samedi 3 mai 2014

Notre Histoire.

L’HISTOIRE DU 1er MAI, JOURNEE INTERNATIONALE DE CÉLÉBRATION DES LUTTES DES TRAVAILLEURS  
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Le XIXe siècle voit la naissance de la classe ouvrière.
La prolétarisation du travail se développe au fur et à mesure que la mécanisation industriel vient remplacer les anciennes formes de production.
Les employeurs sont les maîtres absolus des entreprises et les conditions de travail sont misérables.
Les journées de travail comportent souvent 15 a 16 heures par jour sans repos hebdomadaire et encore moins annuel.
Des enfants de 6 ans travaillent souvent dans les usines et les mines, des femmes sont employées au fond de la mine et à des travaux pénibles et insalubres. Les ouvriers n’ont pas le droit de s’organiser.
Le "droit de coalition" est seulement reconnu en 1824 en Grande-Bretagne, en 1864 en France (mais il faudra attendre 1884 pour le syndicalisme), en 1869 en Allemagne.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’à la première guerre mondiale, la population industrielle continue de croître constamment.
Entre 1895 et 1914, le nombre d’ouvriers passe de 5 à 7 millions aux Etats-Unis, de 8 à 12.500.000 en Grande-Bretagne, de 3 à 4.500.000 en Russie. En France, la population ouvrière était en 1866 de 5.575.000 hommes et 3.385.000 femmes.
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1831 : la Révolte des Canuts
La révolte des Canuts, à Lyon, en Novembre 1831, fut la première insurrection sociale caractérisée, au début de l’ère de la grande industrie.
Elle a pour origine la baisse des salaires depuis les meilleures années de l’Empire.
Les Canuts (ouvriers de la soie) veulent profiter de la reprise de la vente des soieries, après 1830, pour obtenir la fixation d’un tarif minimal pour le prix des façons. Une délégation de patrons et d’ouvriers, réunie sur la proposition du préfet le 25 Octobre, établit un tarif et confie au Conseil des Prud’hommes la charge d’en surveiller l’application.
Mais l’intervention du préfet a été mal vue par un certain nombre de fabricants, qui tiennent son attitude pour démagogique, et les concessions de leurs représentants pour des marques de faiblesse : 104 d’entre eux refusent d’appliquer le tarif, qu’ils dénoncent comme entrave à la liberté des marchés et rejettent comme exorbitantes les prétentions des Canuts, en matière de salaire (10 Novembre 1831).
De là, découlent les colères ouvrières et l’insurrection du 21 au 24 Novembre.
La monarchie française envoie 20.000 hommes de troupe et 150 canons pour réprimer "l’émeute".
C’est à cette époque que le ministre français Casimir Perrier déclarait : "Il faut que les ouvriers sachent bien qu’il n’y a pas de remède pour eux que la patience et la résignation  !".
1834 : seconde insurrection des canuts
Ils occupent les hauteurs de Lyon et feront face pendant 6 jours a 12.000 soldats.
En 1840 : grèves
D’importantes grèves corporatives se déroulent en France.
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1848 : les "trois huit"
A partir de 1848, les dirigeants ouvriers axent leurs revendications sur la journée de 8 heures, comprise dans une perspective d’éducation ouvrière : huit heures de travail, huit heures de repos et huit heures pour s’instruire et cultiver son corps.
1848, c’est aussi l’année de la publication du "Manifeste communiste" de Karl Marx.
Le 22 février 1848 manifestation monstre à Paris, chute de la monarchie et naissance de la IIe République.
Le 23 juin 1848 sur 120.000 ouvriers licenciés par les Ateliers nationaux, 20.000 descendent dans la rue. Ils forment jusqu’à 400 barricades.
La Commission exécutive charge le général Louis Eugène Cavaignac de la répression. Celle-ci est terrible, à la mesure de l’effroi qu’éprouvent les bourgeois de l’Assemblée.
En trois jours de combat, du 23 au 26 juin, on relève 4.000 morts parmi les insurgés et 1.600 parmi les forces de l’ordre. Le gouvernement républicain arrête 25.000 personnes et 15.000 déportés et emprisonnes sans jugement.
Troisième insurrection des canuts.
1864 : Premiere Internationale
En 1864, est crée la Première Internationale Ouvrière et dans les pays industriels, malgré des difficultés énormes, le syndicalisme commence a s’organiser.
1868 : les huit heures aux Etats-Unis
Le gouvernement américain accorde, en 1868, la journée de huit heures à tous les journaliers, ouvriers, artisans, employés par l’administration fédérale. Mais la loi n’est pas appliquée. Aussi, en 1881, la Fédération américaine du Travail (A.F.L.) décide de passer a l’action.
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1871 : la Commune
Le 18 mars 1871, à la suite de la guerre franco-allemande de 1870, une révolte populaire éclate à Paris. La Commune de Paris est crée.
Elle sera écrasée quelques semaines plus tard par l’alliance des bourgeoisies française et allemande avec Thiers et Bismarck.
25.000 travailleurs parisiens seront massacrés par les forces de répression, les cadavres seront brûlés, 38.500 arrestations seront opérées, 13.700 seront condamnés à des peines allant jusqu’à 90 années de prison, 3.000 mourront dans les pontons, la prison, le bagne et l’exil.
1873-1895 : des grèves violentes
En 1873, en Angleterre et surtout en 1899 à Londres ou les dockers arrêtent tout travail.
En Allemagne, grèves et manifestations des travailleurs de la Ruhr.
1884 : congrès de l’American Federation of Labor
Au cours de leur congrès de 1884, les syndicats étasuniens se donnent deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures.
Ils choisissent de débuter leur action le 1er mai parce que beaucoup d’entreprises américaines entament ce jour-là leur année comptable.
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1886 : la grève de Chicago
En 1886, le Congres National du Travail, aux Etats-Unis, marque la volonté d’obtenir le résultat de : 8 heures de travail, 8 heures de repos, 8 heures d’éducation.
Le 1er mai 1886, la pression syndicale permet à environ 200.000 travailleurs d’obtenir la journée de huit heures.
D’autres travailleurs, moins chanceux, entament une grève. Ils sont environ 340.000 dans tout le pays.
Le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago.
Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers.
C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.
Trois syndicalistes anarchistes sont jugés et condamnés à la prison à perpétuité. Cinq autres sont pendus le 11 novembre 1886 malgré des preuves incertaines.
Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l’un des condamnés, Augustin Spies : "Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui".
En France, le sang coule à Decazeville.
En 1886 également, en Belgique revoltes populaires et fusillades à Roux et publication du "Catéchisme du Peuple" d’Alfred Defuisseaux, etc...
1889 : le congrès de la IIe Internationale
C’est à Paris l’année même du premier centenaire de la Révolution française que blanquistes et guesdistes tiennent au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies parisiennes, le deuxième congrès de l’Internationale socialiste. Ce congrès décide qu’il sera "organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès. Attendu qu’une semblable manifestation a été déjà décidée pour le 1er mai 1890 par l’Afl, dans son congrès de décembre 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation."
1891 : Fourmies
Dans une petite ville du nord de la France, une manifestation pacifique se rend en cortège à la mairie. La troupe, équipée des tout nouveaux fusils Lebel et Chassepot d’une portée de tir supérieure à deux kilomètres, tire à bout portant sur la foule. Parmi les morts, huit victimes ont moins de vingt et un ans, dont la jeune ouvrière Marie Blondeau et un jeune conscrit du nom d’Edouard Giloteaux. Habillée de blanc et les bras couverts de fleurs, Marie Blondeau restera longtemps dans l’imagerie populaire comme une sorte de Vierge profane. Avec ce nouveau drame, le 1er mai s’enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens.
Quelques mois plus tard, à Bruxelles, l’Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif et international du 1er mai.
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1892 : création de l’Inspection du Travail
Le 22 mars 1841, après l’enquête du docteur Villermé, la première loi limitant le travail des enfants employés dans les manufactures est adoptée. Elle est à l’origine en 1892 de la création d’un corps d’inspecteurs du travail pour contrôler l’application de la réglementation naissante du travail. A partir de 1892-1893 donc, la législation du travail se développe (Code du travail 1900-1912) et l’inspection du travail est chargée de contrôler l’application des premiers règlements relatifs à l’hygiène et la sécurité du travail.
1893 : loi sur l’assistance médicale gratuite
Il faut attendre la loi de novembre 1892 pour que la journée de travail soit fixée à 12 heures pour les hommes et 10 pour les enfants. Dans de telles conditions les caisses de secours mutuels sont indispensables à la survie ouvrière. Elles défendent pied à pied leur autonomie et obligent le législateur à enfin se pencher sur la protection sociale. En 1893 une première loi sur l’assistance médicale gratuite est votée. Elle s’applique aux indigents quelle que soit leur catégorie socio-professionnelle. Dans la foulée de ce premier acquis, suivent les premiers régimes d’assurances sociales : dans les mines en 1894, aux chemins de fer en 1909.
1898 : loi sur les accidents du travail
En 1898 une nouvelle loi précise l’aide de l’État aux sociétés de secours mutuels. Le 9 avril de la même année le Parlement adopte un texte sur les accidents du travail. Pour la première fois l’employeur est responsabilisé. Il doit payer les frais médicaux à l’ouvrier blessé et en cas d’invalidité, il doit verser une indemnité allant de 33 à 50% du salaire.
1910 : loi sur les retraites ouvrières et paysannes
Enfin il faut attendre avril 1910 pour voir apparaître une loi sur les retraites ouvrières, la loi sur les "retraites ouvrières et paysannes", qui ouvre la possibilité d’une pension à partir de 65 ans pour ceux et celles dont les revenus sont inférieurs à 3 000 francs par an, me ne permet pas un véritable élargissement du droit à la retraite.
1919 : le traité de Versailles
La fin de la Première Guerre mondiale va sonner en deux temps l’avènement de la journée de huit heures. D’abord la loi du 23 avril sur les huit heures est publiée au Journal officiel de la République française le 25avril. Ensuite, le 22 juin est signé (pour la France par Georges Clemenceau, par le président Wilson pour les Etats-Unis et par Llyod George pour la Grande- Bretagne) le traité de Versailles qui fixe dans son article 247 "l’adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n’a pas encore été obtenue". La fin de la guerre est aussi l’occasion de mettre en place la Sdn (Société des nations) ainsi que l’Organisation internationale du travail (OIT). Si la Sdn a été remplacée, depuis, par l’Onu, l’Oit, elle, a survécu au second conflit mondial. Dès lors les manifestations du 1er Mai porteront d’autres revendications que la journée de huit heures tout en poursuivant ce grand rêve prolétarien de l’époque : la société libérée du travail contraint. En attendant que le droit à la paresse revendiqué par le gendre de Karl Marx soit établi, le mouvement ouvrier va partir à la conquête des congés payés. A Paris, les manifestants se heurtent à la police et deux ouvriers sont tues.
1920 : en Russie
En 1920, la Russie communiste décide que le 1er mai sera désormais chômé et deviendra la fête légale du travail. Son exemple est suivi dans la plupart des autres pays sous la poussée des syndicats d’obédience communiste.
1926 : la revendication des congés payés
C’est sans aucun doute à l’occasion du congrès que tient la Cgt en 1926 (une partie de ses membres est allée fonder la Cgt- Unitaire) qu’apparaît pour la première fois la revendication des congés payés pour tous les salariés (certaines professions les ont déjà obtenus). C’est également en 1926 que la Cgt prend position en faveur des assurances sociales. Une question qui n’avait rien de consensuel puisqu’à l’époque des syndicalistes étaient contre toute cotisation payée par les salariés.
1929 : la montée des périls en Allemagne
Dans l’histoire sociale et politique allemande ce 1er Mai 1929 restera marqué d’une pierre noire. Les manifestations sont interdites à Berlin par le préfet Zoot Giebel. Les manifestants passent outre l’interdiction. La répression sera sanglante. Elle fera trente-trois morts et deux cents blessés. La division entre les communistes et socialistes est à son comble.
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1936 : le 1er Mai du Front populaire
Dans l’histoire du 1er Mai l’année 1936 est certainement une des plus importantes. Plusieurs événements vont la marquer. D’abord dès le mois de mars se tient du 2 au 6 mars le congrès au cours duquel la Cgt se réunifie. Ensuite la manifestation du 1er Mai tombe deux jours avant les élections législatives qui vont porter au pouvoir les forces politiques du Front populaire. Enfin après un mouvement de grève mémorable sont signés en juin les accords de Matignon qui légalisent la semaine de quarante heures, les congés payés ainsi que les conventions collectives. L’année suivante le 1er Mai 1937 aura lieu sans doute la plus grande manifestation jamais organisée en France.
1941 : la fête du Travail
Le 24 avril 1941, pendant l’occupation allemande, le 1er mai est officiellement désigné comme la Fête du Travail et de la Concorde sociale et devient chômé, à l’initiative de René Belin. Cet ancien dirigeant de l’aile anticommuniste de la CGT (Confédération Générale du Travail) était devenu secrétaire d’État au Travail dans le gouvernement du maréchal Pétain. La radio ne manque pas de souligner que le 1er mai coïncide aussi avec la fête du saint patron du Maréchal, Saint Philippe (aujourd’hui, ce dernier est fêté le 3 mai) !
1947 : journée chômée
En avril 1947, sur proposition du député socialiste Daniel Mayer et avec l’accord du ministre du Travail, le communiste Ambroise Croizat, le 1er Mai devient dans toutes les entreprises publiques et privées un jour chômé et payé. Cependant le 1er Mai ne sera pas assimilé à une fête légale.
1950 : création du SMIG
C’est la Charte du travail promulguée le 4 octobre 1941 qui a ouvert la voie. Il y est parlé d’un salaire minimum vital et cette notion a nécessairement un caractère universel : le minimum vital est le même, pour tout le monde, quelle que soit la profession. Reste que le coût de la vie n’est pas partout le même ce qui était beaucoup plus sensible alors qu’aujourd’hui. On avait donc divisé le pays en une vingtaine de « zones de salaire », avec chacune un taux différent du salaire minimum, mais tous les salaires minima procédaient dégressivement de celui de la zone 0 (Paris) selon un pourcentage fixé : zone -2,5%, zone -4%, etc. ce qui permettait de maintenir l’unité tout en respectant la diversité. Ce système des zones ne devait disparaître qu’en mai 1968 : il n’y avait alors plus que deux zones. La loi du 11 février 1950 sur les conventions collectives rendit aux partenaires sociaux la liberté de négocier les salaires, suspendue dès le début des hostilités en 1939, mais à la fois pour laisser au gouvernement une flexibilité d’intervention dans le domaine des salaires et pour rassurer les syndicats qui craignaient de ne pas être de force, du moins dans certains secteurs d’obtenir des salaires convenables, la loi créa un salaire minimum national interprofessionnel garanti, le SMIG (SMNIG aurait été imprononçable) que le gouvernement fixerait par décret à partir d’un budget type - celui des manœuvres célibataires dans la métallurgie parisienne - établie par une commission paritaire des partenaires sociaux.
1954 : les manifestations sont interdites
Alors que la guerre d’Indochine se termine pour les autorités françaises avec la partition du Vietnam, une autre guerre, une guerre sans nom commence en Algérie. Elle va durer huit ans. Dès lors les manifestations seront interdites dans Paris. Celle du 1er Mai 1954 se transformera en un rassemblement sur la pelouse de Reuilly. Il faudra attendre quinze années c’est-à-dire 1968 pour qu’à l’initiative de la Cgt, à nouveau, le monde du travail se donne rendez-vous dans les rues de Paris pour défiler un 1er Mai. Le cortège partira de la République pour se rendre à la Bastille, symbole des libertés recouvrées. Depuis, les cortèges du 1er Mai ont connu des fortunes diverses. La manifestation la plus importante de l’après mai 1968 fut probablement celle de 1975, qui fut prétexte à fêter la fin de la guerre de Vietnam.
1958 : création des ASSEDIC
Création des ASSEDIC et UNEDIC (l’indemnisation du chômage était assurée depuis 1951 par les communes) L’UNEDIC est une association, gérée paritairement : elle réunit les syndicats dit représentatifs (CFDT, CFTC, CGC, CGT, FO) et le patronat (MEDEF, CGPME, UPA). Les sièges sont répartis à égalité entre les deux. L’UNEDIC fédère les ASSEDIC, décide de leur implantation et en nomme les directeurs régionaux. Elle décide des règles d’indemnisation du chômage, ces règles sont révisées à l’occasion de la renégociation de la convention.
1967 : création de l’ANPE
Le premier découpage du territoire en zones de compétence "agences locales pour l’emploi" date de la création de l’ANPE en juillet 1967. Elaboré avec le ministère du Travail, le premier zonage prévoyait une implantation progressive du réseau de 1000 points ANPE.
1970 : création du SMIC
La loi du 2 janvier 1970, présentée
par Chaban-Delmas, remplaça le SMIG par le salaire minimum de croissance (SMIC), indexé à la fois sur le prix et sur les salaires : l’accroissement annuel du pouvoir d’achat du SMIC ne peut être inférieur à la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat des salaires moyens enregistrés par l’enquête trimestrielle du ministère du travail. Ce système qui nous régit toujours a entraîné une hausse considérable du salaire minimum et par voie de conséquence une multiplication du nombre de smicards, non par paupérisation, mais par relèvement du niveau de vie de ceux qui gagnent le moins. Conséquence : un écrasement de la hiérarchie qui n’est certainement pas propice à l’émulation. Conséquence aussi : le rétrécissement du champ d’action de la négociation collective, les gains de productivité et autres améliorations qui permettaient de satisfaire les revendications étant absorbés chaque année par la hausse du SMIC. Ainsi le SMIC est devenu le principal moteur du mouvement
des salaires au détriment des salaires négociés. Par crainte de leur propre faiblesse, les syndicats ont demandé à la loi de protéger fortement les salaires, mais ils ont ainsi réduit considérablement leurs possibilités d’intervention.
DOCUMENTS ANNEXES
VEILLESSE, RETRAITES
1850 Caisse Nationale des Retraites pour la Vieillesse, organisée par l’Etat, fondée sur la "prévoyance" individuelle (rentiers, employés, professions libérales).
1853 Régime des agents de l’Etat.
1890 Loi sur l’homologation ministérielle des statuts et règlements des caisses de retraite et de secours des compagnies de chemins de fer (faiblement appliquée).
1894 Loi sur les Caisses de retraites des ouvriers mineurs. Première brècheau principe de liberté.
1895 Loi "des garanties" : oblige les employeurs à verser les cotisations (ouvrières et patronales) soit à la Caisse Nationale des Retraites pour la Vieillesse, soit à la Caisse des Dépôts, soit à des caisses agréées.
1898 Loi sur la mutualité (maladie et retraites).
1905 Loi "d’assistance" : garantie d’assistance à tout Français de plus de 70 ans, sans ressources.
1909 Régime de retraite des chemins de fer.
1910 Loi sur les retraites ouvrières et paysannes : assurance vieillesse obligatoire des salariés. Blocage de la mise en oeuvre de l’obligation par la hiérarchie judiciaire (arrêts de la Cour de Cassation).
1930 Assurance vieillesse obligatoire (les assurés ont le choix de l’organisme assureur, floraison d’institutions) pour les salariés de l’industrie et du commerce dont le salaire est inférieur à une certaine limite (plafond d’affiliation).
1941 Allocation aux vieux travailleurs salariés. Système de répartition substitué au système de capitalisation.
1945 Inclusion de l’assurance vieillesse à la sécurité sociale ; extension à tous les salariés, sans limite de salaire (plafond de cotisation). Création d’un régime général et de régimes spéciaux (régimes anciens garantissant certains avantages supérieurs à ceux du nouveau régime).
1947 Régime complémentaire des cadres.
1948 Régimes autonomes mis en place pour certaines professions non salariés refusant d’entrer dans le régime des salariés (professions commerciales et industrielles ; artisans ; professions libérales).
1951 Régime autonome agricole.
1956 Fonds national de solidarité (ressources fiscales) ; minimum vieillesse.
1972 Extension à tous les salariés non-cadres de l’obligation d’adhérer à un régime complémentaire, par l’intermédiaire de l’Association des régimes de retraite complémentaire (ARRCO).
ACCIDENTS DU TRAVAIL
1813 Caisses de secours des mines
1868 Caisse nationale d’assurance contre les accidents du travail But : encourager les employeurs et travailleurs à s’assurer individuellement, aucune obligation. De 1868 à 1898, 99 cas seulement sont soumis. Les travailleurs ne se sont pas assurés. Les petits patrons n’ont pas assuré leurs salariés. Les grandes entreprises ont eu recours à d’autres formes d’assurance].
1898 Loi sur la mutualité ("charte de la mutualité") : autorisation administrative supprimée pour la création des mutuelles. Loi sur les accidents du travail (industrie, commerce), abandon de la notion de stricte responsa8ilité individuelle de l’article 1382 du Code civil. Ouverture des hôpitaux pu8lics aux ouvriers et non plus aux seuls indigents.
1899 Loi sur accidents du travail dans l’agriculture, ne concerne que les salariés agricoles des exploitations avec machines mues mécaniquement.
1919 Nouvelle forme reconnue de risque du travail : les maladies professionnelles.
1923 Extension de la législation sur les accidents du travail aux gens de maison.
1928 Extension aux salariés de toutes les exploitations agricoles.
1938 Extension à tous les employeurs.
1945 Inclusion des accidents du travail au régime général de la sécurité sociale
1966-1972 Lois mettant fin au régime de la loi de 1899 sur les accidents du travail en agriculture.
MALADIE, INVALIDITÉ, MATERNITÉ
19ème siècle La couverture du risque de maladie relève de la libre adhésion à des mutuelles ; des associations charitables ; de l’assistance de l’Etat (faible) et surtout des collectivités locales.
1884 Loi imposant aux communes l’assistance aux enfants abandonnés et aux aliénés.
1893 Loi sur l’assistance médicale gratuite (40 % des dépenses à la charge des communes).
1904, 1905, 1913 Lois sur l’assistance obligatoire certaines catégories de population, enfants assistés,vieillards, et infirmes, Femmes en couches), financement réparti entre les collectivités locales et l’Etat.
1921 Début du débat sur les assurances sociales.
1928- Loi sur les assurances sociales. Création de l’assurance maladie. Gestion par des caisses
1930 privées, sous tutelle de l’administration. Affiliation obligatoire pour les salariés ayant un salaire inférieur à un certain montant (plafond). Augmentation rapide des assurés immatriculés (environ 10 millions d’assurés des professions non-agricoles, 1,5 million d’assurés de professions agricoles).
1945 Création de la Sécurité sociale (regroupe les assurances sociales, l’allocation aux vieux travailleurs salariés : des régimes d’accidents du travail et maladies professionnelles, les allocations familiales et de salaire unique ). Elle comprend le régime général et des régimes spéciaux. Financement par cotisations sur les revenus professionnels (salariés et employeurs). Gestion du régime général fondée sur la participation des employeurs et des salariés [proportion de 1/4 et 3/4 respectivement) aux caisses primaires et régionales de sécurité sociale.
1949 BAPSA (Budget annexe des prestations sociales agricoles).
1956 FNS (Fonds national de solidarité).
1961 AMEXA (Assurance maladie des exploitants agricoles).
1967 Première vague de réformes (séparation des risques, équilibre financier de chaque risque, parité des organisations syndicales et professionnelles, suppression des élections, renforcement du contrôle de l’Etat, création de trois Caisses nationales : assurance maladie, assurance vieillesse, allocations familiales).
1974 Deuxième vague de réformes (compensation financière entre les régimes de base obligatoires à l’exclusion des régimes complémentaires).
1978 Extension de la couverture à la quasi totalité de la population.
ALLOCATIONS FAMILIALES
Fin du 19ème siècle Prise de conscience du déclin démographique ; influence du catholicisme social  ; Alliance Nationale pour l’Accroissement de la Population, initiatives du patronat (Harmel, 1891).
1899-1900 Sursalaire familial dans plusieurs ministères. Décret obligeant les entreprises adjudicataires de travaux publics à verser des allocations familiales.
1914-1918 Aides de l’Etat et des collectivités locales aux familles nombreuses nécessiteuses.
1916 Caisses de compensation (Romanet).
1917 Supplément familial de traitement versé à tous les fonctionnaires.
1918-1919 Primes de natalité et d’allaitement.
1920 Conseil supérieur de la natalité.
1921 Création d’un Comité central des allocations familiales par les différentes caisses de compensation.
1932 Affiliation obligatoire de tous les employeurs de l’industrie et du commerce à des caisses de compensation avec liberté des prestations au-dessus d’un minimum, ce qui conduit à de grandes disparités.
1938 Unification par zones des taux de prestations.
1939 Code de la Famille ; unification des allocation familiales, relèvement des taux.
1945 Rattachement des allocations familiales à la sécurité sociale, mais elles sont dissociées du salaire et modifiables sur simple initiative des pouvoirs publics. Jusqu’à cette date, les caisses de compensation étaient des institutions patronales. Création du ministère de la population.
1948 Allocation logement, incluse dans la sécurité sociale. Elle coïncide avec la libération des loyers et a initialement un caractère d’aide familiale.
1971 Extension de l’allocation logement.
SANTÉ
19ème siècle Les questions de santé publique ne sont pas séparées de celle de l’assistance. L’assistance est communale, sans subvention de l’Etat. Leur prise en charge incombe principalement aux communes et aux départements (un bureau de bienfaisance obligatoire dans chaque commune depuis une loi de 1796, obligation demeurée sans effet en l’absence de subvention de l’Etat).
1852 st 1854 circulaires invitant les conseils généraux à créer dans leurs départements un service médical gratuit en faveur des habitants pauvres.
1884 Premier crédit au budget pour l’assistance médicale dans les campagnes.
1893 Loi sur l’assistance médicale gratuite (prise en vue de pallier les inégalités entre communes urbaines et campagnes).
1898 Ouverture des hôpitaux publics aux non indigents (aux ouvriers victimes d’accidents du travail)
1902 Loi sur la protection de la santé publique (impose un règlement sanitaire dans chaque commune ; rend obligatoire la vaccination antivariolique, entre autres).
1905 Loi sur l’assistance obligatoire aux vieillards, infirmes et incurables.
1916 Loi sur les dispensaires d’hygiène sociale, lutte contre la tuberculose.
1919 Loi sur les sanatoriums.
1920 Création du Ministère de l’hygiène, de l’assistance et de la prévoyance sociales.
1930 Création du Ministère de la santé publique.
1941 Ouverture des hôpitaux à la clientèle payante. 1944 Le "prix de journée" des hôpitaux publics est fixé par le préfet. Code de la santé (contrôle des produits pharmaceutiques).
1958 Réforme hospitalière ; création des centres hospitalo-universitaires (CHU) ; établissement de règles de détermination du prix de journée.
1970 Deuxième réforme hospitalière : recherche d’une plus grande coordination entre établissements publics et établissements privés ; création d’une carte sanitaire ; régime de "concession" ouvert aux établissements privés.
1978 Les dépenses d’hospitalisation considérées comme source importante du déficit de la sécurité sociale. Recherche d’un nouveau système de tarification.
ORGANISATION DE LA PROFESION MEDICALE
19ème siècle - Hôpitaux réservés aux indigents jusqu’en 1898. Deux catégories de médecins existent :
1- Les docteurs en médecine ou en chirurgie. Loi de 1803 leur accorde la liberté d’installation et la liberté de prescription curative.
2- Les officiers de santé, catégorie inférieure (études moins longues et moins coûteuses, ne peuvent exercer que dans le département pour lequel ils sont admis (jury d’examen départemental).
Une loi de 1892 abolit l'officiat et reconnaît les syndicats médicaux qui désormais peuvent se porter en justice contre l’exercice illégal de la médecine. Trois modes d’exercice et de rétribution de la médecine existent : bureaux de bienfaisance et service des indigents des campagnes ; sociétés de secours mutuel (abonnements annuels pour soins) ; paiement à l’acte pour la médecine "privée".
- Montée de la médecine "libérale" à la fin du siècle : lutte contre la "concurrence" par limitation du nombre de médecins, publication de tarifs minima par les syndicats médicaux ; développement du paiement à l’acte au détriment des abonnements ; légalisation de la cession de clientèle (1898) ; développement des cliniques privées à but lucratif (facilité par les progrès de la chirurgie) ; développement du thermalisme.
- Affirmation des médecins comme corps organisé de défense d’intérêts communs et de groupe de pression contre le projet d’assurances sociales.
1928 Création de la Confédération des syndicats médicaux français [CSMF], défense de la rémunération à l’acte, du paiement direct des honoraires par le malade au médecin, du libre choix par le malade, de la liberté de prescription.
1940 Constitution de l’Ordre des médecins, suppression des syndicats médicaux, rétablis en 1945.
1945 Création du tarif opposable, dans le cadre de la sécurité sociale. Forte opposition de la CSMF.
1960 Nouveau système de tarifs conventionnés (80 % des médecins sont conventionnés en 1970), double tarif.
1971 Convention nationale, avec dérogations nombreuses.
LOGEMENT
1850 Loi sur les logements insalubres (pouvoirs aux conseils municipaux de créer des commissions afin d’assurer la salubrité ; 520 commissions municipales existent en 1858  ; 5 en 1862, désuétude de la loi).
1853 Société mulhousienne des cités ouvrières (fondée par des industriels).
1867 Société ouvrière de Paris fondée grâce à un don de 41 maisons par l’Empereur. Initiatives patronales.
1894 Habitations à bon marché (HBM) introduites par la "loi Siegfried" ; sociétés privées bénéficiant d’exemptions fiscales. La Caisse des Dépôts et Consignations, invitée par la loi à consentir des prêts à ces organismes, limite strictement ses concours.
1906 "Loi Strauss" autorise la participation des collectivités locales au financement des HBM.
1912 "Loi Bonnevay" : offices communaux d’HDM, intervention directe de l’Etat.
1914 Délais moratoires accordés aux locataires ; début du blocage des loyers des immeubles construits avant 1914.
1928 "Loi Loucheur" : augmente la capacité d’intervention des collectivités locales ; programme de 260 000 logements à réaliser en cinq ans ; accroissement du rôle de la Caisse des Dépôts.
1930 "Loi Bonnevay" : accroît l’aide de l’Etat.
1943, 1945 Les CIL (Comités interprofessionnels du logement), financement par cotisation fondée sur les salaires (1 %).
1947 HLM (Habitations à layer modéré) remplaçant les HBM.
1948 Loi sur les loyers (liberté des loyers des habitations construites après 1948) - Allocation logement.
1949 "Loi Minjoz" : accroît les possibilités d’emprunt pour les HLM (initiative reconnue aux caisses d’épargne pour l’attribution de prêts aux collectivités locales). En fait financement principal par prêts directs du Trésor. Reconstruction.
1950 "Primes d’Etat" à la construction et prêts spéciaux du Crédit Foncier.
1953 "Plan Courant" : naissance d’un secteur para-public géré par l’Etat et le patronat. Logécos. Contribution patronale obligatoire, le "1 % patronal", première loi contraignante sur le patronat, pour le logement social.
1954 Création de la SCIC (Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts).
Années 1960 Développement de la "promotion immobilière".
1964"Débudgétisation"des HLM,charge
transférée à laCaisse des Dépôts et au Crédit Foncier.
1965 Épargne logement.
1966 CPHLM (Caisse des prêts aux organismes d’HLM ; centralisation des principaux moyens de financement).
1967 Réforme du système bancaire. Création d’un marché hypothécaire. Accroissement du financement bancaire.
1977 Aide personnalisée au logement.
1979 Libération des loyers.
URBANISME
Fin du 19e siècle Transformations des centres des grandes villes (Paris, Lyon, Marseille)
Construction du métro parisien.
1919 Première loi sur les plans d’urbanisme (villes de plus de 5 000 habitants).Peu appliquée.
1953 Loi foncière pour l’aménagement de zones d’habitation et de zones industrielles.
1955 Création de la SCET (Société Centrale pour l’Equipement du Territoire).
1959 ZUP (Zones à urbaniser en priorité).
1962 ZAD (Zones à aménagement différé).
1963 FNAFU (Fonds national d’aménagement foncier et d’urbanisme) remplace le FNAT (Fonds national d’aménagement du territoire).
1966 CAECL (Caisse d’aide à l’équipement des collectivités locales), gérée par la Caisse des Dépôts et Consignations.
1967 Loi d’orientation foncière, prévoit l’établissement de SDAU (Schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme), de POS (plans d’occupation des sols), la constitution de réserves foncières.
LA FETE DU TRAVAIL DANS LE MONDE
Aujourd’hui, la Fête du Travail est commémorée par un jour chômé le 1er mai dans la plupart des pays... mais pas dans tous.
En Belgique (et au Luxembourg)
Le 1er mai est chômé et les partis socialistes en profitent pour défiler et réaffirmer leur ancrage à gauche. Notons qu’au milieu du XXe siècle, le 1er mai socialiste fut concurrencé par les cortèges "Rerum Novarum" de l’abbé Joseph Cardijn, fondateur de la Jeunesse Ouvrière Catholique (JOC). Ces cortèges d’ouvriers chrétiens avaient lieu le jour de l’Ascension.
En Allemagne
Le 1er mai est chômé. Il donne aussi lieu à des réjouissances en l’honneur du printemps selon le rite ancestral de l’arbre de mai, que l’on retrouve dans différentes régions d’Europe (on peut lire à ce propos un très joli poème de Victor Hugo).
En certains endroits, comme à Stuttgart, les enfants profitent de la nuit précédant le 1er mai pour faire des farces d’une façon qui rappelle Halloween.
Aux Pays-Bas
Le 1er mai reste ordinairement ouvré. Idem en Suisse. Quelques entreprises et organisations internationales concèdent cependant à leur personnel un jour de congé en l’honneur de la fête du Travail. À noter que le canton de Fribourg commémore le 1er mai... l’arrivée du printemps, avec chants et distribution de friandises aux enfants.
En Israël
On ne chôme pas le 1er mai, bien que l’État juif ait été fondé par des militants socialistes.
Au Royaume-Uni
Ce n’est pas le 1er mai qui est chômé mais le premier lundi de mai... ce qui permet aux salariés de bénéficier chaque année d’un week-end prolongé.
Aux États-Unis
Le "Labor Day" (ou Jour du Travail) ne doit rien à la fameuse journée de 1886.
Il tire ses origines d’une grève des cheminots qui, en 1894, avaient voulu soutenir les ouvriers de l’entreprise Pullman, eux- mêmes en grève contre leur employeur.
Le président américain Grover Cleveland n’avait pas hésité à envoyer 12.000 hommes de troupe pour briser le mouvement et deux hommes furent tués au cours des affrontements, à Kensington, près de Chicago.
La grève fut déclarée terminée le 3 août 1894, les ouvriers de Pullman prenant même l’engagement de ne plus se syndiquer.
Les citoyens américains s’étant indignés des méthodes brutales du président Cleveland, leurs représentants de Washington réussirent à faire passer la proposition d’un jour chômé pour honorer les travailleurs.
Le président lui-même signa le projet de loi six jours à peine après l’intervention de l’armée, dans l’espoir de se faire réélire la même année... Mais cet espoir s’avéra vain.
Au Canada
La Fête du Travail est célébrée le 1er lundi de septembre (les puissants syndicats nord- américains comme l’AFL-CIO n’ont pas voulu s’aligner sur les syndicats européens d’obédience communiste).
Quelques syndicats québécois manifestent néanmoins le 1er mai en solidarité avec leurs homologues européens.
En Australie
Quelques syndicats socialistes ou communistes défilent aussi à l’occasion du 1er mai. Mais la fête du Travail est officiellement commémorée à d’autres dates : le 4 mars en Australie occidentale, le 11 mars dans l’État de Victoria, le 6 mai dans le Queensland et le territoire du Nord, le 7 octobre à Canberra (la capitale), en Nouvelle Galles du Sud (Sydney) et en Australie méridionale.
Amérique latine, Brésil compris
Commémore la fête du Travail en chômant le 1er mai. Mais, comme ailleurs, les défilés syndicaux ont largement cédé la place à des activités ludiques : pique-niques, football,...
Au Mexique
Dans l’État de Sinaloa, le 1er mai marque la fête de l’été avec la fin de la récolte des tomates et d’autres produits agricoles.
Au Paraguay
En 2002, le chef de l’État a tenté de remplacer le 1er mai par le premier lundi de mai (à la manière britannique). Mais l’opinion publique a rejeté cette réforme.
En Europe de l’est, en Pologne en particulier
Le 1er mai est toujours chômé mais les défilés, qui étaient quasiment obligatoires sous le régime communiste, ne font plus recette.
Au Japon
Ne célèbrent pas la fête du Travail mais la première semaine de mai, dite dorée, donne lieu à des festivités et des jours chômés.
En Russie
Le nouveau tsar Yeltsine, marionnette du capitalisme international et de l’Occident, a transformé officiellement la journée en "Fête du muguet".
LIBERER LES TRAVAILLEURS
Bien que le 1er Mai ait souvent perdu son caractère de grève, dans la mesure où ce jour est devenu un jour férié et payé, les organisations ouvrières ont toujours voulu lui maintenir son caractère de manifestation pour la libération des travailleurs.
Ce qui n’empêche évidemment pas les organisations ouvrières et communistes de poursuivre les manifestations et les mobilisations pour un nouveau monde et contre le système bourgeois.  
Roberto Ferrario

Article republie par moi même, l’original le 30 avril 2005 ici résultat de une recherche... différent sources internet... (le même article, donc le mien, a été retrouvé sur d’autre site sans aucun référence de l’auteur... pas cool...)

lundi 28 avril 2014

Contre l' inculture politique...

L' anti communisme est une culture. Le mot a été prononcé à Die pendant les élections. Par un tas de gens qui n'ont que "l'inculte-propension" a opposer à" l'analyse-politique" serrée.  Que les voyous du politique se cultivent, seulement,  à la hauteur de leurs opposants.  Nous sommes très loin de ce qui ferait leur "affaire-justification". L'anticommunisme Diois n'existe pas, sauf à justifier leurs errements ...et leur mort.  Pa.Br.

 

La Ligue anti-communiste mondiale, une internationale du crime

Fondée à Taiwan par Tchang Kaï-Chek, le révérend Moon et des criminels de guerre nazis et nippons, la Ligue anti-communiste mondiale (WACL) a d’abord été utilisée sous Nixon pour étendre les méthodes de contre-insurrection en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Sept chefs d’État participaient alors à ses travaux. Elle a connu une nouvelle vitalité sous Reagan devenant un instrument conjoint du complexe militaro-industriel états-unien et de la CIA dans la Guerre froide. Elle fut alors en charge des assassinats politiques et de la formation des contre-guérillas dans toutes les zones de conflits, y compris en Afghanistan où elle était représentée par Oussama Ben Laden.
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4ème congrès de la Ligue anti-communiste mondiale
À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les services secrets états-uniens retournent des agents nazis, fascistes et oustachis pour créer un réseau anti-communiste, le stay-behind [1]. Si les agents recrutés dans les États de la future Alliance atlantique avaient vocation à rester secrets, ceux des États passés sous contrôle soviétique devaient au contraire agir publiquement. Une internationale fasciste est donc constituée, en 1946, pour coordonner l’action des agents originaires de l’Est immigrés à l’Ouest : le Bloc anti-bolchévique des nations (Anti-Bolshevik Bloc of Nations - ABN). Fascistes ukrainiens, hongrois, roumains, croates, bulgares, slovaques, lituaniens etc. se réunirent sous la houlette de Yaroslav Stetsko. Ancien leader collaborationniste en Ukraine, Stetsko est considéré comme responsable du massacre de 700 personnes, majoritairement juives, à Lvov le 2 juillet 1941.
Huit ans plus tard, à l’issue de la guerre de Corée, les États-Unis prennent le relais de la France en Indochine [2]. Le président Eisenhower met en place un système régional de défense dirigé contre l’URSS et la Chine. Le 8 septembre 1954, l’OTASE est créée sur le modèle de l’OTAN. Elle regroupe l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, les Philippines, la Thaïlande, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le 2 décembre, le dispositif est complété par un traité de défense bilatéral États-Unis-Taiwan [3]. Parallèlement, la CIA, sous la direction d’Allen Dulles, structure les services de renseignement de ces États et met en place une organisation de contact entre les partis anticommunistes de la région. C’est ainsi que se constitue, autour de Tchiang Kaï-Chek lui-même, une Ligue anticommuniste des peuples d’Asie (Asian People’s Anti-Communist League - APACL).
Outre le président taiwanais Tchang Kaï-Chek, l’APACL compte dans ses rangs Pak Chung Hee, futur président de la Corée du Sud ; Ryiochi Sasakawa, un criminel de guerre devenu milliardaire et bienfaiteur du parti libéral japonais ; et le révérend Sun Myung Moon [4], prophète de l’Église de l’unification. Ainsi que le général Prapham Kulapichtir (Thaïlande), le président Ferdinand Marcos (Philippines), le prince Sopasaino (Laos) [5] ; le colonel Do Dang Cong (représentant le président Nguyen Van Thieu, Vietnam), etc.
L’APCL est totalement contrôlée par Ray S. Cline, alors chef de poste CIA à Taiwan et futur sous-directeur de la CIA [6]. Elle édite l’Asian Bulletin, dont la rédaction est confiée à Michael Lasater, futur responsable du département Asie de la Fondation Héritage [7].
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Fondation de la WACL, 1967.

La création de la WACL

Dès 1958, président du Bloc anti-bolchévique des nations (ABN), participe à Taipei aux conférences annuelles de la Ligue anticommuniste des peuples d’Asie (APACL). Cline et Stetsko supervisent la fondation de la Political Warfare Cadres Academy de Taiwan, une institution chargée de former les cadres du régime de Tchang Kaï-Chek à la répression anticommuniste L’académie est le pendant asiatique de la Psychological Warfare Center de Fort Bragg (USA) et de la School of Americas de Panama [8]. Progressivement, la CIA forme un réseau de groupes politiques et d’instructeurs en contre-insurrection à l’échelle mondiale. En 1967, l’ABN et l’APACL fusionnent sous l’appellation Ligue anti-communiste mondiale (World Anti-Communist League - WACL) et étendent leurs activités à l’ensemble du « monde libre ». Parmi les nouveaux adhérents, on relève Los Tecos ou Légion du Christ-Roi, formation fasciste mexicaine constituée pendant la Seconde Guerre mondiale. La Ligue connaît un premier essor dans les années 73-75 lorsque Richard Nixon et son conseiller de sécurité Henry Kissinger siègent à la Maison-Blanche.
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Son financement est grassement assuré par l’intermédiaire de l’Église de l’Unification. Cependant, cette réalité n’est plus assumée publiquement à partir de 1975. Le révérend Sun Myung Moon prétend alors rompre avec la Ligue, mais continue à exercer son leadership via son représentant japonais Osami Kuboki.
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Le rôle de la WACL dans la réalisation des Plans Phoenix (1968-71) et Condor (1976-77), prévoyant l’assassinat de milliers de personnes suspectées de sympathies communistes en Asie du Sud-Est et en Amérique latine est encore insuffisamment documenté.
L’Opération Phoenix a probablement été mise en œuvre au Vietnam par la Joint Unconventionnal Warfare Task Force du major général John K. Singlaub, qui devint ultérieurement le président de la WACL. Cependant Singlaub a toujours nié son implication dans cette opération.
Par ailleurs, le général Hugo Banzer Juarez, qui imposa sa dictature en Bolivie de 1971 à 1978, présida la branche latino-américaine de la WACL. Il organisa un plan d’élimination systématique de ses opposants communistes, en 1975. Le Plan Banzer fut présenté, comme un modèle à suivre, lors d’une réunion latino-américaine de la WACL à Assomption, en 1977, en présence du dictateur du Paraguay le général Alfredo Stroessner. Une motion visant à procéder identiquement à l’élimination dans toute l’Amérique latine des prêtres et religieux adeptes de la théologie de la libération fut présentée par la délégation paraguayenne et adoptée par la conférence mondiale de la WACL, en 1978 [9].
De même, on ignore précisément le rôle de la WACL dans la stratégie de la tension qui frappa l’Europe à cette période. Le Français François Duprat, fondateur d’Ordre nouveau, l’Italien Giorgio Almirante, fondateur du MSI, l’Espagnol Jesus Palacio, fondateur du CEDADE, le Belge Paul Vankerhoven, président du Cercle des nations et d’autres encore y ont milité. Et c’est la Ligue qui exfiltre Stefano delle Chiaie [10], lorsque la justice italienne le recherche pour terrorisme, vers la Bolivie d’Hugo Banzer, où il est immédiatement nommé adjoint de Klaus Barbie à la tête des escadrons de la mort.
Enfin, on dispose de peu de documentation sur le rôle de la WACL dans la guerre du Liban. Tout au plus sait-on qu’elle a recruté les mercenaires intégrés dans les rangs des milices chrétiennes de l’ancien président Camille Chamoun, en 1975, quelques semaines avant que n’éclate le conflit.
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En entrant à la Maison-Blanche, en 1977, Jimmy Carter souhaite mettre fin aux pratiques sordides de ses prédécesseurs. Il nomme l’amiral Stanfield Turner à la tête de la CIA et s’applique à renverser les régimes autoritaires d’Amérique latine. C’est une période vaches maigres pour la WACL qui n’est plus financée que par ses adhérents. Elle devient alors le repaire des anti-Carter préparant des jours meilleurs et noue spontanément des relations avec la principale organisation anti-Carter aux États-Unis, la Coalition nationale pour la paix par la force (National Coalition for Peace Through Strength). Ce front du refus est une émanation de l’American Security Council, que le président Eisenhower désignait sous le terme de « complexe militaro-industriel » [11]. Il est co-présidé par le général Daniel O’Graham [12], qui participa avec George H. Bush à la réévaluation de la menace soviétique au sein de la Commission Pipes dite Team B [13] et par le général John K. Singlaub [14]
De nombreux responsables de la Ligue s’impliquent dans les Comités de campagne pour l’élection de Ronald Reagan. Pour beaucoup, le gouverneur républicain de Californie n’est pas un inconnu. En effet à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il participa comme porte-parole de la Croisade pour la liberté (Crusade for Freedom) à la levée de fonds nécessaire à l’installation aux États-Unis pour l’immigration d’Européens de l’Est fuyant le communisme, en réalité pour le transfert des nazis, fascistes et oustachis membres du Bloc anti-bolchévique des nations (ABN). Quant au vice-président George H. Bush, c’est aussi un ami. Il a été, en qualité de patron de la CIA, le chef de l’Opération Condor.

L’âge d’or de la WACL

Dés l’arrivée de Ronald Reagan et de George H. Bush à la Maison-Blanche, la WACL retrouve sa vigueur et reprend son développement. Les contacts précédents portent leurs fruits. Le complexe militaro-industriel états-unien prend en charge la création d’une section états-unienne de la WACL sous la dénomination Conseil pour la paix mondiale (Council for World Freedom - USCWF). Le général John K. Singlaub en est président tandis que le général Daniel O’Graham en est vice-président. Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Le complexe militaro-industriel s’empare de la WACL pour en faire l’outil central de la répression anti-communiste mondiale. Singlaub est donc élu président de la WACL.
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La Ligue agit tout azimuts :
Pour combattre la présence soviétique en Afghanistan, l’American Security Council finance [15] une section thématique de la WACL : le Comité pour un Afghanistan libre (Committee for a Free Afghanistan) dont le siège social est hébergé par la Fondation Héritage. L’opération est lancée à l’occasion d’une visite officielle aux États-Unis de Margaret Thatcher et Lord Nicholas Bethell, chef de département au MI6. Elle est dirigée par le général J. Milnor Roberts. Le Comité participe directement à l’aide logistique aux « combattants de la liberté » décidée par le directeur de la CIA William Casey [16] et gérée par Oussama Ben Laden [17]. La liaison entre la WACL et l’homme d’affaire saoudien est assurée par un des collaborateurs du géant des travaux publics, le Saudi Bin Laden Group, sheik Ahmed Salah Jamjoon, et par un ancien Premier ministre du Yémen du Sud [18]
Aux Philippines, la WACL est représentée par le président Marcos. Mais lorsque celui-ci est renversé, en 1986, John K. Singlaub et Ray Cline se rendent sur place pour y choisir de nouveaux correspondants. Ils mettent en place une unité paramilitaire de contre-guérilla et jettent leur dévolu sur le général Fidel Ramos [19] de Frank Carlucci [20], George H. Bush et des Ben Laden.
Pour combattre la révolution sandiniste au Nicaragua, la WACL installe une base arrière dans la propriété de John Hull au Costa Rica avec des instructeurs argentins. Elle utilise aussi les facilités offertes au Honduras par le chef d’état-major, le général Gustavo Alvarez Martinez, qui recrute des mercenaires en utilisant la couverture humanitaire de Refugee Relief International.
Au Guatemala, la WACL compte sur Mario Sandoval Alarcon leader du Mouvement de libération nationale. Sandovan, qui fut vice-président de 74 à 78, est le seul vrai maître du pays, le général-président Romeo Lucas Garcia n’étant qu’une marionnette. Il met en place des escadrons de la mort qui feront plus de 13 000 victimes en cinq ans.
Au Salvador, la WACL s’appuie sur Roberto d’Aubuisson, qui a été formé à l’académie taiwanaise et dispose de l’aide des Guatémaltèques. Il devient le patron de l’ANSESAL, équivalent local de la CIA, et le leader d’une formation d’extrême droite paramilitaire, le parti républicain nationaliste (ARENA). D’Aubuisson met en place des escadrons de la mort et assassine notamment l’archevêque Oscar Romero.
Les généraux Harry Aderholt
et John Singlaub, membres
du Comité secret pour la
défense de la liberté.
JPEG - 6.3 koMais le succès de la WACL sera aussi sa chute. En 1983, le sous-secrétaire à la Défense Fred C. Iklé [21] créé au Pentagone un comité secret de huit experts, le Conseil pour la défense de la liberté qu’il place sous la présidence du général John K. Singlaub [22]. On sait que le Comité modélise l’intervention secrète en Afghanistan et en préconise l’extension au Nicaragua, à l’Angola, au Salvador, au Cambodge et au Vietnam, mais le détail de son action est insuffisamment documenté.
En 1984, Ronald Reagan choisit de confier à la Ligue en général et à John Singlaub en particulier l’ensemble des financements privés de l’Irangate, sous l’autorité directe du colonel Oliver North au Conseil de sécurité national. Le scandale, lorsqu’il éclate, en 1987, balaye tout sur son passage et détruit la WACL.
Une liste partielle des membres de la WACL établie par Scott et Jon Lee Anderson et publiée dans Inside the League, (Dodd Mead & Company éd., 1986) est consultable dans notre bibliothèque électronique.
[1] Voir « Stay-hebind : les réseaux d’ingérence américains » par Thierry Meyssan, Voltaire, 20 août 2001
[2] L’armée française perd la bataille de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954.
[3] En outre, le 29 janvier 1955, le Congrès donne un blanc-seing au président Eisenhower. Il est autorisé à entrer en guerre pour défendre Taiwan si l’île est attaquée par les communistes.
[4] Voir « Révérend Moon, le retour » Voltaire, 26 mars 2001.
[5] Le prince Sopaisano, vice-président de l’Assemblée nationale laotienne, fut interpellé à l’aéroport de Paris-Orly, le 23 avril 1971. Il transportait dans ses bagages 60 kg d’héroïne pure.
[6] Ray S. Cline avait été l’analyste de référence pour le déclenchement de la guerre de Corée. Il fut chef de poste CIA à Taipei de 1958 à 1962. Il disposait d’une couverture de directeur de l’US Naval Auxiliary Communications Center. Il devint alors sous-directeur de la CIA à la faveur du mouvement de personnel qui sanctionna le fiasco de la baie des cochons. Il a publié des mémoires, Secrets, Spies and Scholars, Acropolis Books éd., 1976.
[7] Michael Laseter était le principal responsable de l’Église universelle et triomphante (CUT) d’Elizabeth Claire. La secte fut au centre d’un scandale au milieu des années soixante-dix alors que l’on découvrit un arsenal militaire à son siège californien. C’est un de ses autres responsables qui fut nommé comme directeur exécutif de l’antenne de la WACL en Afghanistan dans les années 80.
[8] La School of Americas fut transférée ultérieurement à Fort Benning, USA. Un annuaire complet des élèves de l’école, de 1947 à 1996, est disponible dans notre bibliothèque électronique.
[9] Cette opération semble avoir été conduite en lien avec Mgr Alfonso Lopez-Trujillo, qui était alors secrétaire général de la Conférence épiscopale latino-américaine (CELAM).
[10] Voir « 1980 : carnage à Bologne, 85 morts », Voltaire, 12 mars 2004.
[11] La Coalition nationale pour la paix par la force a rassemblé 257 membres du Congrès.
[12] Le lieutenant général Daniel O’Graham fut sous-directeur de la CIA chargé des relations avec les autres agences de renseignement (1973-74), puis directeur de la DIA (1974-76). Directeur exécutif de l’American Security Council, il fut l’un des principaux avocats de la « guerre des étoiles ». Il fonda High Frontier qu’il présida jusqu’à sa mort, en 1995.
[13] En 1975, l’extrême droite accuse la CIA d’être infiltrée par les communistes et de minimiser le péril rouge. Le président Ford nomme alors George H. Bush à la direction de l’Agence et autorise une contre-expertise. « L’équipe B » est constituée par Richard Pipes. Elle publiera un rapport alarmiste qui justifiera de la relance de la course aux armements. On sait aujourd’hui que la Commission Pipes truqua délibérément les données pour ouvrir des marchés au complexe militaro-industriel. Voir à ce sujet : « Les marionnettistes de Washington » par Thierry Meyssan, Voltaire, 13 novembre 2002, et « Daniel Pipes, expert de la haine », Voltaire, 5 mai 2004.
[14] John K. Singlaub fut officier de l’OSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Il forma la guérilla du Kuomintang de Tchang Kaï-Chek contre les Japonais. Pendant la guerre de Corée, il fut chef de poste CIA, puis, pendant celle du Vietnam, il dirigea les Bérêts verts. Par la suite, il fut instructeur en contre-insurrection à Fort Benning. Admis à la retraite, il devint directeur de la formation de l’American Security Council. C’est à ce titre qu’il prit la co-présidence de la Coalition, puis la présidence de la Ligue.
[15] Le financement du Comité sera pris en relais par la Fondation nationale pour la démocratie à partir de 1984. Il reversera alors une partie des fonds reçus à des organisations humanitaires servant ses buts politiques en Afghanistan, notamment Médecins sans frontières de Bernard Kouchner et Aide médicale internationale.
[16] Les États-Unis ont délibérément déstabilisé l’Afghanistan, mais ils ont été surpris par l’ampleur de la réaction militaire de Moscou. Ils ont alors mobilisé leurs alliés pour s’impliquer dans la guerre, non pour « libérer » les Afghans, mais explicitement pour empêcher l’URSS de se tailler un couloir vers la mer d’Oman.
[17] En 1983, la WACL imprime des tee-shirts avec l’effigie d’Oussama Ben Laden et cette légende « Support the Afghan Freedom Fighter. He Fights For You ! » (Soutenez le combattant afghan de la liberté. Il se bat pour vous !).
[18] Oussama Ben Laden n’est pas présenté à l’époque comme un musulman pieux, mais comme un homme d’affaires anti-communiste choisi par le prince Turki, directeur des services secrets saoudiens, pour participer aux côté des États-Unis à la guerre contre les Soviétiques. Ben Laden s’occupe d’abord de diriger la construction des infrastructures nécessaires aux « combattants de la liberté », puis il gère l’intendance des moudjahidins étrangers qui les rejoignent. Il ne se transformera en musulman pieux que tardivement pour prendre autorité sur ces derniers.
[19] Le général Fidel Ramos sera élu président en 1992. À l’issue de son mandat, en 1998, il rejoindra le Carlyle Group. Voir « Le Carlyle Group, une affaire d’initiés », Voltaire, 9 février 2004.
[20] Voir « L’honorable Frank Carlucci » par Thierry Meyssan, Voltaire du 11 février 2004.
[21] Fred C. Iklé était l’adjoint de Caspar Weinberger au Pentagone. Ce « guerrier froid » historique est aujourd’hui membre du Center for Security Policy (CSP), du Project for a New American Century (PNAC) et administrateur de la Smith Richardson Foundation.
[22] Ce comité comprend les généraux Harry Aderholt et Edward Lansdale, le colonel John Waghelstein, Seale Doss, Edward Luttwak, le major F. Andy Messing Jr et Sam Sarkessian.

samedi 26 avril 2014

Les Ploutocrates-voyous détestent les journalistes...

7 octobre 2006 : Anna Politkovskaya, assassinée pour son combat aux côtés des Tchétchènes

Anna Politkovskaya a été assassinée le samedi 7 octobre 2006 à Moscou. Cette journaliste russe a joué un rôle très important. Elle a permis aux lecteurs de ses articles et livres de connaître ce qui devait rester caché. Se rendant à ses risques et périls en Tchétchénie, elle a rendu compte des crimes de guerre commis.
Elle a essayé sans cesse de sus­ci­ter des réac­tions dans son pays, la Russie , mais aussi à l’exté­rieur et par exem­ple elle est venue plu­sieurs fois en France pour des confé­ren­ces.
Elle a exprimé ce qu’une femme russe, comme elle, pou­vait souf­frir devant l’évolution de son pays : recul de la démo­cra­tie, infor­ma­tion muse­lée, montée de la xéno­pho­bie (en ce moment se déroule une chasse aux Géorgiens en Russie).

Que veut-on abattre par cet assassinat ?


Anna Politkovskaya, cor­res­pon­dante du bi-heb­do­ma­daire russe Novaya Gazeta, jour­na­liste connue par son enga­ge­ment contre la guerre en Tchétchénie, a été assas­si­née le 7 octo­bre 2006 vers 17h. Son corps a été retrouvé dans l’ascen­seur de son immeu­ble, rue Lesnaya, à Moscou.
Mme Politkovskaya avait été mena­cée à plu­sieurs repri­ses à la suite de ses publi­ca­tions sur la Tchétchénie et le Caucase  du Nord [1], notam­ment à la suite de son tra­vail d’enquête sur la prise d’otages au théâ­tre de Moscou en 2002. [2]
Elle avait par ailleurs été l’objet de graves repré­sailles dans le cadre de son acti­vité pro­fes­sion­nelle au cours de ces der­niè­res années : notam­ment, elle avait été arrê­tée en 2000 par des mili­tai­res russes dans la région de Chatoi (Tchétchénie) pour avoir enfreint un règle­ment par­ti­cu­liè­re­ment res­tric­tif pour les jour­na­lis­tes. En février 2001, elle avait été déte­nue pen­dant trois jours par des sol­dats russes dans le vil­lage de Khatuni (Tchétchénie), où elle avait été mena­cée de viol et de mort. En 2004, elle avait été empoi­son­née dans l’avion, alors qu’elle se ren­dait en Ossetie  du nord pour par­ti­ci­per aux négo­cia­tions avec les pre­neurs d’otages de l’école de Beslan.
Son assas­si­nat inter­vient alors que devait paraî­tre, le 8 octo­bre 2006, dans Novaya Gazeta, son arti­cle sur la pra­ti­que de la tor­ture en Tchétchénie, impli­quant direc­te­ment Ramzan Kadyrov , pre­mier minis­tre de Tchétchénie, nommé par le Président Poutine .
Cet assas­si­nat s’ins­crit plus géné­ra­le­ment dans un contexte de vio­lence accrue à l’encontre des défen­seurs des droits de l’Homme et des voix dis­si­den­tes en Fédération de Russie. À cet égard, un appel au meur­tre vient d’être lancé sur un site Internet, com­por­tant une liste de noms et d’adres­ses per­son­nel­les des défen­seurs des droits de l’Homme et des mem­bres de leurs famil­les. De plus, ces faits se pro­dui­sent dans le cadre d’une dégra­da­tion cons­tante des liber­tés fon­da­men­ta­les en Russie, en par­ti­cu­lier des liber­tés d’expres­sion et de la presse. La Novaya Gazeta est l’un des der­niers jour­naux indé­pen­dants en Russie, publiant des arti­cles cri­ti­ques à l’égard de la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment, concer­nant aussi bien la situa­tion en Tchétchénie que celles des liber­tés fon­da­men­ta­les.

P.-S.

Comité Tchétchénie de Lyon
Contact : 06.82.45.60.28

Notes

[1Mme Politkovskaya était l’auteur de plusieurs livres sur la guerre en Tchétchénie :
Voyage en enfer, Robert Laffont, 2000 ;
Tchétchénie, le déshonneur russe, Buchet Chastel, 2003 ;
Putin’s Russia, HarvillP., octobre 2004 ;
La Russie selon Poutine, Buchet Chastel, 2005.
[2Elle avait remporté plusieurs prix récompensant son travail d’investigation, notamment :
le prix 2003 de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour le Journalisme et la Démocratie ;
le prix Lettres Internationales pour son livre intitulé Tchétchénie, le déshonneur russe ;
le prix « Courage en journalisme » de l’International Women’s Media Foundation (IWMF) ;
le prix international pour le journalisme sur les droits humains 2004 d’Amnesty International ;
le prix Olof Palme 2004 ;
le prix de Reporters sans Frontières « Liberté de la presse »

vendredi 25 avril 2014

Le PCF est il d' Extême Droite...

André Gerin (PCF) : "la diaboliosation du FN est absurde"



L'ex-maire de Vénissieux revient sur les résultats des municipales. Il dépeint une société française au bord de l'embrasement : "Nous sommes en pleine guerre civile larvée", expose-t-il. "La diaboliosation du FN et de Marine Le Pen n'a jamais été aussi absurde", ajoute André Gerin.
André Gerin ()
@Tim Douet
L'ex-maire de Vénissieux avait présidé une mission d'information parlementaire ayant conduit à l'interdiction de la burqa. Il avait aussi lancé une polémique, à la suite de ses propos sur l'immigration qui ne constitue pas, selon lui, "une chance pour la France". Il revient aujourd'hui dans un long communiqué de presse sur le vote des municipales et la montée en puissance du Front National, dont il reconnait qu'il est devenu "le premier parti ouvrier de France". "Le parti communiste, quant à lui, continue inexorablement son déclin", constate-t-il.

"Il existe aussi un racisme anti-France et anti-blanc"

Le maire honoraire de Vénissieux - comme il aime à se désigner - dépeint une situation explosive de la société française. "Nous sommes en pleine guerre civile larvée", expose-t-il, citant "ces salariés qui menacent de faire bruler leur usine", les bonnets rouges, les militants de la Manif pour tous et les "enfants français de l'immigration" qui vivent dans des territoires où "les taux de chômage atteignent 40 à 50%". André Gerin va cependant plus loin, stigmatisant "des communautarismes et l'immigration non régulée". Revenant sur les émeutes de 2005, il pointe "des territoires gangrenés par la drogue, où les mafias sont contrôlées par des fondamentalistes". "Il existe aussi un racisme anti-France et anti-blanc largement ignoré", déplore-t-il. Il rappelle que les auditions de sa mission parlementaire avait "mis en évidence l'importance du communautarisme musulman et l'application de la charia dans certains quartiers".
Après le constat, les réponses. André Gerin souhaite une rupture plus marquée avec le parti socialiste - "la gôche Canada-dry" et avec "la gauche mélenchoniste". Il regrette la participation au Gouvernement Jospin et penche pour une gauche plus radicale. Il enjoint aussi les communistes à "vider leur sac à l'occasion d'un grand débat". Il ne veut pas "laisser la part belle aux non-dits, aux vérités cachées". Il soutient un aggiornamento du PCF sur les questions de sécurité : "investissons les questions de l'ordre public, de l'autorité, du respect", demande-t-il.
"Nous devons reconnaître que d'anciens électeurs communistes votent FN. Je ne crois pas qu'il s'agisse de fachos", observe-t-il. "La diaboliosation du FN et de Marine Le Pen n'a jamais été aussi absurde", ajoute-t-il. Pour autant, il se garde d'appeler à un rapprochement avec l'extrême droite, appelant les communistes à "reprendre le concept de la Nation en mariant le drapeau tricolore avec le drapeau rouge". "Au nationalisme du FN opposons la souveraineté nationale et populaire comme inséparable de la coopération et de la solidarité internationalistes", exhorte-t-il.
Fabien Fournier

jeudi 24 avril 2014

Consolider l'Europe, Oui mais une Europe sociale, écologique et populaire...

Sortir de l’euro ? De l’Union ? (1/3 : les protagonistes à gauche)

Un vrai débat existe à gauche sur ces questions. Il prend parfois un tour regrettablement polémique, vu les fortes « personnalités » en présence, mais il oppose des gens qui, contrairement au FN, voteraient tous pour un projet d’Europe solidaire, sociale et écologique s’ils croyaient qu’un tel projet est à portée de main.
Certains d’entre eux pensent que, à défaut d’être à portée de main, cela reste un combat à poursuivre sans sortir de l’euro ni de l’Union (sauf en dernier recours, sous la contrainte d’une crise encore plus grave). D’autres pensent que c’est déjà fichu, illusoire, et qu’au fond on ne pourra reprendre un tel projet coopératif qu’après une période de retour aux Etats nations et aux frontières et monnaies nationales. La « démondialisation » qu’ils défendent supposerait aussi une « déseuropéisation ».
Je ne me suis pas exprimé jusqu’ici sur ce sujet. Si je devais répondre à la question : « est-ce que, aujourd’hui, l’UE, telle qu’elle fonctionne, vous semble apporter plus d’inconvénients ou plus d’avantages pour les peuples que la coexistence des nations », je répondrais « plus d’inconvénients », avec des arguments semblables à ceux que j’ai utilisés quand je défendais en 2005 le « Non » au projet de TCE (Constitution).
L’Europe actuelle est, en dépit de rares avancées qui m’aident à ne pas désespérer de sa refondation (billets suivants), une caricature de démocratie, avec en particulier sa Commission et sa BCE faisant la loi économique et financière, dans une orientation profondément néolibérale. Si nous ne parvenons pas à en changer les règles et les traités en nous opposant frontalement à ce qui existe, elle est fichue et, en effet, il n’y aura pas d’autre choix que d’en sortir. Selon certains, nous n’avons que trop attendu pour le faire, mais telle n’est pas ma position actuelle.
Il ya quelques jours, l’économiste Bernard Maris écrivait dans Charlie Hebdo qu’après avoir voté oui aussi bien à Maastricht en 1992 qu’au projet de Constitution en 2005, il était désormais convaincu qu’il fallait quitter la zone euro. Il ne me viendrait pas à l’idée de lui reprocher d’avoir, comme il l’écrit, « viré sa cuti », vu qu’il m’est arrivé plus d’une fois de virer la mienne sur des sujets importants à mes yeux. Pourtant, je ne vais pas suivre Oncle Bernard cette fois. Je commence dans ce billet par les protagonistes à gauche.
TOUR D’HORIZON DES POSITIONS ET OPPOSITIONS A GAUCHE
Qui trouve-t-on de part et d’autre comme personnes et collectifs ? Il est certes réducteur d’envisager seulement deux positions, mais, dans le cas présent, quitter l’euro au plus vite et de façon volontaire s’oppose assez clairement à ne pas choisir de le quitter, même si, dans les deux cas, des variantes existent que j’évoquerai. Je privilégie le cas de la France et des personnes et groupes « de gauche » connus pour leur hostilité au néolibéralisme, ma ligne de partage étant une opposition nette au projet de traité transatlantique. Il m’est difficile de ranger le PS actuel dans cette catégorie même si une partie de ses membres et proches pourrait l’être.
Dans cet ensemble, les « pour » (quitter) sont en premier lieu des intellectuels, et parmi eux une majorité d’économistes. Ils ont acquis une audience dans certains médias, ce qui ne veut pas dire qu’ils passent souvent à la télé… Les plus présents depuis plusieurs années sont Jacques Sapir, Emmanuel Todd et Frédéric Lordon. Ils sont très minoritaires mais pas isolés dans la galaxie des intellectuels situés clairement à gauche. Au sein des « économistes atterrés », qui ont publié fin 2013 un gros et bon livre collectif (Changer l’Europe !), les deux courants existent, même si, dans ce livre au moins, les « pour » (quitter) sont ultra-minoritaires parmi les seize co-auteurs.
Du côté des organisations, partis, syndicats et associations, la proposition de sortie de l’euro est très isolée, au moins au niveau des instances dirigeantes, ce qui ne dit rien des débats internes qui existent à coup sûr. Le Parti communiste et le Parti de gauche sont, avec des nuances, contre la proposition de sortie volontaire, tout comme le NPA, EELV et « Nouvelle Donne », et de même, du côté des syndicats, mais de façon prudente, pour la CGT, Solidaires et la FSU. Idem, très nettement, pour Attac et la Fondation Copernic, nonobstant des débats internes assumés.
J’ai oublié le M’pep, favorable à la sortie de l’euro et de l’Union, au point d’appeler à l’abstention aux prochaines élections européennes, mais ce n’est pas en dire du mal que d’affirmer que son poids est infime dans ce concert. Todd lui aussi voit dans l’abstention « la seule arme contre le FN et les européistes », mais comme je me refuse à polémiquer, je ne dirai pas ce que j’en pense, d’autant que ce n’est pas la question de ce billet. Sapir juge d’ailleurs cette position « erronée ».
ET LES CITOYENS DE BASE ?
Peut-on parler de ce qu’en pensent les citoyens « de base », à partir de quelques sondages ? Oui, mais avec beaucoup de limites. D’abord, surtout quand le sujet est complexe, les sondages ne remplacent pas de vrais débats (tels que ceux qui se sont déroulés avant le referendum sur le TCE). Ensuite, ceux qui existent n’aident pas toujours. Par exemple, les sondages réguliers de l’IFOP depuis 2010 sur la question binaire « Diriez-vous qu’aujourd’hui pour votre pays c’est plutôt une bonne chose ou plutôt une mauvaise chose d’appartenir à l’Union Européenne ? » ne permettent pas de savoir si les personnes qui répondent que c’est plutôt une mauvaise chose AUJOURD’HUI (ils seraient devenus légèrement majoritaires) pensent ou non qu’il faut en sortir.
Plus utile et moins ambiguë est une autre question du même sondage : « souhaitez-vous que votre pays abandonne l’euro et revienne à la monnaie nationale ». Voici le graphique depuis 2010 (cliquer sur le graphique pour l’agrandir) :
opinioneuro.jpg
Il n’est pas évident, au vu de ce graphique, que les avocats d’une sortie de l’euro aient gagné des points depuis quatre ans dans l’ensemble de la population, même s’il me semble possible, mais sans preuve, qu’ils en aient gagné depuis la période précédant la crise. Je n’ai pas trouvé de répartition des personnes interrogées selon leurs préférences politiques ou leur catégorie sociale, sauf cette mention : les deux fractions de loin les plus favorables à un retour au franc sont les sympathisants du FN (à 67 % contre 33 %), et dans une moindre mesure ceux du Front de gauche, à 55 % contre 45 %. Il est aussi indiqué que les plus de 65 ans sont nettement moins favorables que la moyenne à la sortie de l’euro dans les pays enquêtés. Mais pour ma part et vu mon âge, je n’ai rien contre les vieux…
Quelles premières conclusions puis-je tirer de ce qui précède, avant d’en venir, dans les billets suivants, au contenu des propositions respectives ? D’abord, l’isolement considérable des avocats de la sortie de l’Euro (et de fait de l’Union, billet suivant) au sein du « peuple de gauche » et de ses collectifs ne prouve certainement pas qu’ils ont tort, mais me fait penser qu’ils échoueraient lourdement DANS LEUR PROPRE CAMP si un grand débat national était organisé. Sans doute pensent-ils le contraire. Je ne peux pas leur reprocher.
Ensuite, la position de sortie est presque uniquement portée devant l’opinion par des intellectuels et majoritairement par des économistes. Ils empruntent, pour convaincre, des arguments avant tout économiques. J’y reviendrai, mais ma conviction est que – sur ces questions comme sur d’autres – l’économie et les économistes ont bien trop de poids dans le débat public. Ces questions sont d’abord philosophiques, culturelles, éthiques, accessibles à des non spécialistes, bref citoyennes. Organisons donc des conférences citoyennes, de vastes débats publics, les intellectuels y auront une place modeste, celle que Keynes préconisait pour les économistes : sur la banquette arrière, pas au volant.
C’est sans doute parce que les économistes ont trop d’influence que ce débat utilise plus souvent l’entrée par l’euro que l’entrée par l’Europe. On est alors enfermé dans des controverses bourrées d’incertitudes (billets suivants) sur les dévaluations, la compétitivité, l’inflation, une monnaie commune, etc. au risque de perdre toute vision politique, sociale et écologique.
Un dernier argument. Le même sondage IFOP a été réalisé dans trois autres pays de la zone euro : Espagne, Italie et Allemagne (graphique ci-après). Le souhait de sortie de l’euro y est le plus fort dans le pays « dominant », l’Allemagne, et à peu près comparable en Espagne et en Italie à ce qu’il est en France, bien que ces deux pays du Sud aient été beaucoup plus malmenés par la Troïka. Je n’ai pas vu de sondage récent pour la Grèce, le pays le plus meurtri, mais ceux qui avaient été réalisés en 2012 indiquaient une écrasante majorité en faveur du maintien dans l’euro. Par ailleurs il ne semble pas que la vraie gauche (selon moi) de ce pays soit prête à suivre les recommandations de Sapir, Todd et Lordon. Le parti Syriza, qui pourrait devenir le premier du pays, ne préconise pas la sortie de l’euro ni de l’Union, mais, entre autres, l’annulation d’une partie significative de la dette publique et la reprise en mains du secteur bancaire (voir, dans le « Diplo » de février 2013, cet article d’Alexis Tsipras, ainsi que cet article plus récent). Une position proche de celle du CADTM, comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde.
Sans polémiquer, j’ai un peu de mal à voir ces organisations et mouvements comme des « européistes » utopistes, bien gentils mais naïfs, tancés par quelques intellectuels et économistes brillants, dont je suis parfois proche, mais qui ne se posent guère la question des alliances pouvant conduire leurs thèses à l’emporter démocratiquement. Mais cette opinion ne dit rien du débat de fond sur l’euro et l’Europe… à suivre, avec le prochain billet : « Sortir de l’euro ? De l’Union ? (2/3 : les oppositions de fond) ».
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Cet article a été posté le Mardi 15 avril 2014

samedi 12 avril 2014

Démission au Parti Socialiste....

Pourquoi je quitte le Parti socialiste

Paris, le 10 avril 2014
Premier Secrétaire du Parti socialiste
10, rue de Solférino
75007 PARIS
Objet : Démission
Cher Harlem ou celui (celle ?) qui te remplacera,
Je souhaite mettre fin aux mandats que j’exerce au Parti socialiste. Après 13 ans de militantisme, je rends ma carte.
Je me suis engagée en politique convaincue que les injustices et les inégalités n’étaient pas la faute à pas de chance mais le produit de choix politiques qui ont toujours favorisé quelques-uns au détriment de tous les autres. J’ai adhéré au Parti socialiste convaincue que nous pouvons transformer le réel et que l’organisation collective d’individus doués de raison est le meilleur moyen de contrer un ordre établi qui creuse les inégalités, fragilise nos sociétés et porte en son sein le rejet des autres, quels qu’ils soient.
Depuis deux ans que la gauche est au pouvoir, j’ai le sentiment que nous avons plus géré que transformé. Comme si le pouvoir nous avait changés au point que nous ayons abandonné toute analyse des rapports de forces. La société est traversée par des intérêts contradictoires, notamment économiques : nous devons choisir pour qui nous voulons agir et nous battre. C’est bien d’une bataille dont il s’agit. Car dans ces rapports de force sociaux, la gauche est – devrait être – du côté des salariées et salariés, des femmes et des hommes qui ne détiennent pas le pouvoir, les codes culturels ou les richesses. Nous devrions être leur porte-voix et leurs défenseurs.
Nous avons cessé ce combat. La liste de nos renoncements est si longue ces derniers mois que cela donne le tournis. Au lieu de construire un rapport de force et de nous dégager des marges de manœuvres politiques et économiques pour mieux répartir les richesses, nous avons – presque méticuleusement – remis en cause nos fondements politiques.
Nous avons fait reculer la gauche dans les têtes et dans les faits lorsque nous avons parlé de coût du travail ou lieu de parler de la richesse qu’il constitue et du coût – exorbitant – du capital. Nous avons fait reculer la gauche quand nous avons hésité ou capitulé face à des ultra-conservateurs minoritaires. Nous avons fait reculer la gauche lorsque nous avons entériné une réforme des retraites contre laquelle nous étions descendus dans la rue dix-huit mois auparavant. Nous avons fait reculer la gauche lorsque nous avons choisi de parler de « ras-le-bol fiscal » ou du « trop d’impôts » plutôt qu’engager la fameuse réforme fiscale promise en 2012. Nous allons faire reculer la gauche avec le « pacte de responsabilité » qui demande aux salariés et salariées de financer des exonérations pour les entreprises, sans qu’aucune contrepartie solide soit exigée.
Un autre chemin était possible. François Hollande l’avait d’ailleurs dit lors du discours du Bourget : le changement, c’était pour maintenant. Changer la société, changer la vie. Nous aurions pu, fort des 18 millions de voix du 6 mai, imposer ce changement en Europe et renégocier le traité budgétaire. Nous aurions pu nous appuyer sur les nombreux travaux de celles et ceux, parmi lesquels des prix Nobel, qui appellent à refuser le dogme de l’austérité. Nous aurions pu prendre appui sur les manifestations en France et en Europe, syndicales ou associatives, qui revendiquaient plus de justice et de protection sociale. Au lieu de nous nourrir de la force donnée par le suffrage universel et les mouvements sociaux, nous avons choisi de les ignorer.
Nous avons payé le prix fort lors des dernières élections municipales. Avons-nous tiré les leçons de ce scrutin ? Non, pas plus que nous ne l’avions fait après le 21 avril 2002 ou le 29 mai 2005. La seule chose que nous avons dit, c’est « ne vous inquiétez pas, on va mieux vous expliquer ». Comme s’il s’agissait simplement d’un problème de communication ou de casting. Les citoyennes et citoyens ne sont pas idiots, ils ne sont simplement pas d’accord. Et pour une raison très simple : les politiques que mène actuellement la gauche au pouvoir vont à l’encontre de leurs intérêts.
Alors que nous devrions changer de cap, nous continuons à leur adresser des sourires polis : « c’est difficile, mais nous n’avons pas le choix ». Mais s’il n’y a pas d’alternative, à quoi cela sert de faire de la politique ? Les grandes écoles regorgent de femmes et d’hommes très compétents qui sont tout à fait capables de gérer au mieux les comptes pour les faire rentrer dans les exigences de Bruxelles. La politique, c’est l’inverse : refuser l’état de fait et construire un rapport de force permanent qui nous donne des nouvelles marges de manœuvres pour agir. En donnant le sentiment qu’il n’y a pas d’autre voie possible, nous renforçons la désespérance et les partis qui prospèrent dessus.
Certes, nous nous heurtons à des années de construction libérale de l’Europe et à dix années de droite au pouvoir qui a profondément rebattu les cartes. Je ne reproche pas au Parti socialiste de ne pas avoir renversé la table. Je lui reproche de n’avoir même pas essayé de la faire bouger.
Je suis restée au Parti socialiste pendant 13 années, pas toujours d’accord avec les orientations qu’il portait mais convaincue qu’il fallait mieux un outil – même imparfait – capable de changer la vie que pas d’outil du tout.
Si je pars, c’est que je constate que le Parti socialiste tel qu’il existe aujourd’hui n’est plus cet outil de transformation de la société. Il suffit d’ailleurs de regarder avec un peu de lucidité ce qui se passe au sein même de cette organisation : j’ai vu pendant des années une reproduction implacable des inégalités (sociales, de sexe, d’origine, etc…) que nous combattons à l’extérieur.
Je vais donc aller construire la gauche ailleurs et participer comme je peux à préparer une alternative au chemin politique que vous avez décidé d’emprunter.
J’espère que les chemins de toutes et tous les militants de gauche finiront par se retrouver pour construire ensemble un projet politique qui fasse reprendre à notre société la marche du progrès.
Caroline De Haas