corporations.
Les « Big Greens », mauvais leaders
Voici une traduction partielle des propos de Naomi Klein, tirés d’un long entretien publié par le Earth Island Journal :
« Le mouvement écologiste fait preuve d’un déni profond quand il s’agit des « Big Greens », « les principales organisations environnementales. Selon moi, celles-ci ont fait plus de dégâts que les négationnistes climatiques de droite. Si on a perdu tellement de temps, c’est bien à cause d’elles, qui nous ont tous entrainés dans une direction débouchant sur des résultats déplorables.
Si on examine ce qui s’est passé sous l’égide du protocole de Kyoto dans la dernière décennie– les mécanismes de l’ONU, ceux mis en place par l’Union européenne - , on voit combien tout cela a été désastreux. (…)
La droite avait combattu les échanges de permis d’émission en prétendant qu’ils allaient nous mener à la faillite, qu’on distribuait des aumônes aux grandes compagnies, et qu’en plus ça n’allait pas marcher. La droite avait raison ! Non pas pour la faillite de l’économie, mais pour le fait qu’il s’agissait de cadeaux énormes consentis aux grandes sociétés. Elle avait raison aussi de prévoir que ces mécanismes ne nous rapprochaient pas de ce que souhaitaient les scientifiques, à savoir baisser les émissions. Alors, pourquoi les groupes verts se sont-ils obstinés dans cette voie ? »
Naomi Klein observe que "le niveau de réduction des émissions dont nous avons besoin dans les pays développés est incompatible avec la croissance économique".
Elle rappelle que, dans les années 1970, le mouvement environnemental était très puissant, et avait réussi à imposer un fort appareil législatif pour réduire la pollution. Mais avec l’élection de Ronald Reagan comme président des Etats-Unis, une politique opposée à l’environnement s’est mis en place. Et plutôt que d’y résister, les mouvements environnementaux ont choisi de chercher à collaborer avec les grandes entreprises. Elle cite Fred Krupp, le président d’Environmental Defense Fund, une importante ONG états-unienne, pour avoir clairement énoncé cette politique. Il se trouve, ce qu’elle ne dit pas, que Fred Krupp est un participant régulier du groupe Bildelberg, qui réunit chaque année des grands patrons et des responsables politiques pour définir la politique néo-libérale à appliquer dans le monde.
Ainsi, explique Naomi Klein, «  pour les environnementalistes, il s’agissait d’établir des alliances avec les entreprises. Ils n’étaient pas sur la ligne : « Attaquons ces salauds ! », mais sur la ligne : « Oeuvrons ensemble, les salauds et nous ! » Cela revient à désigner les corporations comme acteurs volontaires de la solution. »
«  Nous avons globalisé un modèle économique insoutenable d’hyperconsommation. Il se répand dans le monde avec succès, et il nous tue. (…) Les groupes environnementalistes n’ont pas été les spectateurs de ce phénomène, ils en ont été les partenaires. Ils voulaient en faire partie. »
Les grandes ONG d’environnement ont ainsi accepté, voire soutenu, le traité de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, dit Alena, malgré son l’abaissement des protections de l’environnement qu’il impliquait.
« Je ne dis pas que tous les groupes ont été complices : ni Greenpeace, ni les Amis de la terre, ni, globalement, le Sierra Club. Et ni 350.org, qui n’existait pas encore. Mais cela remonte aux racines du mouvement. (…)
Ces élites historiques avaient décidé de sauver la nature, elles étaient respectées pour cela. Si donc le mouvement environnementaliste avait décidé de les combattre, leurs élites auraient risqué perdre leur aura, et personne n’était vraiment prêt à assumer cela. Je pense que cette situation est largement à l’origine du niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre. (…)
La stratégie du soi-disant win-win (gagnant-gagnant) a lamentablement échoué. C’était l’idée générale des échanges de permis d’émission. Les groupes verts ne sont pas aussi malins qu’ils ne le croient. Ils ont joué à trop grande échelle. Nombre de leurs partenaires avaient un pied dans le Climate Action Partnership, et un autre à la Chambre de commerce. »
Naomi Klein observe qu’en Europe, les choses bougent dans un autre sens. Plus de cent organisations ont ainsi pris position pour en finir avec le marché du carbone. « C’est le genre de choses que nous devons faire maintenant. Nous n’avons plus le temps de perdre du temps. »
Les premières réponses outrées – et argumentées – commencent à tomber. Le site ClimateProgress écrit notamment :
« Elle n’a pas seulement tort, elle a profondément tort. Son approche révisionniste est fausse, et contredite par ses propres prescriptions politiques. »
Il souligne notamment qu’en Europe, les émissions de gaz carbonique ont diminué, ce qu’il attribue au marché des émissions, dit ETS (European trading system) :
Evolution des émissions de CO2 et du produit intérieur brut dans l’Union européenne.
A quoi Naomi Klein a répondu à son tour sur son propre site, conseillant d’attendre la parution de son prochain livre, promis pour 2014.
La critique des grandes ONG environnementales a déjà été menée en France. Dans Qui a tué l’écologie ? (éd. Les liens qui libèrent, 2011), le journaliste Fabrice Nicolino a mené une vive charge contre le WWF, FNE et Greenpeace pour leur politique de collaboration avec les grandes entreprises et le gouvernement. De même, dans Comment la mondialisation a tué l’écologie (éd. Les Mille et une nuits, 2012), Aurélien Bernier a montré que l’idéologie néo-libérale a fortement influencé le mouvement écologiste à partir des années 1980.

Source : Hélène Crié-Wiesner et Hervé Kempf pour Reporterre.
Illustrations :
- portrait Naomi Klein : Earth island
- graphe émissions : Climate progress
Lire aussi : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

mercredi 18 septembre 2013

Contre les idées complotistes...



- Soral et Dieudonné. Complotisme ou parrésia
« Professionnels de la communication, usant de tactiques sophistiquées pour se garantir audience et succès commercial», Soral et Dieudonné constituent « un phénomène important », aux yeux du politologue Hamdi Nabli (1). Un paradoxe, « dans la mesure où leur “pensée” est nulle ». Démonstration.
- Bannis des médias, ils défraient la chronique ; black-listés par les éditorialistes de « l’Establishment », ils occupent les esprits. Alain Soral et Dieudonné forment un duo comique jouant la carte du nihilisme pour faire rire d’un pouvoir risible, ou pour faire haïr une oligarchie détestable. Au vu des provocations de l’un et des prises de position de l’autre,  ils représentent pour la République et ses valeurs un trou béant, un binôme dramatique que le pouvoir tente de sur-dramatiser (Valls à La Rochelle), dans le même geste nihiliste de fuite en avant qu’affectionnent les intéressés… Au couple tragique fait face le politique en panique !
- Si le pouvoir panique, c’est que le couple formé par Soral et Dieudonné constitue un phénomène important. Le pouvoir a affaire à des professionnels de la communication, usant de tactiques sophistiquées pour se garantir audience et succès commercial ; ainsi, grâce à Internet, les black-listés des médias mainstream possèdent eux-mêmes une puissance médiatique – stratégie typiquement postmoderne : renverser le rapport de forces défavorable par l’usage de la technique. Techniciens de la communication, ils savent faire parler d’eux. La différence avec les publicitaires est qu’ils ne vendent pas directement un produit, mais qu’ils tentent de faire passer un discours, et que ce discours passe – notamment auprès des jeunes. Dans une société basée sur l’autocontrôle, l’autocensure et l’obéissance généralisée, Soral et Dieudonné s’évertuent effrontément à inculquer à leurs disciples/fans les vertus du politiquement incorrect ; base de leur “ enseignement ” : il faut apprendre à désobéir – considération intempestive : Soral et Dieudonné éducateurs.
- L’importance sociale de Soral et de Dieudonné est paradoxale, dans la mesure où leur “ pensée ” est nulle. Dans le cas du pamphlétaire, cela est problématique ; conceptuellement, Soral est un homme du XIXe siècle : ses idées proviennent d’un univers mental dépassé. L’application de la méthode dialectique permet l’élaboration d’un discours hyper-simpliste et engendre un manque de nuance fatal à l’analyse (géo)politique. Sa principale dialectique repose sur l’opposition entre Empire (dominant) et nations (dominées). Or le terme d’Empire est ambigu.
- Si l’Empire, de l’Antiquité à la Renaissance, était le cadre extensif d’une société de type aristocratique où régnait une hiérarchie naturelle juridiquement réglée (exemple parfait : la Rome des Césars), l’Empire, depuis les Temps modernes, est le cadre intensif d’une société de type démocratique où règne une égalité juridique naturellement déréglée (exemple parfait : l’Amérique du dernier homme consommateur/jouisseur…).
- Soral confond les deux, car l’Occident est la première victime de sa mondialisation et de l’uniformatisation culturelle, et s’il a imposé impérialement son modèle capitaliste et déstructurant à travers la colonisation, ce modèle s’est ensuite diffusé sans force : les indépendances nationales ont débouché sur une course à la croissance et au développement à l’échelle planétaire. L’ « ère de la technique » (Heidegger), si elle a débuté en Europe, est désormais universelle.
- En outre, l’opposition Empire/nations est factice : les Nations européennes modernes ont été impériales, les Empires modernes ont été nationaux. Entretenir cette opposition, c’est négliger le fait politique de toute la Modernité : la constitution d’États-nations visant la domination du monde. Soral joue la carte de la dialectique pour avancer qu’à présent les nations résistent à l’Empire, dit « américano-sioniste », sans s’interroger sur le fait que cet « Empire » soit le fruit de projets nationaux – le sionisme n’est-il pas une forme de nationalisme ? Et qu’en est-il de la Nation américaine ? Et la Russie, vue par lui comme « nation résistante », ne se conçoit-elle pas comme un Empire en devenir ? Et la Nation même, concept typiquement moderne, n’est-elle pas la forme politique décadente qu’abhorrent les traditionnalistes (René Guénon, Julius Evola) que Soral encense par ailleurs ? Et le programme « Droite des valeurs/Gauche du travail » de celui qui se dit marxiste n’est-il pas à mille lieues de la société sans classes, et ne s’inspire-t-il pas plutôt de l’ordre nietzschéen où la Civilisation aristocratique superpose une morale des maîtres (valeurs : Gloire et Honneur) et une morale des esclaves (travail : obéissance et servilité) ? Trop de contradictions.
- Pis : la dialectique est la méthode même du pouvoir, qui par les antagonismes réglés qu’il fabrique (dominants/dominés) impose une grille d’intelligibilité composée d’oppositions factices (bien/mal). Soral utilise une arme conceptuelle typique du simulacre de second ordre – la rationalité dialectique – pour lutter contre un système qui a déjà mué en un simulacre de troisième ordre, une simulation – il n’y a désormais plus de sens, ni de grande référence comme « le Pouvoir » (Jean Baudrillard, L’échange symbolique et la mort). C’est là toute sa faiblesse, le fait qu’il soit si inconséquent intellectuellement : il a loupé le tournant idéel du postmodernisme. En fait, Soral est un phénomène social hybride, de facture postmoderne, car utilisant le moyen viral de la simulation numérique, mais à contenu moderne, car véhiculant des messages dialectiques d’un autre temps. Sa ruse consiste à utiliser son talent rhétorique pour cacher ses contradictions.
- Son entreprise relève d’une psychologie primaire des intentions, présupposant l’existence d’une intention maléfique : derrière chaque évènement se cache un pouvoir mystificateur, un esprit malfaisant ou un génie… un démon (juif), une grande puissance (l’Amérique). « Mentalité primitive », au fond (Lucien Lévy-Bruhl). La psychologie primaire des intentions est aussi la « psychologie du prêtre » guidant le troupeau (Nietzsche, Généalogie de la morale) : « le prêtre est celui qui fait dévier la direction du ressentiment » en identifiant une cause à la souffrance – à la différence près que Soral adopte une posture réaliste adaptée à notre monde déchristianisé : il ne dit pas « moi, pauvre créature terrestre, j’ai péché », mais : « moi, ancien du Parti communiste, j’ai souffert. » Normal que Soral utilise la dialectique : dans son Crépuscule des idoles, Nietzsche conçoit cette méthode comme la technique permettant l’expression du ressentiment plébéien.
- Pensée unique et théorie du complot forment la matrice discursive grâce à laquelle deux fictions, « le pouvoir » et « la résistance », subsistent. Les “ complotistes ” renforcent le système : leurs discours accréditent la chimère d’une élite manipulant le monde et donnent ainsi au « pouvoir » une capacité – la prise de décision – qu’il n’a pas, une existence qu’il a perdu au profit du hasard, de l’incertitude et de l’indétermination qui gouvernent le monde. Dans les faits, les pouvoirs politiques vacillent, le Pouvoir mondial n’est nulle part. C’est donc une chance que les “ complotistes ” existent, pour les élites : en leur imputant tous les faits (crises, guerres et catastrophes), ils leur donnent une légitimité introuvable, du moins une responsabilité qu’elles n’espéraient plus.
- La théorie du complot résonne comme le discours des exclus de la représentation. Soral et Dieudonné ont été écartés de la société du spectacle ; dès lors, ils représentent ceux-qui-ne-sont-pas-représentés. Si la dérision est une fin en soi pour Dieudonné, elle est un moyen pour Soral, qui tente une rationalisation de l’entreprise pataphysique de son acolyte – qu’est-ce que l’antisionisme pour un bouffon, sinon une solution imaginaire au sens de Jarry ? Avec Soral, le geste du bouffon s’articule autour d’un discours “ rationnel ” et lui enlève une partie de sa frivolité, donc de sa dangerosité. La part irrationnelle du burlesque suffit largement à déstabiliser le système, alors que la théorie du complot comme dialectique permet au système d’agencer sa pensée unique sur une contradiction sur laquelle elle peut s’appuyer. Le bouffon tournant en dérision le logos a la force dionysiaque de dissoudre en pensée tous les rapports de pouvoir ; Soral croit trop en l’opposition entre le frivole et le sérieux, alors que celle-ci a disparu : pas plus risible qu’un homme politique ; Dieudonné l’a compris : il manie l’humour tragique, qui fait mourir de rire le dieu Logos.
- Ce qui est fascinant chez Soral, c’est l’impression qu’il veut donner de posséder la vérité, c’est cette folie de celui qui a une certitude concernant la vérité relative à la politique mondiale !... Cette velléité constitue la base de la « domination charismatique » (Max Weber) qu’il exerce sur les jeunes de son Club. Comment la psychologie primaire des intentions (« derrière tout fait se cache un démon »), qui devrait entraîner un fatalisme absolu, conduit-elle à l’agitation et à la propagande ? C’est que cette agitation et cette propagande ne visent aucun but particulier, aucun objectif concret : elles trouvent leur finalité en elles-mêmes. Autrement dit, Soral partage avec Dieudonné le sentiment tragique de l’anti-eschatologie politique : il n’existe pas de finalité heureuse à l’acte “ critique ”, juste un sentiment de pouvoir supporter l’insoutenable lourdeur de l’être. D’ailleurs, le complotisme a quelque chose de tragique ; son credo dogmatique est : la fin de l’Histoire (le nouvel ordre mondial comme happy-end) est un complot ourdi par les gagnants de la guerre froide ; or il faut que l’Histoire (c’est-à-dire la tragédie) continue !
- Si la “ pensée ” de Soral et de Dieudonné est nulle, elle l’est aussi au sens où « l’art contemporain est nul » (Baudrillard). Révélatrices de l’indistinction postmoderne entre réalité et fiction, les théories complotistes proposent une réalité (éco-stratégique, géopolitique) qui est une fiction inventée par des scénaristes, « les maîtres du monde », dont l’objectif est que leur fiction devienne réalité… Le monde ready-made. Dès lors, déjouer le complot consiste à dénouer l’ordre du réel (la nation et ses singularités…) de l’ordre du virtuel (le gouvernement mondial). Chez Soral, cette dé-liaison prend la forme hyper-archaïque de la dialectique : les nations contre l’Empire. Chez Dieudonné, la lutte prend la forme d’une confusion entre l’homme de spectacle et le personnage de fiction : dans Cocorico, un sans-papier se voyait annoncer que « [sa] vie est un combat perdu d’avance… » Humour noir et nihilisme jouissif… « Le comique, c’est une attente qui se résout dans le néant, qui se dissout en rien » (Kant). Dans l’un de ses sketchs, Dieudonné demande « c’est quoi ta nationalité ? » à un pygmée rencontré par hasard ; « la forêt » répond ce dernier. « La jouissance [du rire], c’est la désagrégation du logos répressif » (Jean Baudrillard, L’échange symbolique…) ; Socrate à Saint-Tropez n’a qu’à bien se tenir.
- Les cyniques de l’Antiquité pratiquaient la parrésia, le franc-parler (Michel Foucault, Le courage de la vérité). Cette pratique a eu un écho dans l’histoire culturelle – ses dernières manifestations notables furent le dandysme, l’anarchisme révolutionnaire et le mouvement punk. Le phénomène « Soral et Dieudonné » pourrait constituer une réactivation de cette pratique, à une époque marquée par le retour de la morale ; or « au regard de la morale et des mœurs, la gauche a pris le relais de la droite » (Baudrillard, L’échange symbolique…) ; pas étonnant que l’immoralité se soit déplacée à l’extrême droite. L’instrumentalisation des thèmes de l’extrême droite (nationalisme, immigration, racisme, etc.) joue, à une ère post-politique où ces thèmes sont caducs, le rôle de capteur d’immoralité. Alors que l’intégration des fils d’immigrés s’effectue lentement mais sûrement, les Éric Zemmour, les Élisabeth Lévy et tous les décomplexés de France, sous le sceau de la libre pensée, de l’immoralisme et de Philippe Murray (le pauvre, s’il savait…), se permettent d’exprimer des opinions politiques tendancieuses dans une posture faussement courageuse : leur cible, l’islam, est l’entité la moins forte dans le rapport de forces actuel, et le système tout entier use de la peur de l’islam comme stabilisateur social factice. Soral s’attaque à une entité plus puissante selon lui ; et comme l’explique Finkielkraut, « [Soral] n’est pas un tricheur ; il [joue] carte sur table ; il [affiche] ses terrifiantes convictions » (Enquête&Débats, 26 avril 2011). C’est l’alliance entre la conviction de dire la vérité et  l’affichage ostentatoire de cette soi-disant « vérité » qui forme précisément l’idiosyncrasie du parrésiaste – mais Soral se dit rationaliste, alors que le cynique est plus sceptique, voire nihiliste, qui ne croit pas même en une quelconque vérité : la psychologie de Dieudonné se rapproche de ce type.
- L’exclusion de Soral et de Dieudonné de la scène socio-médiatique fait qu’ils incarnent automatiquement une forme de courage, sans même qu’ils n’aient à entreprendre d’actions grandioses. En effet, la simple critique d’Israël et de sa politique constitue un exercice fort périlleux (P. Boniface), et avec la loi Gayssot, le négationnisme est quasiment une expérience-limite. Pour le comique se présentant comme le bouffon du Roi, la tentation est grande de remettre en cause avec le sourire l’évènement capital du XXe siècle et d’attaquer l’État qui en est pour partie issu : il ne s’agit pas de surmonter la contradiction par la dialectique (Hegel), mais de transgresser la limite (Bataille) par le courage du franc-parler (Foucault) ; l’effet comique est rendu facile par cette loi mémorielle : elle impose le regard de l’État sur l’Histoire. En gros, avec Gayssot, pour lutter contre le fascisme, on interdit de penser – après la drôle de guerre contre les nazis sous la IIIe République, la drôle de lutte contre le fascisme sous la Ve : pour un humoriste nihiliste, c’est du pain bénit.
- En réussissant à additionner la mise en jeu de sa mort médiatique (martyrologie) et l’appropriation des armes de la puissance dominante (Internet), Dieudonné a acquis « l’esprit du terrorisme » (Baudrillard), reposant sur l’alliage entre le marketing et le scandale. Normal que le politique panique : Dieudonné et Soral se logent au cœur même du système. Le 11-Septembre n’a pas provoqué de panique, car le coup fut vécu comme provenant d’un dehors absolu, alors que la panique est un mal de l’intérieur (Jean-Pierre Dupuy, La panique). Le succès qu’ils rencontrent dans leur utilisation d’Internet, outil-symbole par excellence du système, fait de Soral et de Dieudonné des “ maux du dedans ”, générés par le système lui-même et qu’il ne pourra sans doute jamais contrôler ; il y a potlatch numérique, échange don/contre-don (Marcel Mauss) : à la technique comme idéologie répond la critique de l’idéologie dominante par la technique. Évidemment, le résultat de cette “ critique ” ressemblera au palmarès de Soral en tant que boxeur – un combat, une défaite.
Hamdi Nabli
- (1) Dernier ouvrage paru : L’(in)égalité politique en démocratie, Paris, Fondation Jean Jaurès, 2013

dimanche 21 juillet 2013

LUtte Contre les IDées Extrèmes



D'un front à l'autre. Du Front de gauche au FN : à Marseille, une ex-PCF vire de bord pour les municipales. Accidents ou fond de commerce identique…pour la 100ème désertion du PCF au FN.
Doriot -1-, Darnand -3- et Déat -2-  ne sont pas loin…
MUNICIPALES - D'un front à l'autre. Le Parti  dit 'communiste' s'est dit "scandalisé" (?), vendredi 24 mai, par le choix d'une de ses candidates aux dernières législatives dans les Bouches-du-Rhône de rejoindre le Front national pour être candidate à l'élection municipale de Marseille en 2014.
"Les communistes sont profondément scandalisés par le choix d'Anna Rosso-Roig de rejoindre les rangs du FN. L'incompatibilité est totale entre nos valeurs et ce que porte l'extrême droite xénophobe et ultra-conservatrice face à laquelle nous menons un combat sans concession", a déclaré le secrétaire départemental du PCF, Pierre Dharréville, dans un communiqué.
Sincère, car nous partageons les même valeurs…
"Aujourd'hui, Anna Rosso-Roig renie le combat qu'elle a mené à nos côtés. Nous avions cru à la sincérité de son engagement", a-t-il ajouté.
De son côté, Anna Rosso-Roig se défend de tout opportunisme. Sur le site d'informations locales Marsactu, elle se dit "préoccupée par la montée de l'islamisme en tant que catholique pratiquante" et juge que le Front de gauche ne défend pas les valeurs traditionnelles et religieuses. Elle confie également avoir été tentée par le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, mais a finalement renoncé car elle le juge trop "rétrograde".
L'intéressée, passée aussi par le PS et longtemps militante CGT, avait été candidate communiste aux législatives de juin 2012 dans la 6e circonscription des Bouches-du-Rhône qui couvre le 9e arrondissement de Marseille et une partie du 10e. C'est dans ce secteur notamment, où elle vit, ou celui des 1er et 7e arrondissements, qu'elle pourrait se présenter aux municipales en mars 2014, comme l'a révélé le site internet d'information Marsactu.
Tensions avec le Parti socialiste
Il y a deux semaines, Anna Rosso-Roig qui voulait déposer une gerbe devant un monument aux morts du 7e arrondissement lors de la cérémonie protocolaire de commémoration du 8 mai 1945, en avait été empêchée par le maire de secteur, le socialiste Patrick Mennucci. Accusé de "sectarisme" et de "haine des patriotes" par le FN, le député socialiste fait valoir que le dépôt de gerbes est réservé aux institutions durant le protocole et que Anna Rosso-Roig pouvait le faire après la cérémonie. Mais l'intéressée a préféré repartir avec les fleurs, selon lui.
L'ancienne communiste avait pu finalement déposer une gerbe aux côtés d'un conseiller régional frontiste au pied d'un autre monument aux morts dans le 10e arrondissement de la ville, durant la cérémonie officielle. "On donne la possibilité de le faire aux différentes sensibilités politiques et le PS dépose d'ailleurs une gerbe chaque année", explique-t-on dans l'entourage du maire de ce secteur, le député UMP Guy Teissier.
Lutte des Diois contre les Idées Extrêmes.
1- Jacques Doriot (Bresles dans l'Oise 1898 - Mengen, dans le Wurtemberg, en Allemagne, 1945 est un homme politique et journaliste français, communiste puis fasciste. Il fut pendant la Seconde Guerre mondiale l'une des figures de proue du collaborationnisme. Après son départ du Parti communiste français, il fonda le Parti populaire français, qui fut durant l'Occupation allemande l'un des deux principaux partis français de la Collaboration.
-2- Marcel Déat, né à Guérigny (Nièvre) le 7 mars 1894 et mort à San Vito, près de Turin le 5 janvier 1955, est un homme politique français, socialiste, puis néo-socialiste, et collaborationniste.
Normalien, journaliste et intellectuel, il est député SFIO de 1926 à 1928 et de 1932 à 1936. En 1933, il est exclu du parti pour ses doctrines de plus en plus autoritaristes, ses positions d'union nationale et de soutien au cabinet Daladier. Il participe à la création le 5 novembre 1933 du Parti socialiste de France et devient le chef de file des néo-socialistes, séduits de plus en plus par les modèles fascistes. Ministre de l'Air en 1936, dans le cabinet Sarraut, député « rassemblement anticommuniste » en 1939, il devient le fondateur en 1941 du Rassemblement national populaire, parti collaborationniste, qui se déclare socialiste et européen. Il termine sa carrière politique en 1944 comme ministre du Travail et de la Solidarité nationale dans le gouvernement de Vichy, et s'enfuit à Sigmaringen avec le dernier carré des ultra-collaborationnistes, puis en Italie. http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Deat
-3- Aimé-Joseph Darnand est un militaire et homme politique français né à Coligny dans l'Ain le 19 mars 1897 et mort fusillé au fort de Châtillon, à Fontenay-aux-Roses, Seine (actuel département des Hauts-de-Seine), le 10 octobre 1945. Il était une figure majeure de la collaboration française. Ancien combattant de la Grande Guerre et de 1939-1940, militant d'extrême droite dans l'entre-deux-guerres, soutien actif et précoce du maréchal Pétain et du régime de Vichy, il devint membre honoraire de la SS en 1943. Son principal rôle historique fut d'être le fondateur et dirigeant de la Milice française, organisation paramilitaire de type fasciste, supplétive de la Gestapo et chargée de la traque des résistants, des Juifs et des réfractaires au STO.

vendredi 31 mai 2013

Front de Gauche ou Front National : même combat des extèmes contre l' émancipation des citoyens...



Quand les batailles de chiffres oblitèrent le fond …

- Front de Gauche et anti-mariage gay dans la rue pour le 1er anniversaire de Hollande. Rassemblement contre l'austérité du Front de gauche à Paris, défilés des opposants au mariage gay qui ne désarment pas malgré l'adoption de la loi: François Hollande s'apprête à fêter, plus contesté que jamais, le premier anniversaire de son élection à la présidence. Frederick Florin
Rassemblement contre l'austérité de la gauche radicale à Paris, défilés des opposants au mariage gay qui ne désarment pas malgré l'adoption de la loi: François Hollande s'apprête à fêter, plus contesté que jamais, le premier anniversaire de son élection à la présidence.
Alors que le chef de l'Etat «célébrera» lundi sans tambour ni trompette sa victoire le 6 mai 2012 contre l'ancien président Nicolas Sarkozy, les partisans du Front de gauche (FG) menés par le tribun du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon organisent une «marche citoyenne» à Paris, présentée comme une démonstration de force contre «l'austérité, la finance et pour une VIe République».
Ces derniers mois, et au fur et à mesure de la dégradation de la situation économique et des fermetures d'usines en France, M. Mélenchon a concentré ses attaques contre l'exécutif socialiste au point que les socialistes ne considèrent plus désormais la gauche radicale comme un allié.
Il a ainsi éreinté une nouvelle fois le chef de l'Etat dimanche, le considérant comme «l'une des causes de la crise, comme Mme Merkel et les autres dirigeants européens qui ont fait le choix de l'austérité».
Le député européen a répété qu'il était prêt à être Premier ministre pour une «cohabitation de gauche» avec «un président qui dit qu'il n'est plus socialiste et un Premier ministre qui confirme qu'il est de gauche».
«Je pense qu'on va arriver à être 100.000», a déclaré Jean-Luc Mélenchon pour qui «à 100.000, c'est un triomphe», car «François Hollande a tout divisé, le front syndical, les forces politiques de gauche et nous luttons contre tout ça».
L'expression «coup de balai» employée par l'ancien candidat FG à la présidentielle avait créé la polémique, refroidissant plusieurs personnalités qui auraient pu être tentées de battre de le pavé parisien.
Parallèlement, les opposants à la loi ouvrant le droit au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels manifestent à Paris et dans plusieurs grandes villes de France.
Malgré le vote définitif de la loi et les sondages indiquant que deux tiers des Français sont opposés à la poursuite de la contestation, les organisateurs de la «Manif pour tous» ne veulent pas s'avouer vaincus.
Samedi, un millier d'entre eux ont ainsi défilé à Strasbourg (est) pour mettre en garde le gouvernement contre toute tentation d'autoriser la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA). Deux sujets non évoqués pour l’instant.
Les opposants au mariage gay, dont les rassemblements importants ont souvent été émaillés d'incidents créés par des groupuscules d'extrême droite, cherchent à poursuivre leur mouvement alors que les premiers mariages entre couples homosexuels pourraient être célébrés dès juin.
De son côté, le gouvernement, qui ne prévoit pas dans l'immédiat de nouvelle grande réforme sociétale, s'applique à donner l'image d'un état-major en ordre de bataille pour s'attaquer aux problèmes économiques.
Lundi, le chef de l'Etat et son Premier ministre Jean-Marc Ayrault réunissent un séminaire de travail pour préparer les «mois qui viennent» selon la porte-parole du gouvernement.
Thèmes abordés: le redressement des comptes publics, le soutien à l'activité économique, la lutte contre le chômage, mais aussi l'accès au logement, à la santé et la question des retraites.
Premier président de gauche depuis François Mitterrand (1981-95), le socialiste se trouve un an après à la tête d'un pays au bord de la récession. Faute de vrais choix politiques (combien de milliards de Fraude Fiscale).
Le taux de chômage, à 11% en mars, ne finit pas de grimper et l'objectif de l'inversion de la courbe d'ici fin 2013 semble inatteignable. La croissance quasi nulle a aussi amené à reporter l'objectif de réduire le déficit à 3% du PIB dès 2013 en dépit d'une politique de «sérieux budgétaire».
Avec près de trois quart des Français se déclarant «mécontents», pour des raisons diverses voire opposées, François Hollande est devenu le président le plus impopulaire au terme d'un an de mandat.
Les opposants au «mariage pour tous» se sont rassemblés dans plusieurs villes de France dimanche, une répétition avant la manifestation du 26 mai pour obtenir (vainement) le retrait de la loi ouvrant le mariage aux homosexuels.
Le texte a été définitivement adopté par le Parlement fin avril mais certains parlementaires de droite ont saisi le Conseil constitutionnel qui a un mois pour se prononcer. D'ici là, les opposants continuent de faire pression contre la première réforme sociétale de François Hollande.
A l'appel du collectif «La manif pour tous», de 15.000 à 35.000 personnes, selon la police ou les organisateurs, se sont rassemblées à Paris, criant «François, ta loi on n'en veut pas».
«Des lois qui avaient été votées et qui avaient été retirées, il y en a eu plusieurs dans l'histoire récente. Nous ne sommes absolument pas désespérés, bien au contraire, et nous pensons que M. Hollande finira par entendre les Français», a dit Ludovine de la Rochère, présidente du collectif.
Des Grands-parents, parents et enfants étaient rassemblées sur une esplanade, près de banderoles proclamant «Tous nés d'un homme et d'une femme - Non à la marchandisation des femmes» ou encore «La manif pour tous - On veut du boulot, pas du mariage homo».
A Lyon où se trouvait Frigide Barjot, une des principales porte-paroles du mouvement, ils étaient entre 9.000 à défiler dans le centre ville et le long des berges du Rhône. «C'est formidable…», s'est écriée Mme Barjot à propos du nombre de manifestants, estimant qu'après le vote de la loi «le pays connaît un moment de tension que seul le président de la République peut apaiser».
Sous une marée de drapeaux tricolores, blancs, bleu et rose, les couleurs de la Manif pour tous, et en musique, les manifestants ont repris les slogans traditionnels des opposants au mariage homosexuel.
Si certains se voulaient humoristiques comme ce «Adam et Eve, pas Adam et Yves», et le ton bon enfant, la manifestation était clairement hostile au gouvernement avec pour cibles la ministre de la Justice Christiane Taubira et le président François Hollande.
A l'issue de la manifestation, Mme Barjot a affirmé que le mouvement allait se poursuivre, notamment lors de la grande manifestation nationale du 26 mai, si le président de la République «n'ajuste» pas la loi.
Selon elle, il faut en retirer les mesures sur la filiation et l'adoption pour ne retenir que l'union civile entre personnes du même sexe.
A Montpellier où doit être célébré le premier mariage homosexuel en France, 1.400 personnes, selon la police, ont défilé dans les rues. Parmi elles, le porte-parole de «La Manif pour tous», Xavier Bongibault.
«Je suis là pour rappeler à Mme le maire et au président de la République que leur ambition de rentrer dans l'histoire ne peut pas se faire au détriment des enfants, des familles et de la France», a-t-il dit.
La présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin, a rejoint le cortège qui a défilé à Rennes en chantant La Marseillaise. Selon Mme Boutin, la manifestation anti-mariage homosexuel était destinée «à donner un signal supplémentaire au président de la République pour qu'il retire cette loi» Les manifestant scandaient: «Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'hétéros». Ils criaient aussi: «Un papa, une maman y'a pas mieux pour les enfants», «On ne lâchera rien» et «Hollande ta loi on en veut pas».
A Dijon, il y avait 1.000 manifestants et à Lille 700. D'autres manifestations se sont déroulées samedi à Strasbourg et à Châlons-en-Champagne (Marne).
- Marche citoyenne : 30.000 manifestants selon la préfecture de police. Le Front de Gauche en revendiquait 180.000...
La manifestation «contre l'austérité, contre la finance et pour une VIe République» du Front de gauche a réuni dimanche 30.000 participants à Paris, a annoncé à l'AFP la préfecture de police de Paris (PP), qui ne donne pas habituellement de chiffrage des manifestations politiques,
Le Front de gauche et de Jean-Luc Mélenchon avait revendiqué 180.000 participants un peu plus tôt entre la place de la Bastille à Paris et la place de la Nation.
Vendredi l'ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle de 2012 avait dit que 100.000 participants «serait un triomphe».
La marche citoyenne organisée dimanche à Paris pour protester contre la politique d’austérité a réuni 30.000 selon la préfecture de police.
«Une ridicule provocation» : Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, a estimé dimanche que ce nombre était «une ridicule provocation d'un ignorant qui ne connaît même pas la contenance des places et rues de Paris» et que Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur était «aux abois»
Un peu plus tôt, Jean-Luc Mélenchon, pour qui «un moment de légende de la gauche vient de s'écrire dans la rue», avait évalué à 180.000 le nombre de manifestants entre Bastille et Nation. Vendredi, il avait déclaré qu'à 100.000 manifestants «ce serait un triomphe»
«Théoricien du chaos» : Invité du «Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI», le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a réagi: «Je sais que Jean-Luc Mélenchon est un théoricien du chaos, l'accusant de "mettre du désordre, mettre de la tension dans notre pays alors que nous devons tous être concentrés (...) vers le seul objectif: redresser le pays, son économie, ses finances publiques, son industrie, son école, et s'attaquer à l'essentiel c'est-à-dire l'emploi», a-t-il répondu.
«Quand on regarde les enquêtes d'opinion ou les élections partielles, est-ce que ça contribue à la popularité, à la crédibilité de Jean-Luc Mélenchon ? Je ne le crois pas», a ajouté le ministre de l'Intérieur.
Interrogé sur une éventuelle entrée de M. Mélenchon au gouvernement, Manuel Valls a déclaré que les socialistes n'avaient «jamais refusé le rassemblement de la gauche et de toutes les forces de progrès». «Mais il y a un élément qui compte dans l'action d'un gouvernement, c'est la cohérence, c'est la solidité (...)», a-t-il ajouté.
- Le Parti de gauche qualifie de «chiffre politique» l'estimation de 30.000 manifestants…
François Delapierre, secrétaire national du Parti de gauche, a qualifié lundi de "chiffre politique" l'estimation de 30.000 manifestants effectuée par la préfecture de police de Paris après le défilé du Front de gauche contre la finance et l'austérité. Pierre Andrieu AFP
François Delapierre, secrétaire national du Parti de gauche, a qualifié lundi de «chiffre politique» l'estimation de 30.000 manifestants effectuée par la préfecture de police de Paris après le défilé du Front de gauche contre la finance et l'austérité.
«Je pense que c'est un chiffre politique qui vient du cabinet du ministre de l'Intérieur», a-t-il déclaré sur France Inter, ajoutant que l'origine de cette estimation «fait partie des enquêtes qu'il faut faire».
Pour le numéro trois du PG, le chiffrage du Front de gauche est plus crédible que celui de la préfecture. «Si je voulais être consensuel, je dirais 180.000, dont 30.000 avec des balais», a-t-il ironisé.
M. Delapierre s'est toutefois étonné qu'un chiffre officiel ait circulé alors que les services de la préfecture disaient «publiquement qu'ils ne comptent pas quand c'est des partis politiques qui appellent». Du reste, a-t-il poursuivi, ces mêmes services «n'ont pas publié de chiffres», aucun communiqué n'ayant été diffusé à sa connaissance.
«Peut-être que M. Valls saurait expliquer pourquoi la préfecture annonce ne pas compter (...) et finit par produire un chiffre», a-t-il conclu sur le sujet. Les praticiens de ce genre d’évènement chiffre à 80 000 le nombre de présents, ce qui est fort honorable…
S'agissant de la manifestation elle-même, il y a vu un événement «sans précédent» sous un gouvernement de gauche, promettant «des répliques» à la fois «pour changer ce pays, pour faire reculer le pouvoir de la finance, pour en finir avec les politiques d'austérité (...) et tout simplement pour reprendre le pouvoir».
Quant à l'hypothèse d'un Jean-Luc Mélenchon appelé à Matignon par le chef de l'Etat, c'est pour François Delapierre, «une solution concrète qui permet, dans le cadre de la majorité parlementaire actuelle, d'arrêter les frais de la politique de Jean-Marc Ayrault».
- Les socialistes dénoncent Mélenchon et sa stratégie du «fracas»
Au PS, on regrette que le leader du Front de gauche «prenne la tête du "Hollande bashing"»...
Plusieurs personnalités du PS ont vivement dénoncé ce dimanche Jean-Luc Mélenchon et sa stratégie du «fracas», à Soustons (Landes), lors de la réunion du Mouvement des Jeunes socialistes (MJS), en l'accusant d'être un diviseur de la gauche.
La stratégie de «fracas» de Jean-Luc Mélenchon «ne rassemble même pas aujourd'hui le Front de gauche (FG)», a asséné le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, quelques heures avant que ne débute à Paris le défilé du FG «contre l'austérité, pour la VIe République». «Au sein même du Front de gauche, il y a un certain nombre de composantes, en particulier le Parti communiste, qui souhaitent continuer à travailler et dialoguer avec le reste de la gauche et qui reprochent à Jean-Luc Mélenchon d'être dans une stratégie uniquement de tensions", a-t-il commenté devant des journalistes.
«Règlement de comptes personnel» : Alors que le coprésident du Parti de gauche a accusé dans le Parisien dimanche François Hollande d'être «l'une des causes de la crise» en ayant fait «le choix de l'austérité», Harlem Désir a jugé qu'on «n'a pas besoin d'une gauche qui se déchire, on a besoin d'une gauche qui se rassemble dans l'action».
Auparavant, le député PS des Landes, Henri Emmanuelli, avait fait valoir que «la division de la gauche (...) ne sera jamais un objectif progressiste». «Remonter la pente (de la crise) sera rude et demandera bien davantage que des manifestations de rue», avait ajouté le député, membre de l'aile gauche du PS.
«On a le sentiment à travers cette interview (au Parisien) qu'il est passé d'une approche politique à une sorte de règlement de comptes personnel», a commenté Alain Vidalies, ministre chargé des Relations avec le Parlement, déplorant qu'un responsable comme Jean-Luc Mélenchon «prenne la tête du "Hollande bashing". Il mérite mieux».
La stratégie de "fracas" de Jean-Luc Mélenchon "ne rassemble même pas aujourd'hui" le Front de gauche (FG), a estimé dimanche le Premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, lors de la réunion des jeunes socialistes à Soustons (Landes). «Au sein même du Front de gauche, il y a un certain nombre de composantes, en particulier le Parti communiste (pour des raison d’alliance aux élections municipales), qui souhaitent continuer à travailler et dialoguer avec le reste de la gauche et qui reprochent à Jean-Luc Mélenchon d'être dans une stratégie uniquement de tensions», a commenté devant la presse Harlem Désir.
«La gauche n'a pas besoin de vociférations»
«Je crois que la gauche n'a pas besoin de vociférations, elle a besoin d'actions en commun», a poursuivi le responsable socialiste. «Il y a une diversité à gauche, il y a un débat, c'est normal, mais on n'a pas besoin d'un fracas, on n'a pas besoin d'une gauche qui se déchire, on a besoin d'une gauche qui se rassemble dans l'action», a-t-il insisté.
«Nous avons besoin d'une gauche qui se rassemble et non pas qui se divise. J'appelle toute la gauche, y compris Jean-Luc Mélenchon, à s'inscrire dans l'action pour changer la société dans le sens de la justice sociale», a encore lancé Harlem Désir.
Le premier secrétaire s'exprimait à Soustons où il venait de prendre la parole devant quelques centaines de militants socialistes réunis pendant le week-end par le Mouvement des Jeunes Socialistes, à la veille de l'anniversaire de la première année au pouvoir de François Hollande.
MCD avec l’APL

lundi 27 mai 2013

Les Ecologistes lucides, clairs et exigents...



-Les écologistes durcissent le ton contre le gouvernement et demandent «un changement de cap»
- Pascal Durand, secrétaire national d'EELV, livre un discours lors d'un congrès du parti écologiste, le 18 septembre 2012 (photo de Jean-Sebastien Evrard)
-- Dans un texte approuvé par les deux ministres écologistes, EELV appelle à «sortir des politiques d'austérité»...
- Le ton s'est durci samedi chez les écologistes, critiques vis-à-vis d'un gouvernement auquel ils participent mais qu'ils n'entendent pas quitter pour l'instant, préférant «faire bouger les lignes» de l'intérieur. «On dit les mêmes choses mais on les dit de manière un peu plus forte», explique en souriant Pascal Durand, secrétaire national d'Europe-Ecologie-Les Verts.
-Dans une interview à Libération samedi, il a fustigé «l'absence d'imagination» du gouvernement «incapable de penser le monde moderne». L'après-midi, lors d'un conseil fédéral, son parti a voté à une large majorité une motion de synthèse réclamant au gouvernement «un changement de cap». Il «s'impose», selon ce texte invitant à «sortir des politiques d'austérité, engager une politique écologique, sociale, économique et démocratique».
-- «La solidarité, ce n'est pas la soumission»
La motion, approuvée par les deux ministres écologistes présents, Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Développement), souligne notamment «l'inquiétude» des écologistes face à «l'orientation économique du gouvernement et son refus d'écouter toutes les composantes de sa majorité».
- Pascal Durand s'est déclaré agréablement «surpris de voir à quel point le mouvement a envie de porter une doctrine commune (...) Il y a union dans le parti sur le fait que nous devons peser sur le gouvernement» pour un changement d'orientation. «On a le droit d'être dedans et de critiquer», a justifié le numéro un des écologistes pour qui «la solidarité, ce n'est pas la soumission». L'eurodéputé Yannick Jadot a considéré que son parti passait ainsi à «une logique de proposition».
- «C'est une très bonne chose que les écologistes et qu'Europe-Ecologie-Les Verts, parti membre de la majorité, s'expriment sur le cap politique du gouvernement», a déclaré à la tribune Cécile Duflot la ministre du Logement. «J'ai lu la motion avec intérêt, j'en partage quasiment la totalité des mots, je pense que c'est essentiel de faire revivre le débat politique au sein de la majorité», a-t-elle ajouté estimant que «nous avons besoin de redonner l'envie de politique».
-- «Faire bouger les lignes»
«Le parti joue son rôle», a surenchéri Pascal Canfin pour qui il n'y a «rien de nouveau» dans la démarche des écologistes. Participer et «dire quand ça ne nous convient pas», «c'est ce que nous avons toujours défendu, il y a une cohérence», a souligné le ministre.
- «C'est un truc de la Ve République de dire que lorsque tu as signé avec le chef, tu dois être d'accord avec le chef. Nous, nous sommes plus dans une idée de coalition», a jugé de son côté une cadre du parti. Pour Pascal Durand, les écologistes sur certains sujets ont réussi à «faire bouger les lignes».
-Loin de vouloir en sortir, certains chez EELV imaginent même avoir davantage de poids dans un prochain gouvernement. Le chef de file des sénateurs écologistes, Jean-Vincent Placé, verrait bien ainsi Cécile Duflot à la tête «d'un ministère de l'Ecologie et de l'énergie».
-- «Où ce gouvernement veut mettre le curseur de la transformation écologique?»
-Dans Libération, Pascal Durand juge que la ministre de l'Ecologie Delphine Batho (PS) laisse trop Arnaud Montebourg (Redressement productif) dire «n'importe quoi» sur ses sujets. Le gouvernement est-il assez écologiste? «Je voudrais savoir où ce gouvernement veut mettre le curseur de la transformation écologique, économique et sociale», s'interroge Pascal Durand.
- Si, comme le dit Jean-Vincent Placé, les écologistes «continuent l'expérience gouvernementale» en étant un «allié exigeant avec la parole libre», plusieurs échéances se profilent auxquelles ils devront répondre.
- Lors des journées d'été fin août, le bilan d'EELV au sein du gouvernement sera abordé mais la «ligne rouge» qui se profile est le débat sur la transition énergétique de cet automne, ainsi que le prochain projet de loi de finances et la question d'une fiscalité écologique. C'est aussi à l'automne que les écologistes tiendront leur congrès. A l'approche des élections municipales et européennes de 2014, la question de leur participation au gouvernement ne manquera pas de leur être de nouveau posée.
--  «Les socialistes devraient écouter un peu moins le Medef»
- Pascal Durand, secrétaire national d'Europe-Ecologie Les Verts, le 18 septembre 2012 à Nantes. (Photo Jean-Sebastien Evrard.)
-- Interview Pascal Durand, patron d’Europe Ecologie-les Verts, regrette le conservatisme du gouvernement :
- Alors que le conseil fédéral d’Europe-Ecologie-les Verts se réunit ce samedi, son secrétaire national, Pascal Durand, fait le bilan de la participation des écologistes au gouvernement Ayrault, dont il regrette le «conservatisme» et «l’absence d’imagination».
-- Comment expliquer ce paradoxe qui dure : les écologistes n’ont jamais été aussi présents dans les institutions, or on parle très peu d’écologie ?
- Je ne suis pas d’accord… L’écologie s’impose dans la réalité économique et sociale du pays. Le grand public intègre désormais sa problématique comme un impératif de notre société moderne.
-- Sauf au gouvernement…
C’est le paradoxe : la nécessité d’intégrer l’écologie aux choix économiques progresse dans la société civile or, à l’exception de quelques domaines - comme le logement -, les enjeux écologiques sont niés dans les actes du gouvernement. A l’exception de ministres «réactionnaires» et «conservateurs» comme Arnaud Montebourg, Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve, certains sont - au mieux - dans du déclaratif, du moins dans une neutralité inefficace.
-- Pourquoi ce décalage ?
- A cause de la coalition des conservatismes et l’absence d’imagination d’un gouvernement incapable de penser le monde moderne. Tous restent attachés à de vieilles solutions inefficaces pour redresser la France et l’Europe. Les socialistes devraient écouter un peu moins les tenants du conservatisme, Medef en tête, et davantage les écologistes. A chaque mesure novatrice en termes énergétiques, la réponse est toujours la même : «Ah non, ça, ce n’est pas possible, c’est socialement inacceptable.» Mais donnons-nous les moyens pour que ce le soit !
-- La ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, fait-elle aussi partie de ces ministres «conservateurs» ?
- Non. Mais il est intolérable qu’elle laisse le ministre du Redressement productif [Arnaud Montebourg, ndlr], qui n’a pas à s’occuper de transition énergétique, s’exprimer impunément depuis des mois, en racontant n’importe quoi - notamment sur les gaz de schiste - au mépris des commissions dont elle a la charge ! Delphine Batho doit monter au créneau. Défendre son ministère et son périmètre. Faire en sorte que l’écologie soit respectée et portée au sein de ce gouvernement. A ce stade, c’est totalement insuffisant. Aujourd’hui, le ministre de l’Energie s’appelle Arnaud Montebourg…
-- Votre participation au gouvernement est-elle encore utile ?
- Bien sûr ! Nous pesons. De l’intérieur. Si nous n’avions pas fait du débat sur l’énergie une condition de notre participation, il n’aurait jamais eu lieu. Hollande aurait cédé aux lobbys. Sans nous, la fiscalité écologique aurait été enterrée par Bercy. Engagement a été pris pour 2014. Sans nous, pas de plan d’isolation du bâti, pas d’avancées sur la loi bancaire, de reconnaissance des lanceurs d’alerte… Le bilan est positif.
-- Mais, sur la transition énergétique et la fiscalité écologique, c’est tout de même timide…
- Est-ce que ces débats existeraient si nous n’étions pas au gouvernement ? Lorsqu’on voit le poids des lobbys, la faiblesse de la ministre de l’Ecologie et les réticences de Hollande sur le nucléaire, je ne pense pas. Les associations écologistes se disent tout de même déçues, et les ONG demandent au gouvernement de respecter ses engagements. Nous aussi. Nous n’avons pas oublié le discours de François Hollande en ouverture de la conférence environnementale. Il ne doit pas devenir le président de la parole et de l’inaction.
-- A continuer de le soutenir, ne craignez-vous pas que vos électeurs soient tentés par Mélenchon ?
-Non. Le Front de gauche s’est mis dans une impasse en ne participant pas activement à la majorité. Notre électorat n’accepterait pas que l’on devienne de simples spectateurs. Nous avons le sens des responsabilités. A quelle échelle de temps Jean-Luc Mélenchon entend-il, lui, peser sur le gouvernement ?
-- Cela vous a-t-il agacé qu’Eva Joly aille manifester avec eux ?
-En marge du mouvement écologiste, il y a toujours des personnes qui considèrent leur parole plus importante que les décisions collectives. Eva Joly a souffert de ce manque de discipline au moment de la présidentielle. Qu’elle s’en souvienne… Le choix de ne pas participer à cette manifestation du 5 mai était une décision collective prise dans une réunion à laquelle Eva était conviée mais n’a pas participé.
-- Les européennes sont dans un an : ne risquez-vous pas d’être sur la défensive ce coup-ci ?
- Sans Daniel Cohn-Bendit, la campagne ne sera pas identique à celle de 2009. Mais, sur le fond, nous serons, comme en 2009, les seuls à être transnationaux, proeuropéens et profondément fédéralistes. Ceux qui porteront à la fois la défense de l’Europe politique mais aussi des solutions différentes. Avec ses propres paradis fiscaux et cette concurrence à outrance, l’Europe fait fausse route. Prenons l’exemple du grand marché transatlantique qui s’annonce : c’est un projet inacceptable. Un basculement ultime. Les entreprises vont imposer aux Etats, à travers des normes économiques et commerciales, leurs propres règles au détriment de la démocratie. Tous les libéraux, y compris au centre, veulent cela. Pas nous. La cause de nos problèmes, ce n’est pas l’Europe, c’est la politique libérale.
LILIAN ALEMAGNA

lundi 13 mai 2013

Les extrèmes politiques...



Les extrêmes politiques : (dis)qualifications, (dis)positions, transferts
Publié le vendredi 03 mai 2013 par Elsa Zotian
Le colloque « Les extrêmes politiques : (dis)qualifications, (dis)positions, transferts », ouvert à des travaux de recherche récents inscrits dans différentes traditions théoriques et dans différentes disciplines (sociologie, science politique, histoire sociale, etc), souhaite contribuer, à la suite du livre dirigé par A. Collovald et B. Gaïti.
La Démocratie aux extrêmes, au renouvellement de la compréhension des engagements politiques, des discours, des pratiques, classés communément dans une forme d’« extrémisme ». Ce colloque, organisé les 03 et 04 octobre 2013 par le CURAPP (UMR 7319), entend notamment questionner les conditions sociales et historiques d’une assignation identitaire réussie.
Annonce
Argumentaire
Dans l’introduction d’un ouvrage collectif publié sous leur direction en 2006 et issu d’une table ronde de l’Association française de science politique en 2002, Annie Collovald et Brigitte Gaïti constataient : « “Fanatisme”, “choc des civilisations”, “montée irrésistible du racisme” et de “l’autoritarisme populaire” : autant de constats alarmistes devant ce qui semble aujourd’hui menacer les normes, les idéaux et les principes de toute démocratie. Le recours à la violence physique (entrée dans la lutte armée, terrorisme, prise d’otages) et plus largement le refus des arrangements et des compromis qui soutenaient les règles d’une politique pacifiée mettraient directement à l’épreuve l’ordre démocratique établi ; ces phénomènes trouveraient leur localisation politique dans toutes les formes d’extrémisme (extrême droite, extrême gauche, islamisme, nationalisme, indépendantisme) et leur localisation sociale dans des groupes renvoyés aux lisières du monde démocratique ; les jeunes immigrés des banlieues ou les musulmans des pays arabes, les chômeurs ou les sans papiers d’aujourd’hui remplaçant en quelque sorte les ouvriers ou les paysans d’hier. » (Collovald et Gaïti, 2006)
On pourrait rajouter, pour compléter cet aperçu synthétique des manières habituelles de penser les phénomènes dits « extrémistes », la diffusion étendue parmi les commentateurs politiques et au-delà, de l’hypothèse d’une gémellité entre les extrêmes (en particulier entre les groupes classés à « l’extrême-gauche » et ceux classés à « l’extrême-droite ») qui relèveraient en fait d’un même « totalitarisme » (Christofferson, 2009). On ne peut en tout cas que constater, six ans après la publication du livre, le caractère toujours diffus dans le monde politique et intellectuel, des analyses se bornant à expliquer « l’extrémisme » en général à la personnalité frustrée, autoritaire, violente, manichéenne (Ory, 2012 : 11-14). Le colloque « Les extrêmes politiques : (dis)qualifications, (dis)positions, transferts », ouvert à des travaux de recherche récents inscrits dans différentes traditions théoriques et dans différentes disciplines (sociologie, science politique, histoire sociale, etc…), entend donc contribuer, à la suite du livre dirigé par A. Collovald et B. Gaïti, au renouvellement de la compréhension des engagements politiques, des discours, des pratiques, classés communément dans une forme d’« extrémisme ».
Privilégiant des observations ethnographiques, plusieurs travaux ont tenté de saisir, au-delà des idéologies développées par les porte-parole de ces groupes, les visions du monde qui participent à l’engagement militant, que l’on pense aux émotions que produisent les actions des blacks blocs (Dupuis-Déri, 2007), aux pratiques des militants du FN (Bizeul, 2003), aux modes de recrutement du PCF (Pennetier et Pudal, 2002), de maintien et de façonnement des militants (Siblot, 2002 ; Ethuin,  2003 ; Studer, 2003), participant ainsi à décloisonner la sociologie de l’engagement militant (Sawicki, Siméant, 2009) en essayant de saisir la manière dont se forme leur habitus. Faire le lien avec d’autres espaces sociaux comme la musique (Roueff, 2001 ; Humeau, 2011), les champs littéraire ou intellectuel (Sapiro, 1999 ; Matonti, 2005), le sport, l’école, le travail ou la famille, en repositionnant les agents dans leur « totalité culturelle » permet de déplacer le regard et réinterroger le rapport au politique. Comment l’engagement des militants légitime et actualise des dispositions sociales et politiques acquises en-dehors du monde politique ? En quoi les pratiques, le langage, les modes de sociabilité, la division du travail militant recoupent des catégories de pensée que le groupe participe à la fois à reproduire socialement et à légitimer ?     
Prenant le contre-pied des approches essentialistes et normatives qui imputent aux phénomènes qualifiés de « radicaux » ou « extrémistes » des traits propres et distinctifs (une « nature » violente par exemple) en même temps qu’elles prêtent à certains groupes sociaux des attitudes foncièrement non-démocratiques et autoritaires, Annie Collovald et Brigitte Gaïti proposaient dans leur livre un programme de recherche d’inspiration interactionniste et constructiviste s’attachant à dégager les processus (réversibles) de radicalisation des situations et des règles du jeu, des groupes et des hommes – basculements eux-mêmes indexés sur plusieurs types de temporalité (la temporalité selon laquelle se transforment les manières de penser et de faire n’est pas la même que la temporalité selon laquelle se modifient « les cadres d’interprétation et de signification accolés à ces pratiques ou à ces représentations »). De la tradition théorique mobilisée par elles découle ainsi un intérêt tout particulier pour « le travail d’étiquetage et ses effets de construction d’une réalité qu’il entend qualifier » (Collovald et Gaïti, 2006 : 12). La politique – « activité consistant à faire des choses avec des mots » (Cohen et al., 2009 : 15) – est en effet traversée de catégories et représentations (socialement et historiquement situées) présentant un caractère « performatif » en ce qu’elles constituent la réalité politique. Aussi le colloque s’ouvrira-t-il aux contributions s’intéressant plus spécifiquement aux mécanismes de production d’un « Autre » violent, dangereux et menaçant, de disqualification de groupes politiques comme extérieurs au jeu démocratique pacifié, de constitution d’un « ennemi intérieur », et/ou aux dispositifs (ou autres) visant à juguler ces menaces (Collovald, 2001 ; Rigouste, 2009 ; Biard et al., 2012). L’approche constructiviste trouve néanmoins ses limites si elle se borne à présupposer l’efficacité des stigmates. Le colloque entend à ce propos questionner les conditions sociales et historiques d’une assignation identitaire réussie. En cela, seront bienvenues les contributions qui prennent en compte les trajectoires et ressources sociales des individus ou collectifs et engagent une analyse de la structure et de la dynamique des espaces sociaux dans lesquels les individus ou groupes évoluent (Kestel, 2012).
Le cas des artistes et écrivains se réclamant de « l’avant-garde » a mis en lumière des phénomènes de surenchère à la « radicalité » (Boschetti, 2010). On trouve des phénomènes analogues dans des univers plus politiques, comme l’a montré l’étude consacrée par Philippe Gottraux au groupe militant Socialisme ou Barbarie (actif en France dans les années 1950-1960), le conduisant d’ailleurs à forger la notion de « champ politique radical » (Gottraux, 1997). Quels univers sociaux sont en mesure de convertir des traits « extrémistes » en valeur ? Comment ont-ils émergés ? Comment fonctionnent-ils ? Sous quelles conditions sociales et historiques les phénomènes de surenchère dans la radicalité sont-ils susceptibles de travailler plus largement l’ensemble du champ politique et/ou du champ de production idéologique ? Poser comme objet d’étude les dynamiques de radicalisation, de « poussée aux extrêmes », invite également, dans le cas surtout de l’étude de mouvements ou groupes circonscrits, à cerner les apports et limites de la psychosociologie des « groupes » (Janis, 1972). La réflexion sur ces groupes classés aux « extrêmes » du champ politique, autrement dit dans ses marges, implique de s’interroger plus globalement sur les relations qu’ils entretiennent avec « l’establishment », sur la manière dont ils participent à la construction du champ politique (Dulong, 2010) et à ses mécanismes de clôture.    
Outre ces quelques pistes de réflexion, le colloque pourra s’ouvrir aux contributions abordant les transferts internationaux des pratiques ou théories « extrémistes », ou aux retraductions opérées dans le cadre de ces transferts dans des contextes nationaux ou locaux différents. Pourront aussi être retenues des contributions abordant les usages des productions symboliques désignées généralement comme « théories » ou, dans une acception nettement plus péjorative, comme « idéologies », dans la vie des groupes ou courants « extrémistes » (Belorgey, 2011) ; celles également se proposant de questionner plus spécifiquement l’intérêt et les limites des différentes méthodologies ou concepts employés pour rendre raison d’engagements extrémistes :  comment étudier des engagements qui apparaissent au chercheur ou à la communauté scientifique dans son ensemble comme « répugnants » (Nikolski, 2011 ; Avanza, 2008) ? Quels sont les apports et limites des approches ethnographiques, statistiques, historiques, de l’étude des « extrémismes » ? Quelle est la pertinence heuristique des comparaisons entre différents phénomènes reliés uniquement par leur stigmatisation comme relevant d’un « extrémisme » ?
Bibliographie indicative
- Martina Avanza, 2008. « Comment faire de l’ethnographie quand on n’aime pas ses "indigènes" ? Une enquête au sein d’un mouvement xénophobe », in Didier Fassin et Alban Bensa, Les politiques de l’enquête, Paris,la Découverte.
- Nicolas Belorgey et al. 2011. Dossier « Théories en milieu militant », Sociétés contemporaines, n°81.
- Michel Biard, Bernard Gainot, Paul Pasteur et Pierre Serna, 2012. “Extrêmes” ? Identité partisane et stigmatisation des gauches en Europe (XVIIIe-XXe siècle), Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
- Daniel Bizeul, 2003. Avec ceux du FN. Une sociologie au Front national, Paris,La Découverte.
- Anna Boschetti, 2010. « Avant-garde », in Olivier Christin (dir.), Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, Paris, Métailié, pp. 65-82.
- Annie Collovald, 2001. « Des désordres sociaux à la violence urbaine », Actes de la recherche en sciences sociales, n°136-137, pp. 104-113.
- Annie Collovald et Brigitte Gaïti, 2006. La Démocratie aux extrêmes. Sur la radicalisation politique, Paris,La Dispute.
- Antonin Cohen, Bernard Lacroix, Philippe Riutort, 2009. Nouveau manuel de science  politique, Paris,La Découverte.
- Michael S. Christofferson, 2009. Les Intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981), Marseille, Agone.
- Delphine Dulong, 2010. La construction du champ politique, Rennes, PUR.
- Francis Dupuis-Déri, Les black blocs. La liberté et l’égalité se manifestent, Québec, Lux, 2007 (2003).
- Nathalie Ethuin, 2003. « De l’idéologisation de l’engagement communiste. Fragments d’une enquête sur les écoles du PCF (1970-1990) », Politix, vol. 16, n°63, pp. 145-168.
- Philippe Gottraux, 1997. “Socialisme ou Barbarie”, Un engagement politique et intellectuel dans la France de l’après-guerre, Lausanne, Payot.
- Pierig Humeau, 2011. Sociologie de l’espace punk « indépendant » français : Apprentissages, trajectoires et vieillissement politico-artistique, Thèse de doctorat de sociologie, (dir. B. Geay) UPJV.
- Irvin L. Janis, 1972. Victims of Groupthink, A Psychological Study of Foreign Policy Decisions and Fiascoes, Boston, Houghton Mifflin Company.
- Laurent Kestel, 2012. La Conversion politique. Doriot, le PPF et la question du fascisme français, Paris, Raisons d’agir.
- Frédérique Matonti, 2005. Intellectuels communistes, Essai sur l’obéissance politique. La Nouvelle critique (1967-1980), Paris,La Découverte.
- Vera Nikolski, 2011. « La valeur heuristique de l’empathie dans l’étude des engagements “répugnants” », Genèses, n°84, pp. 113-126.
- Pascal Ory, 2012. Préface à Christophe Bourseiller, L’extrémisme. Une grande peur contemporaine, Paris, Éditions du CNRS, pp. 11-14.
- Claude Pennetier et Bernard Pudal, Autobiographie , Autocritiques, aveux dans le monde communiste, Paris, Belin, 2002.
- Mathieu Rigouste, 2009. L’ennemi intérieur, La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Paris,La Découverte.
- Olivier Roueff, 2001. « Bohème militante, radicalité musicale : un "air de famille". La sensibilité des musiques improvisées au militantisme radical », Sociétés et représentations, n°11, pp. 407-432.
- Gisèle Sapiro, 1999. La Guerre des écrivains, 1940-1953, Paris, Fayard.
- Frédéric Sawicki, Johanna Siméant, 2009. « Décloisonner la sociologie de l’engagement militant. Note critique sur quelques tendances récentes des travaux français », Sociologie du travail, 51 (1), pp. 97-125.
- Yasmine Siblot, 2002. « Ouvriérisme et posture scolaire au PCF. La constitution des écoles élémentaires (1925-1936) », Politix, vol. 15, n°58, pp. 167-188.
- Brigitte Studer, 2003. « L’être perfectible. La formation du cadre stalinien par le "travail sur soi" », Genèses, 51, pp. 92-113.
Conférenciers invités
Annie Collovald,
Bertrand Geay,
Laurent Willemez.